samedi 1 avril 2006
Cerisiers extatiques
Par Berlol, samedi 1 avril 2006 à 23:59 :: General
Jour anniversaire de T., lever tard, déjeuner au Saint-Martin bondé
pour cause de sortie des familles — pour mater les cerisiers extatiques de
Sotoboro-dori. Les frites y sont toujours les meilleures malgré mes
multiples essais en France (Orléans et Paris).Allons à Ginza pour que T. redéplie ses jambes, quelque peu atrophiées par les deux derniers mois de chaise de thèse. Ça va, les muscles n'ont pas fondu, ils lui permettent encore d'arpenter les trottoirs et les magasins pendant quelques heures. On choisit un très beau gâteau chez Dalloyau, le Paris-Tokyo, à notre image, bien sûr. Et puis du tarama, aussi.
Je me suis donné l'ordre avant-hier de ne plus m'occuper du CPE. Et ça fait du bien.
Ces dernières semaines, je suivais ça avec passion, souffrance et comme si ma participation était requise — et utile. C'est, je crois, ce à quoi nous pousse une sorte de tension hystérique des médias : nous croire indispensables alors même que tout est fait pour éviter de prendre notre avis en compte. Le message est en fait que nous devons nous soumettre à la fatalité qu'on nous fabrique, et qu'il est seulement indispensable que nous restions à l'écoute du sort qui nous est réservé. Dans la mesure où je ne peux pas participer aux mouvements ni aux discours, il vaut mieux que je remonte sur un petit nuage, noir le nuage, d'où je souris de voir l'orchestration dramatique crescendo avant l'avis du Conseil constitutionnel (montagne — souris), d'où je pouffe à l'écoute du discours du Chef de l'état (« j'écoute aussi ceux qui » révèle que le forcené de l'Élysée parle la langue du forcené de Matignon) et d'où je me tiens les côtes de l'urgence soudaine à vouloir présenter des textes additifs et correctifs où il était si simple de faire dans le suspensif...
Et puis ça permet de me réinvestir ailleurs, où je suis plus utile. Par exemple les cours qui commenceront sous peu.
Ceci n'est pas un poisson d'avril.
Voici un des lieux où je voudrais mais ne pourrai aller dans deux semaines. Car outre le fait que je n'ai pas le bon passeport, les cours auront repris chez nous. Empire lost : France and its other Worlds (à Stanford, avec notamment Assia Djebar et Michel Serres).
Le plus étonnant pour moi (et regrettable), c'est qu'avec leurs moyens et leur notoriété, les responsables de ce colloque ne nous proposent pas, à nous partout dans le vaste monde qui ne pouvons venir à eux, de les écouter ou de les voir en ligne. Sont-ils technologiquement si arriérés ? Est-ce un choix qui, malgré la gratuité et les évidentes bonnes intentions, révèle un fond toujours élitiste ?
Cependant, le programme, lui, a bien été diffusé dans le monde entier... La liste des Chairs and Moderators de ce colloque montre aussi une sorte de verrouillage étatsuniens (je ne peux hélas pas dire autrement) de la chose. Et si c'est involontaire, ou héréditaire, c'est encore pire. Bien sûr, on me répondra que dans deux ou cinq ans, il y aura un volume publié. Sauf qu'il coûtera 40 ou 50 € et que presque personne ne l'achètera.
Le pire, c'est qu'on pourrait dire cela de 99 % des colloques ! Alors qu'un enregistreur mp3 coûte entre 200 et 300 €, que l'espace de stockage en université est à discrétion et qu'il ne manque pas d'étudiants-chercheurs qui seraient très heureux de se charger de tout cela... Mais voilà. C'est simple. On n'y pense pas.
Je précise (pour ceux qui débouleraient ici sans rien connaître à ce journal, prévenus par des amis et éventuellement furieux de mes propos) que je n'ai organisé que deux colloques jusqu'à ce jour mais qu'il sont tous les deux disponibles à l'écoute en ligne, sur mon initiative et mes propres deniers — et que franchement, de vous à moi, ce n'était pas la mer à boire...
Les aficionados de Michel Serres le retrouveront par exemple ici, à l'École Polytechnique le 1er décembre 2005 — où, ironie du sort, il développait sa vision des nouvelles technologies.