Suite du rangement au bureau puis séance au centre de sport. Lecture à vélo, en contrepoids à Beckett : Dany Laferrière...

« Faut lire Hemingway debout, Basho en marchant, Proust dans un bain, Cervantès à l'hôpital, Simenon dans le train (Canadian Pacific), Dante au paradis, Dosto en enfer, Miller dans un bar enfumé avec hot dogs, frites et coke... Je lisais Mishima avec une bouteille de vin bon marché au pied du lit, complètement épuisé, et une fille à côté, sous la douche.» (Dany Laferrière, Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer, Le serpent à plumes, 2003 [Québec : Lanctot, 1985], p. 21)

Déjeuner avec David et un collègue mexicain, du département d'espagnol, lui aussi en train d'essayer de convaincre ses collègues de passer à des pratiques pédagogiques intégrant le cadre européen commun de référence pour les langues... C'est-à-dire, surtout, en schématisant un peu, faisant passer les compétences linguistiques en situation (vie courante, voyage, travail, renseignements, administrations, etc.) avant les apprentissages purement intellectuels et mémoriels (grilles de verbes et règles grammaticales).
Même si je reste convaincu qu'une base d'apprentissages contenant du par cœur et du répétitif jusqu'à l'automatisme, inséré dans des activités ludiques est impérative pour l'acquisition d'une certaine liberté d'expression — et faute de quoi, l'apprenant sera condamné à (ne) sortir (que) des phrases-types qui ne colleront jamais aux situations, qui ne sonneront jamais justes, et ce dès le niveau A1 !
Je l'ai d'ailleurs constaté dans les relations avec les familles orléanaises. Par exemple, une étudiante qui sait distinguer clairement le présent, de l'imparfait, du passé composé ou du futur pourra se faire comprendre sur ce qui est devant elle et qui n'est pas l'identique de ce qu'elle a vu ou eu la veille... Sinon, le tout-au-présent entraîne d'infinies confusions avec les familles qui souhaitent constamment vérifier si telle ou telle chose se passe bien, ce qui se fait bien sûr par questionnement en comparant avec les fois précédentes, naturellement distinguées dans des strates de temps, que l'étudiante ne perçoit pas — les francophones natifs quant à eux ne percevant pas que l'étudiante ne perçoit pas la stratification et cherchant un autre problème, se culpabilisant, etc.

Préparation de reprise. Remettre ses pas, ses mains, ses yeux et tout le reste dans des mécanismes de travail... Les mêmes, dans leur principe, mais différents... (Hier soir, on a un peu parlé de Robbe-Grillet dans les pas de Kirkegaard.) Les salles de cours attribuées ne sont plus les mêmes, le matériel est à découvrir ou à apprivoiser, les protocoles informatiques peuvent varier, les horaires même... Tous nos cours sont décalés de vingt minutes (plus tard qu'avant) et les inter-cours passent de 10 à 15 minutes. Pour les nouveaux étudiants, aucun problème, ils ne connaîtront que ça. Pour les autres, comme pour les enseignants, il y aura du flottement les deux premiers mois.
Et puis je reprends le train. Lecture de Molloy. Pause pour photos. Plus assez de lumière pour la netteté. Les cerisiers sont à tartiner. Mais c'est qu'ils sont toujours là ! Étonnants, cette année, bientôt deux semaines, déjà des pétales partout, et toujours autant sur les branches !

« Le stew me déçut. Où sont les oignons ? m'écriai-je. Réduits, répondit Marthe. Je me précipitai dans la cuisine, à la recherche des oignons que je la soupçonnais d'avoir enlevés, sachant combien je les aimais. Je fouillai jusque dans la poubelle. Rien. Elle me regardait, narquoise.» (Samuel Beckett, Molloy, p. 139)