Mensongère et meurtrière
Par Berlol, vendredi 7 avril 2006 à 23:53 :: General :: #227 :: rss
Avec Flaubert, Beckett, Badiou, Viart et consorts, mes pensées
refleurissent...Ça y est, j'ai les trois Surpris par la nuit de pr.op.os autour de Bouvard et Pécuchet, c'est-à-dire de l'essence même de la littérature dans le travail d'écriture d'auteurs contemporains. Superbe idée, vraiment, de Stéphane Bouquet et Tanguy Viel (je suppose). J'en citerai, un autre jour...
Pas le temps aujourd'hui. Veille de grand oral ; une des épreuves de la vie ; un cours d'explication de texte sur Molloy ! Mais pour qui je me prends ? Qui je suis pour m'attaquer, me mesurer avec ça ?
Et j'y vais, courage, baluchon de notes.
« Élément des plus précieux pour l’unité, il est terriblement consciencieux dans son travail, enthousiaste quant à l’avenir de l’hôpital, il aime jouer au bridge et c’est à tous égards un type sympathique, âgé de trente-huit à quarante ans et sans convictions religieuses ; libre penseur, si l’on veut — à ceci près qu’il s’est jeté sur un petit chapelet en vente à l’étalage à Notre-Dame pour le rapporter en cadeau à Tommy D. C’est très attentionné de sa part.» (Jim Gaffney, médecin à l’hôpital de Saint-Lô, lettre à sa sœur Nora, 2 oct. 1945 ; citée in Eoin O’Brien, The Beckett Country. Samuel Beckett’s Ireland, Dublin : Black Cat Press, 1986, p. 326-327 ; reprise dans James Knowlson, Beckett / biographie traduite de l’anglais par Oristelle Bonis, Actes Sud, 1999, p. 447-448.)
« La leçon de Beckett est une leçon de mesure, d’exactitude, et de courage.» (Alain Badiou, Beckett, l’increvable désir, Paris : Hachette, 1995, p. 9.)
Après lecture de Badiou, ça m'a
galvanisé, d'aller écouter Dominique Viart
à Waseda ! (Le traitement de l'Histoire dans la littérature
française depuis 1980.) Il a cité beaucoup d'auteurs, mais
j'ai bien senti à nouveau l'attachement voué comme moi à
Claude Simon, Claude Ollier, Julien Gracq, Pierre Michon, François
Bon, Patrick Modiano, Didier Daeninckx, et, pour finir sur des contemporains
qui recyclent des modalités historiques : Antoine Volodine !
Alors qu'on va commencer lundi Nos Animaux préférés
au GRAAL ! Incroyable, cet accord plaqué et tenu !J'ai enregistré, bien sûr...
Puis dîner à 9 à la bonne nipponette dans le quartier, cornaqués par Fumio Chiba, son inimitable sourire, la conversation très libre.
[à la bonne nipponette est une adaptation locale (de moi) d'à la bonne franquette...]
Ailleurs...
il y a un monde où l'on marche sur la tête
où la justice condamne celui qui a raison
celui qui n'a fait que rendre service
relais d'une juste dénonciation
de la bestiale impunité de la force publique
autrefois appelée
soldatesque
et la justice folle énivrée d'elle-même
couvre sa sœur la police
se vautre avec elle se souille dans sa robe
et condamne
sans vergogne
et sourit de la disproportion
qu'elle dit pour préserver
la
dignité
mot souillé par la matraque sanguinolente
moi je dis que c'est
la dignité de ceux qui n'en ont jamais eu car ils sont cachés
policiers armés casqués derrière le statut assermenté de leur parole
mensongère et meurtrière
Oui il y a meurtre et viol et salissure et coups et blessures
sur un homme à terre
sur un homme désarmé qui défend l'homme à terre
sur un homme qui relaie l'homme désarmé qui défend l'homme à terre
sur les hommes et les femmes qui soutiennent l'homme qui relaie l'homme désarmé qui défend l'homme à terre
tous et toutes souillés et condamnés
et vomissant leur justice
et vomissant leur police
et l'homme à terre, l'homme prétexte, où est-il ?
dissout, mort, payé pour se taire ?
Ailleurs...
il y a un monde où l'on marche sur la tête
où la justice condamne celui qui a raison
celui qui n'a fait que rendre service
relais d'une juste dénonciation
de la bestiale impunité de la force publique
autrefois appelée
soldatesque
et la justice folle énivrée d'elle-même
couvre sa sœur la police
se vautre avec elle se souille dans sa robe
et condamne
sans vergogne
et sourit de la disproportion
qu'elle dit pour préserver
la
dignité
mot souillé par la matraque sanguinolente
moi je dis que c'est
la dignité de ceux qui n'en ont jamais eu car ils sont cachés
policiers armés casqués derrière le statut assermenté de leur parole
mensongère et meurtrière
Oui il y a meurtre et viol et salissure et coups et blessures
sur un homme à terre
sur un homme désarmé qui défend l'homme à terre
sur un homme qui relaie l'homme désarmé qui défend l'homme à terre
sur les hommes et les femmes qui soutiennent l'homme qui relaie l'homme désarmé qui défend l'homme à terre
tous et toutes souillés et condamnés
et vomissant leur justice
et vomissant leur police
et l'homme à terre, l'homme prétexte, où est-il ?
dissout, mort, payé pour se taire ?
Ailleurs...
Commentaires
1. Le vendredi 7 avril 2006 à 09:26, par emmanuel :
"un cours d'explication de texte sur Molloy ! Mais pour qui je me prends ? Qui je suis pour m'attaquer, me mesurer avec ça ?"
une explication n'est pas une attaque... ni une mesure... et puis dans cecas là on n'explique rien... à part (mettre le nom que vous voulez)
2. Le vendredi 7 avril 2006 à 09:29, par e. :
"Moi le premier, pour l'adaptation au décalage ! Le pire devrait être d'aller jusqu'à 12h35 pour la pause déjeuner, sachant que les étudiants vont commencer à préparer leurs affaires (si on ne leur dit rien) vers 12h15... Bien sûr, il y aura des sonneries."
donnez moi l'adresse de votre REP, de votre établissement si difficile que je l'évite... oh le dur métier que celui d'enseignant...
3. Le vendredi 7 avril 2006 à 11:41, par arte :
Adresse : E.E.E.E.E.E Japon.
(Etablissement d'Enseignement Et d'Elévation de l'Esprit à Eviter pour les "e"... )
4. Le vendredi 7 avril 2006 à 14:12, par Berlol :
Merci, Arte.
5. Le samedi 8 avril 2006 à 08:21, par e.(mmanuel) :
Plus sérieusement, vous n'avez pas l'impression de propager une étrange image de votre métier par ce genre de remarque. Ce n'est pas par une boutade que cela change les choses, et arte sait être beaucoup plus drôle. On pourrait continuer, je pourrais me demander où est l'élévation d'esprit dans le fait de redouter que les élèves rangent leurs affaires 15 minutes avant, et qu'il va falloir deux mois pour s'habituer aux nouveaux horaires. Je pourrais continuer en faisant remarquer que je ne vois pas beaucoup d'élévation d'esprit, dans les "posts" récents de ce blog, que je lisais avec plaisir, amusement, et intérêt, il y a encore quelques temps. Je trouve depuis l'épisode Orléans, tout cela bien plan-plan.
Et puis n'oubliez pas que certains de vos collègues enseignants vivent de vrais moments difficiles... Je trouve finalement ce genre de remarque très déplacée, mais bon, rien ne m'oblige à vous lire, et je peux passer mon chemin... Ce que je vais faire.
6. Le samedi 8 avril 2006 à 08:25, par Berlol :
Voilà, faites comme ça...
7. Le samedi 8 avril 2006 à 23:03, par le consul :
Je suis assez étonné de voir la façon de réagir des écrivants de blogs. Si on va dans leur sens, pas de problème, si on pose une question ou on fait une remarque un peu négative, alors là montée de boucliers. Ce que je vois là, je l'ai vu dans le blog du "flaneur", par exemple, mais dans d'autres aussi. On rejette celui qui pose une question, qui fait une remarque. Mais qu'est-ce qu'un blog sinon un espace public ?? Si on ne veut pas de commentaire, on ne les autorise pas. Si on ne veut pas que des inconnus viennent vous lire, et vous critiquer (au sens positif du terme) on bloque l'accès de son blog. Pour vous lire aussi, je suis étonné par vos remarques rapides et emportées. D'autant plus que je crois qu'Emmanuel avait laissé des messages, dont un à propos de Celan et qui avait reçu réponse amicale. Peut-être manque t il à cet Emmanuel les règles du jeu, et n'aurait il pas dû révéler quelque chose qui cloche dans vos posts... Je suis aussi étonné de votre façon de réagir alors que vous défendez la liberté d'expression, l'internet et tout le reste, et que vous vous repliez de manière aussi sectaire.
Je sais aussi que certains font "profession" de perturber les blogs, ce qui n'est pas mon cas, et ne semblait pas le cas d'Emmanuel (que je ne connais pas). On les appelle des trolls, je crois... j'espère ne pas avoir été votre troll, car loin de moi cette envie. Par contre je crois que je vais passer mon chemin aussi...
8. Le dimanche 9 avril 2006 à 00:37, par Berlol :
Merci de soulever le problème, cher consul. Il est lourd. Je ne suis pas opposé au dialogue, ni à la contradiction. Et bien que je sois chez moi dans le JLR, je ne suis pas contre l'idée d'avoir tort de temps en temps... (faut-il mettre un smiley ?)
Encore faut-il poser les termes correctement. Se demander — comme le faisait Emmanuel, contre qui je n'ai rien en particulier, et loin de moi l'idée de le chasser — si je ne vais pas "propager une étrange image de [mon] métier" avec une remarque qui concerne le changement d'horaire de tous les cours, et insister de la sorte pour me culpabiliser, c'est montrer une piètre connaissance de ce "métier". De plus se focaliser sur cette remarque alors qu'elle était prise dans un ensemble de remarques sur la pédagogie dont elle était la chute, en la sortant de son contexte pour faire comme si je n'avais dit que ça, ne m'avait pas incité à répondre sérieusement. Est-ce cela que vous appelez les "règles du jeu" ? Il me semble qu'elles sont les mêmes partout !
En ce qui concerne nos étudiants, il faut donc ajouter que nous avons maintenant de plus en plus d'étudiants qui habitent à plus d'une heure et demie de transport de l'université, qui doivent changer plusieurs fois, et que l'immense majorité des étudiants ont des petits boulots auxquels ils courent dès les cours finis, spécialement le mercredi, jour où il y a peu de cours l'après-midi. Ma remarque ne devrait donc pas donner une mauvaise image de mon métier, à supposer implicitement que l'on veuille bien me faire confiance (je ne devrais pas avoir à l'écrire) en voulant bien croire que je sais à peu près de quoi je parle — ou à me contredire avec de vrais arguments, ou de vraies expériences.
En revanche aucun commentaire sur les citations littéraires, ou sur mon texte d'aspect poétique de ce jour qui est en relation avec une injustice autrement plus grave et susceptible d'être commentée, à mon avis... Mais je peux me tromper.
9. Le dimanche 9 avril 2006 à 06:25, par Manu :
Moi, je ferais le commentaire suivant. Cette histoire d’horaires n’est sans doute pas la remarque la plus profonde et passionnante que Berlol ait écrite. Il ne peut pas vivre tous les jours des choses extraordinaires à raconter. Et puis c’est son style de mélanger quotidien et réflexions plus approfondies. On aime ou on n’aime pas. Mais si on préfère ce deuxième aspect, il y a effectivement d’autres choses sur lesquelles se pencher dans ses billets…
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