Le 2, Jean-Claude Bourdais nous disait sortir de sa phase en carton ; le 7, François Bon annonçait qu'il rempilait tumultueusement. Jean-Michel Maulpoix a décidé de continuer en dépit de l'iniquité. Ça m'aurait embêté qu'ils arrêtent, pour eux comme pour moi.

D'autant que de l'autre côté, si je puis m'exprimer ainsi (car il y a un côté des justes et un côté des malfaisants, non ?), les blogs se pipolisent et se vulgarisent à vive allure. Tout le monde veut faire l'opinion et ça commence à grenouiller serré dans la blogosphère. Les Matins de France Culture de vendredi, qui « surfent aujourd’hui sur un phénomène », étaient édifiants — et affligeants — à cet égard : deux blogeurs et un directeur d'agence inte(rnet)llectuelle (!) considérés comme représentatifs de l'ensemble (quel ensemble ?), face à des chroniqueurs beaux parleurs comme d'habitude mais piètres surfeurs, de leur propre aveu. Quelque gentil assistant-stagiaire a dû leur faire faire un tour de dix blogs influents — voyez à gauche la colonne des liens, le communautarisme (Hum...), à droite les derniers posts, ça s'actualise automatiquement (Oh ! Ah !...), et en bas les commentaires (Mon Dieu ! Et les gens peuvent écrire n'importe quoi ?) — et voilà nos journalistes devenus de fins connaisseurs, comme on se dit parisien après avoir fait un tour de Paris en bus, surtout découvert.

Allons, mon âme, je ne vais pas aller protester chez ces gens-là. Non, ce serait leur faire trop d'honneur. Je vais sagement rester dans mon coin, zen, me rencogner même un peu dans mon trou d'arbre, fermer leurs pages racolleuses. Prendre un bain et relire Volodine.

« Soudain elle avait l'impression que les contes du Bazar étaient des pièges qui avaient été conçus par de mauvais sorciers, spécialement et uniquement pour gâcher sa nuit de noces. Cependant, elle ne comprenait guère la nature de sa maladresse. Elle ne se hasardait pas à la comprendre, pas encore.» (Antoine Volodine, Nos Animaux préférés, p. 119)
« Ne sachant que conclure, Minesse commença à analyser de près les comptes rendus que les favorites faisaient après une visite à l'Alcôve : tout détaillés et vivants qu'ils fussent, ces exposés commençaient à lui paraître un tantinet conventionnels.» (Ibid., p. 126)
« Soudain, au détour d'une conversation anodine, une révélation illumina la sagace Minesse : les femmes se contentaient de reprendre mot pour mot les récits érotiques qui se transmettaient sous les voûtes ; chacune mentait, depuis son premier jour au harem ; aucune n'avait copulé avec le roi ; aucune n'osait avouer sa virginité.» (Ibid., p. 127)

Mais cela ne laisse pas présager de la suite...

Hier soir, vu (enfin) Pulp Fiction (1994), emprunté au vidéo club de Kagurazaka. Je me suis repassé six ou sept fois la scène extraordinaire de la piqûre pour sauver l'héroïne de l'overdose. Quand elle se relève suffocante, dans la seconde qui suit le coup porté, Uma Thurman n'a plus le gros point rouge fait au marqueur par John Travolta pour viser juste. On lui demande : « Say something...», et elle répond « Something...»
Dans l'après-midi, vu Moby Dick (1956), film à narration linéaire, centré sur trois ou quatre personnages, dont le survivant qui est aussi le narrateur en voix off. Encore efficace quoiqu'un peu long.
Enfin ce soir, T. et moi avons regardé Million Dollar Baby (2004), film à narration linéaire, centré sur trois ou quatre personnages, dont le survivant qui est aussi le narrateur en voix off, et finissant aussi mal que le film baleinier. Moyennement efficace, un peu long — mais n'arrivant pas à la cheville de celui d'hier.