Premier jour tiède, on approche des 20 degrés.
Dans le train, flemme de sortir mon portable, pas envie de mettre le casque. Ce qui sort bien, c'est le petit livre, format de poche...

« Forcément, je passe sur les détails... Chauffeur-livreur après l'armée... Pendant un moment, le bouddhisme l'attire... Il suit durant onze mois une formation dans une lamaserie, comme s'il se destinait à devenir moine, puis il abandonne... A souvent changé de travail entre vingt-deux et vingt-cinq ans...Tueur de canards dans un élevage de canards... Bande de copains... Mauvaises fréquentations... Des ouvriers marginaux, des groupes subversifs... Propagande radicale, discours égalitaristes... Participe à un hold-up prétendument révolutionnaire... Huit ans de rééducation avec régime sévère... Médaille du détenu lors d'un concours d'endurance... Nouvelle bande de copains au sortir des camps... Réinsertion sociale... Tueur de poulets dans un élevage de poulets... Puis il laisse tout tomber, il s'engage dans les Forces auxiliaires... On l'envoie exporter la démocratie dans un district de la ceinture équatoriale... Forêts, marécages, lianes, mille-pattes géant, maliara des Indiens Cocambos à mater... En réalité, il n'a pas le temps de faire connaissance avec le pays ni d'assassiner le moindre indigène. À peine arrivé au camp de base, il aide à décharger un hydravion... Une caisse de matériel explose... Des munitions avec des charges biologiques, apparemment... Glouchenko attrappe une peste foudroyante... On avait cru qu'il avait été vacciné avant de partir, et, en fait, non. Et puis, hier, il est mort... (Une pause.) Une vie tout ce qu'il y a de plus banale... Courte et médiocre, incohérente...
Je n'estime pas utile de toujours dire ce que je pense, car c'est souvent choquant.
Mais là, je le dis.
— Une vie de con, dis-je.
Une pause. Trompes lointaines.
Gong. Silence.
Gong.»
(Antoine Volodine, Bardo or not bardo, Le Seuil, coll. Points, p. 52-53.)

Plus tard, toujours pas le temps de réécouter la conférence de Nancy. Mais... Il y a un mais...

Étrange, étrange, en effet... J'étais en train de finir de polir les Matins de vendredi sur les blogs (moins certaines chroniques hors-sujet et les journaux d'info, pour qu'il n'y ait que les propos sur les blogs) pour le mettre en ligne et je suis allé voir, pour information, le site de Zaki Laïdi. Lisant la liste de ses publications, j'ai eu l'étrange sensation de revivre la conférence d'hier soir. Était-ce un effet d'écho, un dérèglement de mon organisme ou de mes capacités sensorielles ? Ou est-ce une question de co-référence, voire d'école ou de chapelle ? Ou de pompage ?... Je n'en sais encore rien. S'il y a des cognoisseurs, qu'ils m'éclairent, s'il vous plaît ! Mais malaise dans la mondialisation, avec tendance optimiste, la réflexion sur le temps mondial, réévaluation du et de la politique dans ce cadre dit d'impuissance et la création d'une autorité européenne qui peine à s'imposer parce qu'elle ne s'impose pas par la force sont autant d'expressions qui paraphrasent à la fois les titres des publications de Laïdi et les parties de la conférence de Nancy !

Comme dit Vian dans la Java des bombes atomiques : « Y'a quelque chose qui cloche là dedans / J'y retourne immédiatement ! »...