mercredi 19 avril 2006
Dubite, dévisse et tire la valve
Par Berlol, mercredi 19 avril 2006 à 23:59 :: General
Grisaille, mais la tiédeur tient.
Mes deux cours sans fatiguer (parce que des fois quelque chose coince, des étudiants ou moi, et ça épuise). Déjeuner avec David et deux collègues hispanisants, un Mexicain et un Bolivien. C'est presque les vacances, ces parenthèses en espagnol. Pourtant on parle sérieusement.
Enfin, je peux m'occuper de mon vélo. Je le gonfle un peu, même si ça ne tient pas, suffisamment pour aller jusqu'à Yagoto où j'ai repéré une boutique. Arrivé là, un des deux vendeurs réparateurs à qui j'ai dit en japonais que j'étais crevé (le vélo, pas moi, donc) tâte le pneu, dubite, dévisse et tire la valve pour me dire, le triomphe modeste, qu'il n'est pas crevé, que c'est seulement le joint de valve, là où on visse le bouchon ou la pompe, qui est séché. Il m'en met un autre et ne veut même pas que je paie. Je joue la surprise et me confonds en remerciements, exactement comme le font les Japonais — d'ailleurs, je lui suis sincèrement redevable et je ne joue que dans l'aspect. Et puis je replonge dans le supermarché. Faire des courses. Les ramener à la maison. Et revenir au bureau comme si de rien n'était. Jusqu'à 19h30, heure d'aller pédaler statique en triturant du Bardo, jongler avec les fontes, pour constater finalement que j'ai encore pris du poids. Pas grand-chose, mais quand même.
« Le blanc à la radio avait duré un court instant, peu d'auditeurs l'avaient remarqué, mais, dans l'existence de Glouchenko, deux grandes semaines déjà s'étaient écoulées. Dans la mienne, d'existence, je ne sais pas. J'ignore sur quel système de mesure on m'avait branché depuis le début de ma prise de parole. [...] On ne m'avait rien précisé avant mon départ. J'étais même sur le point de m'informer sur mes droits syndicaux, et peut-être même de me plaindre un peu, lorsque le responsable de la régie m'avertit que j'étais en ligne pour le direct.» (Antoine Volodine, Bardo or not bardo, p. 63-64)
« Is it wrong to understand
The fear that dwells inside a man » (Marc Bolan, Cosmic Dancer, 1971)
Aaah... ou Oooh..., Bolan ou Morrissey, l'onomatopée qui n'est pas belle en soi devient sublime parce qu'elle couvre un indicible malaise et une subite émotion, transmis au public, à l'auditeur, mille fois plus vite que le sens des mots. Car qui va (sa)voir la dimension cosmique de celui qui danse de l'ombilic à la tombe pour juguler sa peur de vivre-mourir ? Ou ce que vient faire là le plongeon (loon) ? Juste rimer avec balloon ? Ou parce qu'il est lui aussi plutôt « bruyant en période nuptiale où retentissent ricanements chevrotants et plaintes répétées des plus primitifs » qui soient...
Mes deux cours sans fatiguer (parce que des fois quelque chose coince, des étudiants ou moi, et ça épuise). Déjeuner avec David et deux collègues hispanisants, un Mexicain et un Bolivien. C'est presque les vacances, ces parenthèses en espagnol. Pourtant on parle sérieusement.
Enfin, je peux m'occuper de mon vélo. Je le gonfle un peu, même si ça ne tient pas, suffisamment pour aller jusqu'à Yagoto où j'ai repéré une boutique. Arrivé là, un des deux vendeurs réparateurs à qui j'ai dit en japonais que j'étais crevé (le vélo, pas moi, donc) tâte le pneu, dubite, dévisse et tire la valve pour me dire, le triomphe modeste, qu'il n'est pas crevé, que c'est seulement le joint de valve, là où on visse le bouchon ou la pompe, qui est séché. Il m'en met un autre et ne veut même pas que je paie. Je joue la surprise et me confonds en remerciements, exactement comme le font les Japonais — d'ailleurs, je lui suis sincèrement redevable et je ne joue que dans l'aspect. Et puis je replonge dans le supermarché. Faire des courses. Les ramener à la maison. Et revenir au bureau comme si de rien n'était. Jusqu'à 19h30, heure d'aller pédaler statique en triturant du Bardo, jongler avec les fontes, pour constater finalement que j'ai encore pris du poids. Pas grand-chose, mais quand même.
« Le blanc à la radio avait duré un court instant, peu d'auditeurs l'avaient remarqué, mais, dans l'existence de Glouchenko, deux grandes semaines déjà s'étaient écoulées. Dans la mienne, d'existence, je ne sais pas. J'ignore sur quel système de mesure on m'avait branché depuis le début de ma prise de parole. [...] On ne m'avait rien précisé avant mon départ. J'étais même sur le point de m'informer sur mes droits syndicaux, et peut-être même de me plaindre un peu, lorsque le responsable de la régie m'avertit que j'étais en ligne pour le direct.» (Antoine Volodine, Bardo or not bardo, p. 63-64)
« Is it wrong to understand
The fear that dwells inside a man » (Marc Bolan, Cosmic Dancer, 1971)
Aaah... ou Oooh..., Bolan ou Morrissey, l'onomatopée qui n'est pas belle en soi devient sublime parce qu'elle couvre un indicible malaise et une subite émotion, transmis au public, à l'auditeur, mille fois plus vite que le sens des mots. Car qui va (sa)voir la dimension cosmique de celui qui danse de l'ombilic à la tombe pour juguler sa peur de vivre-mourir ? Ou ce que vient faire là le plongeon (loon) ? Juste rimer avec balloon ? Ou parce qu'il est lui aussi plutôt « bruyant en période nuptiale où retentissent ricanements chevrotants et plaintes répétées des plus primitifs » qui soient...