samedi 22 avril 2006
Brandir nonchalamment sa frite
Par Berlol, samedi 22 avril 2006 à 23:48 :: General
Cours Molloy.
Retour sur le vocabulaire scatologique, thème abordé la semaine
dernière. Non qu'il soit le domaine d'élection littéraire
de Beckett, mais parce qu'il participe à la structure du personnage.
Pas d'excès lyrique ni grossier dans le recours aux merdes,
aux couilles et à quelques uns de leurs synonymes, comme c'était
le cas chez Rabelais ou
chez Céline
(avec des modalités différentes). À les lire, il nous
vient, je crois, un sourire amusé et complice, une commisération
involontaire dont le vieillard ne voudrait pas, mais que Beckett me semble
avoir inscrit dans le profil de l'interlocuteur virtuel que convoque le monologue
de Molloy... Auquel nous n'arrivons jamais à coller tout à
fait, nous qui sommes encore attachés à des gourmandises et
à des vanités confortables. Le Lazare façon Jean Cayrol
était peut-être plus contraignant ; on ne riait pas avec
lui comme on rit avec Molloy. Puis on aborde le passage prévu pour
aujourd'hui (p. 41-50), la Lousse, son chien défunt, la défense
du meurtrier, l'obligation de la suivre dans laquelle Molloy est mis. Rétif
à l'idée ontologique de besoin (« Ne serait-on
pas libre ? », p. 47), Molloy insiste cependant sur les besoins
du corps, rappelant que toutes nos belles idées ne nous dispensent
pas d'aller tirer la chasse de temps en temps. « Moralement
unijambiste » (p. 46), l'homme devient un balancier permanent
entre tout et son contraire, chaque renversement étant comme naturellement
« opéré par le simple passage du temps »
(p. 44).
Déjeuner au Saint-Martin. Moules-frites pour T. et choucroute
pour moi. Comme il fait à peu près beau, le restaurant est
plein dès midi vingt. Vers une heure, un groupe de touristes japonais,
cornaqué par un guide à drapeau, s'arrête devant le restaurant
pour admirer l'un des endroits branchés de Kagurazaka. Des mamies
s'approchent de la fenêtre pour voir le Français de service
enfourner sa saucisse. Et T. brandir nonchalamment sa frite.
À la librairie, plus haut dans la rue, opération promotionnelle de films classiques en dévédé à 500 yens, on achète Intermezzo (1939), Sous les Toits de Paris (1930), La grande Illusion (1937) et Les trois Mousquetaires (1948)...
Retour à la maison. Lancement d'un duo d'imprimantes, pour
un nouvel exemplaire de la thèse de T. Ça prend du temps...
Je fais la sieste aussi, parce que depuis trois nuits, j'ai dû dormir
cinq heures en moyenne.
Dévédé du soir A Good Woman, adaptation libre de la pièce d'Oscar Wilde, Lady Windermere's Fan (1892), avec Scarlett Johansson. La meilleure idée du film est d'avoir modifié le cadre initial de Wilde puisqu'il ne se passe ni à Londres ni en moins de vingt-quatre heures — sinon c'eût été du théatre filmé.
La côte d'Amalfi en 1930, les Italiens tous domestiques de cette belle société à l'écart de la crise mondiale, les costumes et la retenue des acteurs, l'intérêt pour les objets anciens (meubles, bijoux ou éventails) permettent de rappeler au passage ce que Mérimée relevait déjà en 1830 dans Colomba : que ce sont de riches Anglais et Américains qui ont inventé le tourisme et découvert notamment les côtes italiennes et françaises de la Méditerranée. Dans ce terreau, la greffe de l'intrigue et des propos contrastés de Wilde prend très bien, servis par une caméra peu aventurière mais qui saisit vite et net les jeux de visages. On n'y compte qu'un seul coup de poing.
Déjeuner au Saint-Martin. Moules-frites pour T. et choucroute
pour moi. Comme il fait à peu près beau, le restaurant est
plein dès midi vingt. Vers une heure, un groupe de touristes japonais,
cornaqué par un guide à drapeau, s'arrête devant le restaurant
pour admirer l'un des endroits branchés de Kagurazaka. Des mamies
s'approchent de la fenêtre pour voir le Français de service
enfourner sa saucisse. Et T. brandir nonchalamment sa frite.À la librairie, plus haut dans la rue, opération promotionnelle de films classiques en dévédé à 500 yens, on achète Intermezzo (1939), Sous les Toits de Paris (1930), La grande Illusion (1937) et Les trois Mousquetaires (1948)...
Retour à la maison. Lancement d'un duo d'imprimantes, pour
un nouvel exemplaire de la thèse de T. Ça prend du temps...
Je fais la sieste aussi, parce que depuis trois nuits, j'ai dû dormir
cinq heures en moyenne.Dévédé du soir A Good Woman, adaptation libre de la pièce d'Oscar Wilde, Lady Windermere's Fan (1892), avec Scarlett Johansson. La meilleure idée du film est d'avoir modifié le cadre initial de Wilde puisqu'il ne se passe ni à Londres ni en moins de vingt-quatre heures — sinon c'eût été du théatre filmé.
La côte d'Amalfi en 1930, les Italiens tous domestiques de cette belle société à l'écart de la crise mondiale, les costumes et la retenue des acteurs, l'intérêt pour les objets anciens (meubles, bijoux ou éventails) permettent de rappeler au passage ce que Mérimée relevait déjà en 1830 dans Colomba : que ce sont de riches Anglais et Américains qui ont inventé le tourisme et découvert notamment les côtes italiennes et françaises de la Méditerranée. Dans ce terreau, la greffe de l'intrigue et des propos contrastés de Wilde prend très bien, servis par une caméra peu aventurière mais qui saisit vite et net les jeux de visages. On n'y compte qu'un seul coup de poing.