Dans un fauteuil de cuir rouge de cet étrange café
Par Berlol, lundi 24 avril 2006 à 23:55 :: General :: #244 :: rss
Boulot, boulot. Mais ça n'avance pas vraiment. Énervantes,
ces périodes de sur-place dans un projet (même si on sait que
dans l'inconscient ça se construit et que le mouvement qui viendra
viendra de là...).
Pour me détendre, synaptiquement parlant, je rape des carottes et on les mange. Et une mangue énorme que j'ai trouvée hier (bizarre, je ne l'avais pas citée dans mes courses !).
J'accompagne T. à la même boutique que le mois dernier, près de l'université de Tokyo, pour faire relier les nouveaux exemplaires de sa thèse (le mois dernier, elle n'avait imprimé que le strict nécessaire pour être dans les temps). Mais arrivés à Yoyogi, nous apprenons par hauts-parleurs que le trafic de la Yamanote est interrompu. Allons jusqu'à Shibuya pour prendre la ligne Keio jusqu'à Meidai-mae, puis la ligne Inokashira pour arriver à Todai-mae — un crochet assez long sur la carte, mais très rapide, en fait (et bien inspiré, au su de la suite).
Le soir, aux infos, nous apprendrons que plusieurs lignes ont été interrompues pendant près de six heures, que des centaines de personnes ont été immobilisées une heure durant avant de devoir marcher sur les voies pour rejoindre des stations et sortir, mais qu'il n'y a eu aucun accident, tout juste quelques personnes fragiles prises de malaise à cause de l'attente. Des travaux effectués dans le sous-sol, notamment des injections de béton du côté de Takadanobaba, ont déformé la surface du sol, ce dont un conducteur s'est aperçu au bruit étrange que faisait son train en passant sur les rails, a-t-on rapporté aux infos, si j'ai bien compris...
Ne sachant rien de cela, nous sommes revenus à Shibuya vers 15 heures et avons pris un café avant de nous séparer vers 15h45. Je suis resté lire Bardo or not Bardo dans un fauteuil de cuir rouge de cet étrange café Kiefer, au-dessus du restaurant chinois Panda, jusqu'à 16h20, quand un voisin a violemment éternué sans mettre sa main, ce qui a le don de me mettre en colère car je visualise sans peine les millions de particules infectées et n'ai surtout pas envie de les respirer.
Deux minutes après, je suis dans la gare de Shibuya, avec
étonnamment peu de gens (en fait, le trafic n'a repris que depuis
10 minutes), et arrive à Ebisu bien en avance. Juste ce qu'il faut
pour visiter quelques rues du côté de la sortie Nord. Je trouve
très vite ce que je cherchais, la succursale du Hong Kong Shokudo
auquel nous étions habitués à Kagurazaka. Musardant
par les rues des alentours, je découvre des tags originaux, ce qui
est assez rare dans Tokyo, puis un temple rustique au beau milieu d'une rue,
qui le contourne, la rue, le temple, et auquel est accolée, du même
bois que lui, une agence de Tokyo-rent-a-car des années 1950.
L'impression soudaine d'être dans un village très
loin d'ici — par exemple ce petit temple campagnard où T. et moi scellions
un serment il y a dix ans dans les environs
de Koriyama
— alors que je suis à deux cent mètres de la gare d'Ebisu.
Les glissements d'univers parallèles de Volodine sont bien dans ce
goût. Je crois qu'il aimerait Tokyo, s'il n'y est déjà
venu. En attendant (qu'il y vienne), je vais au GRAAL pour parler de Nos
Animaux préférés, mais aussi de Bardo or not
Bardo, et d'Alto Solo que Laurent vient de lire. On se demande
aujourd'hui comment l'inscrire, Volodine, dans la littérature contemporaine,
c'est-à-dire, tenant compte d'une recherche d'écriture, d'un
bricolage de topoï de luttes politiques et d'un ensemble de réflexions
sur les modes langagiers que peuvent créer des formes de vie, ce que
sont ses motivations, son horizon littéraire et les modalités
de sa bonne ou de sa mauvaise réception publique.
Ça part un peu de tous les côtés, mais c'est bien.
« J'avais réparti des morceaux de ma robe en tentacules autour de moi, afin d'être prévenu par des tiraillements si quelqu'un s'approchait en catimini et dans le noir. C'est une technique que l'Organisation enseigne aux moines de la branche Action. Cela me rassurait de savoir que nul ne pourrait se glisser subrepticement jusqu'à ma vie et me l'ôter, quelques fournies que pussent être les ténèbres qui me baignaient.» (Antoine Volodine, Bardo or not Bardo, p. 101)
Pour me détendre, synaptiquement parlant, je rape des carottes et on les mange. Et une mangue énorme que j'ai trouvée hier (bizarre, je ne l'avais pas citée dans mes courses !).
J'accompagne T. à la même boutique que le mois dernier, près de l'université de Tokyo, pour faire relier les nouveaux exemplaires de sa thèse (le mois dernier, elle n'avait imprimé que le strict nécessaire pour être dans les temps). Mais arrivés à Yoyogi, nous apprenons par hauts-parleurs que le trafic de la Yamanote est interrompu. Allons jusqu'à Shibuya pour prendre la ligne Keio jusqu'à Meidai-mae, puis la ligne Inokashira pour arriver à Todai-mae — un crochet assez long sur la carte, mais très rapide, en fait (et bien inspiré, au su de la suite).
Le soir, aux infos, nous apprendrons que plusieurs lignes ont été interrompues pendant près de six heures, que des centaines de personnes ont été immobilisées une heure durant avant de devoir marcher sur les voies pour rejoindre des stations et sortir, mais qu'il n'y a eu aucun accident, tout juste quelques personnes fragiles prises de malaise à cause de l'attente. Des travaux effectués dans le sous-sol, notamment des injections de béton du côté de Takadanobaba, ont déformé la surface du sol, ce dont un conducteur s'est aperçu au bruit étrange que faisait son train en passant sur les rails, a-t-on rapporté aux infos, si j'ai bien compris...
Ne sachant rien de cela, nous sommes revenus à Shibuya vers 15 heures et avons pris un café avant de nous séparer vers 15h45. Je suis resté lire Bardo or not Bardo dans un fauteuil de cuir rouge de cet étrange café Kiefer, au-dessus du restaurant chinois Panda, jusqu'à 16h20, quand un voisin a violemment éternué sans mettre sa main, ce qui a le don de me mettre en colère car je visualise sans peine les millions de particules infectées et n'ai surtout pas envie de les respirer.
Deux minutes après, je suis dans la gare de Shibuya, avec
étonnamment peu de gens (en fait, le trafic n'a repris que depuis
10 minutes), et arrive à Ebisu bien en avance. Juste ce qu'il faut
pour visiter quelques rues du côté de la sortie Nord. Je trouve
très vite ce que je cherchais, la succursale du Hong Kong Shokudo
auquel nous étions habitués à Kagurazaka. Musardant
par les rues des alentours, je découvre des tags originaux, ce qui
est assez rare dans Tokyo, puis un temple rustique au beau milieu d'une rue,
qui le contourne, la rue, le temple, et auquel est accolée, du même
bois que lui, une agence de Tokyo-rent-a-car des années 1950.
L'impression soudaine d'être dans un village très
loin d'ici — par exemple ce petit temple campagnard où T. et moi scellions
un serment il y a dix ans dans les environs
de Koriyama
— alors que je suis à deux cent mètres de la gare d'Ebisu.
Les glissements d'univers parallèles de Volodine sont bien dans ce
goût. Je crois qu'il aimerait Tokyo, s'il n'y est déjà
venu. En attendant (qu'il y vienne), je vais au GRAAL pour parler de Nos
Animaux préférés, mais aussi de Bardo or not
Bardo, et d'Alto Solo que Laurent vient de lire. On se demande
aujourd'hui comment l'inscrire, Volodine, dans la littérature contemporaine,
c'est-à-dire, tenant compte d'une recherche d'écriture, d'un
bricolage de topoï de luttes politiques et d'un ensemble de réflexions
sur les modes langagiers que peuvent créer des formes de vie, ce que
sont ses motivations, son horizon littéraire et les modalités
de sa bonne ou de sa mauvaise réception publique.Ça part un peu de tous les côtés, mais c'est bien.
« J'avais réparti des morceaux de ma robe en tentacules autour de moi, afin d'être prévenu par des tiraillements si quelqu'un s'approchait en catimini et dans le noir. C'est une technique que l'Organisation enseigne aux moines de la branche Action. Cela me rassurait de savoir que nul ne pourrait se glisser subrepticement jusqu'à ma vie et me l'ôter, quelques fournies que pussent être les ténèbres qui me baignaient.» (Antoine Volodine, Bardo or not Bardo, p. 101)
Commentaires
1. Le lundi 24 avril 2006 à 13:48, par Andy Verol :
"On a fait la queue pour bouffer correctement. Et puis le magasin a été fermé par les autorités.
Le rangement des jambons dans la réserve m'a bousillé le dos.
Depuis quatre jours, je ne parviens plus à écouler mes stocks de viande séchée. C'est pas faute d'avoir fait des écriteaux affichées un peu partout dans la ville. Surtout en centre-ville."
La suite, si vous le souhaitez, sur hirsute.hautetfort.com
2. Le lundi 24 avril 2006 à 19:45, par Manu :
Y avez-vous dîné ?
3. Le lundi 24 avril 2006 à 20:09, par Berlol :
Manu, c'est pour qui la question ? Dîné où ?
4. Le lundi 24 avril 2006 à 20:35, par Andy Manché :
de plus en plus planplan ici...
5. Le lundi 24 avril 2006 à 21:30, par Berlol :
Pourriez développer un peu ? Et donner votre définition de "planplan"...
6. Le mardi 25 avril 2006 à 06:53, par Manu :
à la succursale du Hong Kong Shokudo, évidemment !
7. Le mardi 25 avril 2006 à 07:01, par Berlol :
Ah ! Non, pas encore. On est allé dans un bon italien, plutôt animé, pas très loin de la MFJ.
Ce Hong-kong Shokudo est tout à fait de l'autre côté d'Ebisu, il faut au moins vingt minutes pour y aller (et c'est trop pour certains estomac...).
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