Vivre ailleurs et autrement
Par Berlol, jeudi 27 avril 2006 à 23:55 :: General :: #247 :: rss
Un courrier postal de Cerisy m'annonçait le décès
de Maurice de Gandillac.Je ne l'ai vu qu'à deux occasions, lors des colloques sur Henri Meschonnic (2003) et de l'Internet littéraire francophone (2005), et je me souviens qu'il était particulièrement attentif, assis dans le premier sofa devant l'estrade, qu'il semblait parfois dormir dans la torpeur de l'été — on aurait aimé faire comme lui — mais qu'il posait parfois à la fin une question des plus pertinentes.
Cependant, l'image qui domine dans mon souvenir est celle de sa curiosité à l'égard de T., voulant savoir ce qu'elle pouvait bien faire avec ce petit ordinateur et ses mazarinades numérisées...
De ses recherches, publications, influences, et de sa longue vie d'autres parleront mieux que moi.
À propos de sofa, il était question d'une revue de ce nom dans les infos de Fabula. Ça nous changera des dernières nées...
Dans celui de mon bureau, de sofa, je me suis affalé une bonne demi-heure avant le déjeuner et les cours de l'après-midi en écoutant Jefferson Airplane, un album bluffant que je ne connaissais pas, Takes off.
Au séminaire, on a regardé la seconde moitié des Poupées russes. J'avais apporté le câble de branchement électrique de mon ordinateur portable et j'ai ainsi pu constater que le transfert vidéo de l'ordinateur vers un projecteur pompait pas mal d'énergie. En effet, cette semaine l'image était fluide alors que la semaine dernière, quand je n'avais pas le câble secteur, l'image était en permanence légèrement hachée, pas de façon gênante pour comprendre mais suffisamment pour empêcher un visionnement dégagé de toute considération technique.
Bien que la salle que j'utilise soit équipée d'un lecteur de dévédé de zone 2, je suis obligé de prendre mon portable car en sus du problème de zone, il y a toujours l'incompatibilité entre les standards vidéo NTSC et PAL. Et dire qu'on veut encore nous rajouter des lois...
Cette seconde moitié du film est quand même moins bonne que la première. On y voit surtout la rivalité entre deux femmes dans l'esprit dérangé d'un garçon surmené par les tâches alimentaires. L'une à Londres, l'autre à Paris. Avec l'une pour écrire un scénario de trahison amoureuse, avec l'autre pour une biographie alors qu'elle n'a que 24 ans (aberration du star system). Comme souvent, l'alimentaire finit par régurgiter sur l'essentiel : la trahison bas de gamme pourrit la fin'amor juste entamée et toute la suite est pour se faire pardonner (Wendy achève son puzzle d'une femme adoubant son chevalier servant), sur fond de mariage réunissant tous les amis de l'Auberge espagnole.
Au lieu de faire fonctionner le groupe et ses complexes mécanismes, ce qui avait fait une bonne partie du succès du premier film, cette suite cinq ans après ne montre qu'un étoilement de relations bilatérales, qui ont certes leur intérêt mais qui ne produisent pas la catalyse amusante de Barcelone. C'est qu'à la curiosité d'un vivre ailleurs et autrement, grande affaire des 18-25 ans qui n'ont pas encore le pied à l'étrier, a succédé l'obsession de se fixer avant 30 ans. D'où les multiples déplacements (Paris, Londres, Saint-Pétersbourg, Moscou) que la caméra et le montage rendent nerveusement. Bien sûr, le tout est emballé dans un dernier Paris-Londres dans lequel notre héros est en train d'écrire son histoire, comme le remarquait avec dépit Arte la semaine dernière.
Le fait que le film ne soit pas excellent, cinématographiquement parlant, ne me dérange pas. Les puristes peuvent continuer leur entreprise de démolition. Cela me facilite même la tâche pour en faire un objet pédagogiquement efficace. Car si les thèmes sociaux et les structures narratives évoqués sont utiles à la formation intellectuelle des étudiantes (et il faudra quelques semaines pour les dégager et les exprimer en français), je ne désespère pas de les entendre émettre quelques réserves critiques pour la formulation desquelles elles auront à puiser en elles, un peu plus profond que le tatemae conventionnellement requis par l'université...
Éh oui, j'ai employé deux fois le mot curiosité, aujourd'hui.
ADDENDA superbueno :
Ce vendredi soir, à la Fabrique de Shibuya, avec le soutien de l'Institut franco-japonais de Tokyo (dont le site web vient d'être radicalement relooké), la Nuit des Poupées russes, à l'occasion de la sortie du film au Japon. Je suis in, non ?...
Commentaires
1. Le jeudi 27 avril 2006 à 10:33, par k :
sur la gauche à deux fauteuils
assis là ,un homme
très.............
je ne sais le mot
une grâce, et
cette cicatrice dans le cou.
en bas à doite.
on se demande ce qu'il fait là,
il baille m'écoute pas
s'emmerde, normale aussi
on dirait une explication de texte
pour des 6 ième
faut dire qu'y sont dit
qu'elle faissait partie des classiques
elle, md, rentre au collège.
on se demande ce qu'il fait là,
et moi aussi, pour moi,
pour lui
à part peut être surement
, je comprends, alors
il tombe amoureux
de chaque femme qui
arrivant en retard
s'assoie discrétement,
retire sa veste sans faire de bruit,
decoiffe ses cheveux
m'ose bouger
ondule une nuque......
Il se dit qu'alors se pourrait être
celle ci, celle là,
le temps d'une fraction de seconde,
il m'a fait pensait à quelqu'un..........
cet homme là.
dédicasse pour le V-C
2. Le jeudi 27 avril 2006 à 20:37, par Bikun :
J'ai une autre explication pour ton portable. Sans l'alimentation externe, le portable se met en mode de fonctionnement d'économie d'énergie. Et l'un des composants gros consommateur d'énergie est le processeur donc pour réduire sa consommation, le portable réduit sa vitesse de calcul. La conséquence est que, pour certaines opérations gourmantes en calcul (comme l'affichage d'un DVD) il ne fonctionne plus assez vite d'ou les images parfois saccadées. Peut-être que le transfert vidéo va augmenter la consommation d'énergie mais cela n'explique pas la perte de fluidité dans l'affichage des images. Mon portable qui lui est bien moins optimisé en matière d'énergie que le tien (normal c'est un P4 gros consommateur) ne me laisserait même pas regarder un DVD pendant plus de 15min voire 20 à tout casser sans l'alimentation externe!
3. Le jeudi 27 avril 2006 à 21:41, par Berlol :
Merci de l'éclairage, Bikun. C'était à peu près ce que je voulais dire avec mes mots à moi...
Et — qui n'a rien à voir — félicitations pour tes récentes photos dans ton blog !
4. Le jeudi 27 avril 2006 à 22:04, par caroline :
C'est aussi (Les poupées russes) une formidable analyse de l'âme masculine. Qu'est-ce qui le pousse à aller rejoindre l'autre à Moscou alors qu'il est avec Wendy ? L'instinct de conquête... Il ne veut pas laisser passer l'occasion. Des cas comme ça, on en voit tous les jours. Et puis son orgueil de mâle ne se sent plus quand cette superbe fille l'appelle. Il n'imagine pas une seconde que c'est parce qu'elle n'a rien dautre à faire. Il est flatté.
5. Le jeudi 27 avril 2006 à 22:27, par Berlol :
Tout à fait, oui. En off, postérieur donc, il le dit d'ailleurs, qu'avant le départ du train il aurait dû laisser tomber ce voyage et rejoindre Wendy... Mais il était encore persuadé que Wendy n'avait pas vu que le coup de téléphone qu'il avait reçu provenait de Celia, et il croyait pouvoir profiter impunément de l'occasion, comme vous dites, en faisant croire à Wendy que c'était pour du travail. À la limite, s'il avait dit qu'il allait rendre visite à Celia, en tout bien tout honneur, parce qu'elle était à Moscou, Wendy l'aurait moins mal pris, peut-être... Du point de vue du scénario, cette péripétie était toutefois nécessaire pour que Xavier se rende compte du point auquel il tient à Wendy et qu'il va pouvoir arrêter de jouer — et sortir sa grosse valise.
6. Le vendredi 28 avril 2006 à 02:23, par arte :
Les Feux de l'amour, c'est de Klapisch ?
(oui tu es très In, c'est de la synchronicité, dirait Jung. (je préfère ne pas envisager ce que dirait Bourdieu !)).
7. Le vendredi 28 avril 2006 à 03:27, par Berlol :
J'y pensais. Que tu raillerais. Je t'attendais là, toi. C'est de Klapisch. Comme c'est de Proust.
Quant à Bourdieu, saurait-il comme toi que je me moque ainsi de moi-même ?
Ah, c'est difficile, la vie, le réseau, tout ça...
8. Le vendredi 28 avril 2006 à 05:23, par arte :
Bah, tu sais, je trouve que Mr. and Mrs. Smith est un film excellent (sincèrement). Alors bon ... ex-aequo !
9. Le vendredi 28 avril 2006 à 06:16, par Berlol :
Pas encore vu...
10. Le vendredi 28 avril 2006 à 10:46, par k :
faut aller V for Ventetta parait?????????
11. Le lundi 1 mai 2006 à 16:52, par le consul :
j'aime bien l'expression "faut aller voir...." ou "faut lire..."
euh ??? y 'a une loi qui oblige....
l'art est lié à la non-obligation.
enfin je crois....
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