J'ai simplement ratissé le gravier
Par Berlol, samedi 29 avril 2006 à 23:28 :: General :: #249 :: rss
Lisant que le 9 janvier 2004 une réunion entre de Villepin
et Rondot, listes Clearstream, etc., etc., je me suis demandé ce que
je faisais moi-même ce jour-là, dans l'idée d'une coupe
synchrone du monde, photo donnant dans le geste suspendu une tranche, qui
serait plus
nette que ça. Éh bien, je suis assez fier de moi, et
je n'ai rien sur la conscience...Arrosage des pensées, ça tient. Les mille boutons roses du jasmin. Et le citronnier, tout hérissé de nouvelles pousses.
Dans la rue, c'est la semaine du mauve. Glycine et paulownia attendent la pluie. Nous, on ne le sait pas encore.
Déjeuner avec Laurent et T., au Saint-Martin, bien sûr.L'addiction au poulet-frites, ça en amuse, mais moi je m'interroge sincèrement.
Par les fenêtres, je vois, de minute en minute, le grain arriver, la lumière baisser. La pluie vient juste quand on sort, bonne excuse pour s'engouffrer dans une boutique de cuirs, tout près du restaurant, en descendant vers Iidabashi. Laurent nous quitte pour aller au théâtre de Nô.
Retour. Travail. Radio, la semaine de feuilleton de Franck Venaille à récupérer... Une petite sieste. Travail encore. Je constate que mes pages sont inaccessibles, comme tout globat.com d'ailleurs, pendant quatre heures... et pas un message d'explications ou d'excuses sur le site.
Et puis Bouvard et Pécuchet chez nos contemporains.
Dominique Meens : « Ça part de mon expérience, telle que je l'ai indiquée au départ, je ne fais que ça. Je n'ai pas d'activité professionnelle, on me l'a d'ailleurs reproché. Je ne souhaite pas avoir d'activité professionnelle, on me le reproche. Je ne fais que ça. Donc, pour mon compte, écrire, c'est ma vie, c'est la vie telle que je la vis. C'est pas, comme disait Madame Duras, écrire ou vivre, pas du tout, pour moi, c'est la même chose. Donc, ça n'est pas une fonction parmi d'autres : c'est comme ça que je vis. Vous comprenez ?... Quand tout à l'heure, je disais que je n'ai que ça "à foutre". C'est quand je suis malheureux que je dis ça. C'est quand cette activité-là, qui est la mienne, qui est l'ensemble de mon activité, tourne autour de cette activité principale, quand elle me déçoit, quand j'en souffre, parce que c'est comme la vie, y'a du bon et du mauvais, je veux dire, c'est de bon sens, éh bien, je dis, ah oui vraiment, c'était terrible, j'ai toujours fait ça mais c'est parce que j'ai que ça à foutre... Enfin, c'est pas possible, on peut pas écrire pour s'occuper. C'est scandaleux, écoutez, franchement, c'est scandaleux, écrire pour s'occuper. S'occuper, c'est un scandale.
Bouvard ou Pécuchet — Vous voudriez vous désoccuper ?
Dominique Meens — Bien sûr, être occupé, c'est un scandale. Chaque fois qu'un pays est occupé, qu'est-ce qu'il fait ? Pour partie, parce que bien entendu, il y a des gens qui adorent ça, être occupés. Ils adorent ça, être occupés. Particulièrement en France, on adore ça, être occupé. Non, c'est vrai...
Bouvard ou Pécuchet — Alors, les questions vous occupent, comme un territoire ?
Dominique Meens — Exactement, et donc ce qu'il faut... quand je sens que cette occupation devient par trop une occupation, ça m'insupporte.
Bouvard ou Pécuchet — Et vous avez des moyens de lutter contre l'occupation ?
Dominique Meens — Bah là, par exemple, j'y réfléchis. Donc, je sais que je suis occupé. Si il y a un savoir, c'est celui-là. C'est pas deux plus deux égalent quatre. C'est en savoir un bout de l'occupant. Et donc, j'y ai remédié.
Bouvard ou Pécuchet — Mais est-ce qu'il n'y a pas des moyens, justement, de contrôler l'occupant ? Est-ce qu'il n'y a pas dans la maîtrise qu'on peut avoir de son écriture un moyen d'être plus fort qu'elle, d'une certaine manière ? Est-ce qu'on pourrait dire, par exemple, que les figures de rhétorique, ou les métaphores, c'est une arme contre l'occupant ? Par le pouvoir qu'elles nous donnent sur lui ?...
Dominique Meens — Non, parce que justement, la rhétorique, c'est l'occupant. C'est la rhétorique qui est l'occupant. Donc...
Bouvard ou Pécuchet — Alors, y'a pas moyen de s'en sortir ?
Dominique Meens — Si, si, bien sûr que si. Parce que justement... En tout cas, il y a une chose dont on ne peut pas se sortir, c'est du discours. Ça, c'est absolument clair. On ne peut pas se sortir du discours, même quelqu'un comme Piron, qui ne parlait pas, qui n'écrivait pas, qui faisait de la pantomime, sa pantomime était de l'ordre du discours. Donc on ne peut pas sortir du discours. Mais par contre, on peut, comment dire, examiner le discours dans lequel on est pris ou examiner le discours qui nous occupe. Et changer notre position par rapport à ce discours. Et là, effectivement, on va retrouver la rhétorique, où il faudra faire attention à ne pas être saisi par la rhétorique, mais, voyez, de la saisir, elle. Enfin, c'est un peu compliqué et hasardeux.
Bouvard ou Pécuchet — C'est pas l'écriture qui vous occupe, c'est le discours. Et l'écriture, ce serait plutôt l'arme pour lutter contre le discours.
Dominique Meens — Non, parce que l'écriture n'est pas quelque chose qui serait en dehors des discours...
Bouvard ou Pécuchet — Non, mais ça pourrait en être la torsion, justement, le...
Dominique Meens — C'est dans l'activité d'écriture qu'on peut faire toutes ces manœuvres internes aux différents discours. Ça oui, mais l'écriture est tout aussi bien l'arme du discours universitaire, du discours du maître...»
Le même, plus loin : « Moi, c'est pas vraiment la chose-même qui m'intéresse. C'est décrisper. Faire en sorte que les choses se remettent en mouvement. C'est remettre en mouvement. C'est de me permettre de me déplacer. De changer la situation dans laquelle je suis. Voilà, par rapport à cette chose. La chose-même, qu'elle se débrouille. D'ailleurs, la chose-même se débrouille. [...]
[Lacan] disait : "mais moi, j'ai simplement ratissé le gravier autour d'un certain nombre de choses qui se sont avérées des rochers", comme dans un jardin zen. Le rocher ne s'adresse à personne. Et les choses que Lacan a, comment dirais-je, signifiées, justement, en ratissant tout autour, elles ne s'adressent à personne. L'aigle ne s'adresse à personne. L'étourneau ne s'adresse à personne. Le chemin de la biche dans les bois ne s'adresse à personne. Mais le fait de ratisser autour, ça vous permet un peu plus de liberté. C'est-à-dire : la chose qui ne s'adresse pas à vous, elle n'a pas la main sur vous. Et vous, vous ne mettez pas la main sur elle non plus. Enfin, tout ça est un peu espagnol... [rires] »
Commentaires
1. Le samedi 29 avril 2006 à 10:49, par le pseudo est obligé ? :
poulet-frites addict ? non, pas qu'on s'amuse, plutôt qu'on s'étonne ! autant de temps libre, de temps pour le sport en chambre et tout ça, et puis écouter ce que les autres disent : on lit ce blog parce qu'on vous envie !
2. Le samedi 29 avril 2006 à 18:04, par Berlol :
Cher LPEO, je rêverais de vous envier, si je savais quelque chose de vous !...
3. Le samedi 29 avril 2006 à 20:12, par ratisseur :
Consternant ! Enfilade de banalités et d'amabilités et de moi-moi-moi. Le blog se meurt. ll y manque quelque chose dans l'écriture pour que ce soit plus intime et donc plus universel que la surface consciente de ce qu'on contrôle, ou peut-être l'humour, espace de battement et de combat qui est une place pour l'autre.
4. Le dimanche 30 avril 2006 à 02:20, par arte :
Non que Berlol ait besoin de renfort, il est petit mais ... costaud !
Juste dire, à titre très personnel, aux rastaquouères, les çi-dessus(on devrait mettre un accent circonflexe à ratisseur ! ) :
Ca pue, VOUS !
5. Le dimanche 30 avril 2006 à 02:57, par Berlol :
Merci, Arte !
Quoique... costaud... même pas sûr.
Si Ratisseur sait si bien ce qui me manque, on peut peut-être lui faire confiance. Moi je vais continuer mon mauvais blog et lui, il va nous écrire comment il faudrait que ce soit, et surtout nous dire où il le publie ! Après on verra si son coup de l'intime-universel, ça serait pas aussi une banalité...
Ceci dit, Ratisseur a quand même passé une dizaine de minutes à lire Dominique Meens avant le déjeuner dominical, et ça, ça ne peut pas lui faire de mal !
6. Le dimanche 30 avril 2006 à 05:19, par Philippe De Jonckheere :
Patrick
Suis prêt à lancer mes 0,12 tonne dans la bataille, suis pas petit moi!
Phil, toujours étonné des ceux qui prennent le temps de faire des commentaires qu'ils n'apprécient pas, pour ma part je ne sais même pas où ils trouvent le temps de lire les blogs qu'ils n'aiment pas, j'ai à peine le temps de lire ceux que j'aime, donc celui-ci, n'en déplaise.
7. Le dimanche 30 avril 2006 à 05:45, par ratisseur avec ou sans accent :
Naturellement, lire Dominique Meens ne me fait pas de mal, mais si le blog se réduit à un cocktail de citations et de références, entrecoupant les menus du jour et les courses quotidiennes, je ne vois pas bien l'intérêt, surtout au regard de la prétention LITTERAIRE affichée par certains sur ces espaces d'expression, mais pas vraiment de création : pour moi, ici ou ailleurs, ce n'est que du bavardage et de la poudre aux yeux.
8. Le dimanche 30 avril 2006 à 07:01, par ratisseur :
Je ne sais pas exactement ce qui vous manque. Je remarque simplement que je ne trouve vraiment pas que les blogs soient à la hauteur à laquelle leurs auteurs prétendent les situer.
Pour ce qui est de "l'intime universel", l'intime n'est pas dans le menu du midi ou du soir ou les achats de la semaine... Je pense qu'il y a bien autre chose de beaucoup plus personnel, profondément personnel mais par là -même partageable et universel.
En tout cas, personnellement, si j'écrivais, ce n'est certainement pas sur un blog que je publierais (on entend d'ailleurs souvent cela en ce moment : "et pourquoi tu ne fais pas un blog ?" !!! comme si c'était le nouveau truc à la mode) Etre d'ailleurs soumis à ce rythme quotidien de pondre sa page le soir venu, au terme d'une journée plus ou moins remplie, me semble d'ailleurs dérisoire et bien éloignée de la littérature. Dans le meilleur des cas, je ne vois que de la discussion (parfois passionnante d'ailleurs) ; dans le pire des cas, du bavardage ; par intermittences de la pensée et par rares éclairs de l'écriture, au sens de création. Et là encore, comme plus ou moins consciemment les auteurs sont dans l'attente des commentaires quotidiens, on se regarde beaucoup écrire, fatale position due au manque de distance et de temps, alors qu'il faudrait justement s'oublier soi-même et prendre du temps.
Sans oublier la platitude un peu courte et du plus bas niveau de nombreux commentaires du genre "Ca pue, VOUS !" Comme le "Ca" est ainsi écrit, je renvoie Monsieur au CACA d'Artaud.
Tout ceci simplement parce que j'ai essayé de lire un peu quelques blogs... mais franchement ce n'est pas mon truc : vanité et perte de temps. Passons, sans rancune.
9. Le dimanche 30 avril 2006 à 07:34, par Berlol :
Très bien. Au demeurant, ces points ont déjà été plusieurs fois abordés depuis novembre 2003 (traduction : vous débarquez !). Chacun place la littérature où il le veut / peut. Et, pour ma part, je n'ai jamais prétendu écrire "de la littérature" au sens courant. On reverra tout ça dans cinquante ans... Pour ne pas me répéter et aller au plus court, je vous renvoie au bref paragraphe final du 24 mars. Désolé. Non pas que ce que j'écris ne vous convienne pas, mais que vous ne trouviez rien qui vous satisfasse dans le réticule. Votre jugement est par trop précontraint. Trop d'exigences tue l'exigence.
10. Le dimanche 30 avril 2006 à 08:28, par alain :
C'est bien Meens ? Jamais lu.
Au fait, juste à la fin des trois épisodes de Bouvard et Pécuchet, au dernier, il y a, je crois, Pierre Michon qui dit quelque chose, qui commence à développer et puis ça coupe au même moment et, comment on fait pour écouter le reste ?
Il pleut.
J'ai de bonnes nouvelles. Je vous raconterai.
11. Le dimanche 30 avril 2006 à 08:57, par Berlol :
Pour Michon, je vérifie demain...
Des bonnes nouvelles ? demain ? Donnant donnant ?...
12. Le dimanche 30 avril 2006 à 10:37, par arte :
C'est drôle, quand CA PUE, CA PUE toujours pareil. Les mêmes mots.
Enfin, non ce n'est pas drôle. CA PUE !
13. Le dimanche 30 avril 2006 à 14:25, par k :
olala on dit pas ça on dit ça hume mauvais
14. Le dimanche 30 avril 2006 à 21:34, par dernier ratissage :
C'est drôle comme la misère de certains petits esprits se traduit toujours par les mêmes petits mots puants dont la banalité ne dégage finalement qu'un petit fumet de basse-cour bien insipide : la montée de l'insignifiance. Un peu plus de panache, de finesse, d'esprit, de grandeur, d'originalité ou d'humour dans l'insulte, que diable, monsieur arte ! Fut une époque où ça fusait autrement plus haut et loin. Sans rancune, Monsieur arte povera, et bon dimanche.
15. Le dimanche 30 avril 2006 à 21:55, par Berlol :
Pour Alain — ça valait le coup, en effet, de s'en enquérir — voici ce que dit Pierre Michon à la fin du troisième B&P (coupé et collé du début de l'émission qui suivait) : «Je me dis : ce discours que je tiens, là, qui est banal, qui court les rues en ce moment, il est peut-être faux. Il est vrai, ce discours est vrai, si on veut passer la barre des 200.000 exemplaires vendus, par exemple. Mais si on est à 5000, si on est entre 2000 et 80.000, ça n'a pas d'importance parce que les gens qui vous achètent vous achèteraient même sans vous entendre parler et même sans savoir du tout qui vous êtes... Me dis-je, parfois, quand je suis optimiste.
Non, et puis même ce que j'ai dit tout à l'heure est une bêtise parce que pour les grands grands best-sellers, je pense à quelqu'un comme Christian Jacques — j'ai jamais lu, mais je sais que c'est un des plus vendus au monde. Bah voilà un type discret. Jamais on l'entend, il est jamais en interview... Donc tout ce que je viens de dire depuis une demi-heure, c'est à mettre directement à la poubelle !»
16. Le lundi 1 mai 2006 à 03:46, par alain :
Merci 2.
Oui, oui, voilà, oui, merci, c'était un mot de Michon sur le fait de dire quelque chose à côté de l'écriture, sur l'écriture, et ça m'intéressait. J'aurais bien voulu qu'ils (les écrivains interrogés) parlent également de la lecture de leurs textes, de cette possibilité, de cet écart aussi. Enfin. Mais l'émission était d'une tenue intéressante, pour de la parole. Bergounioux, notamment, qui parlait avec la conscience de ceux qui l'interrogeaient, n'aurait sans doute pas dit la même chose au premier journaliste venu. Peut-être.
17. Le lundi 1 mai 2006 à 16:49, par le consul :
eh c'est reparti... arte, cessez de faire vos jeux de mots vaseux quand qqu'un pose des questions. Et puis je crois que Berlol est assez grand pour le faire lui-même, et il le fait d'ailleurs très bien.
bref, pour passer à des choses plus passionnantes,
Dominique Meens c'est très bien, très belle écriture, assez amusante ; de bons moments de lecture, en tout cas...
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