Le sens des pierres à sucer...
Par Berlol, vendredi 5 mai 2006 à 23:55 :: General :: #255 :: rss
« Votre « sang n'a fait qu'un tour »,
dites-vous, « à la lecture d'un article de journal » ?
De quel sang parlez-vous ? Et de quel tour s'agit-il sinon de ces tours
que nous jouent les fantômes et dont Kafka disait qu'ils retournaient
les mots dans sa main.» (Extrait de l'article de Christian Salmon
aujourd'hui dans Libération, Interdit d'interdire
Handke, relatif à la déprogrammation de Peter Handke
de la Comédie française par Marcel Bozonnet)
Au-delà du choix à faire (?), invoqué facilement, entre
l'homme et l'œuvre, il y a un autre choix au fond de chacun. Entre l'éthique
et l'esthétique, et lequel a priorité. Et d'être cohérent
avec soi-même, d'avoir un système.
Suis-je quelqu'un qui donnera toujours priorité à l'éthique — l'esthétique fût-elle sublimement je-ne-sais-quoi ? Suis-je de ceux qui donneront toujours priorité à l'esthétique — l'éthique fût-elle détestablement je-ne-sais-quoi ? Voudrais-je qu'éthique et esthétique toujours s'accordent ? Et qu'est-ce que ça veut dire ? M'enfermerais-je, me draperais-je dans une époche, une retenue pour réfléchir (pendant que les orages passent, après on ne me demandera plus mon avis, je le donnerai peut-être, intempestif et superbe) ?
Marre du feuilleton des eaux claires ! Mon Dieu, la tête de Villepin, ces jours-ci ?!
Ici, c'est presque l'été. Énième relecture de pages de Molloy, pour le cours de demain matin. Mais sur le balcon, cette fois, au soleil, crayon en main, long drink tintant de glaçons à côté. Ça vous change le sens des pierres à sucer... Et puis, une heure après, pour alterner en beauté, quelques pages de Volodine.
le sang le mur
chaque fois qu'il est question de sang
on va dans le mur
chaque fois qu'il est question de sang
on va dans le mur
Au-delà du choix à faire (?), invoqué facilement, entre
l'homme et l'œuvre, il y a un autre choix au fond de chacun. Entre l'éthique
et l'esthétique, et lequel a priorité. Et d'être cohérent
avec soi-même, d'avoir un système.Suis-je quelqu'un qui donnera toujours priorité à l'éthique — l'esthétique fût-elle sublimement je-ne-sais-quoi ? Suis-je de ceux qui donneront toujours priorité à l'esthétique — l'éthique fût-elle détestablement je-ne-sais-quoi ? Voudrais-je qu'éthique et esthétique toujours s'accordent ? Et qu'est-ce que ça veut dire ? M'enfermerais-je, me draperais-je dans une époche, une retenue pour réfléchir (pendant que les orages passent, après on ne me demandera plus mon avis, je le donnerai peut-être, intempestif et superbe) ?
Marre du feuilleton des eaux claires ! Mon Dieu, la tête de Villepin, ces jours-ci ?!
Ici, c'est presque l'été. Énième relecture de pages de Molloy, pour le cours de demain matin. Mais sur le balcon, cette fois, au soleil, crayon en main, long drink tintant de glaçons à côté. Ça vous change le sens des pierres à sucer... Et puis, une heure après, pour alterner en beauté, quelques pages de Volodine.
Commentaires
1. Le vendredi 5 mai 2006 à 10:25, par grapheus tis :
En eaux plus que troublées avec la polémique autour de Handke !
« C'est le propre de la barbarie de propager l'inhumanité jusque dans le camp de ceux qui la condamnent. »
(Vaneigem - Rien n'est sacré, tout peut se dire)
Quand Handke franchit-il la limite ? Quand est-ce que, moi, qui le juge, je franchis la frontière ?
Ne sais pas ! Ne sais plus !
2. Le vendredi 5 mai 2006 à 10:44, par Aline :
chaque fois qu'il est question de sang
on va dans le mur
Ah bon ?!? dans quel sang (sens) ?
Ecris avec ton sang
3. Le vendredi 5 mai 2006 à 10:45, par Aline :
et moins avec ta tête
4. Le vendredi 5 mai 2006 à 12:54, par arte :
Oui, fais comme Aline, trempe l'index dans l'arrière, et écris avec l'index ...
5. Le vendredi 5 mai 2006 à 13:28, par ck :
Je ne peux pas. Impossible de cautionner une oeuvre, si belle soit-elle, lorsqu'elle condamne l'homme, l'autre. Idem pour les éditeurs. Stagiaire, je suis tombée par hasard sur une maison d'édition dite libertaire qui en réalité était négationniste, avait participé à la publication de la thèse de Faurisson. Ces gens-là ont aujourd'hui pignon sur rue. On ne peut pas accepter la publication de textes pareils. C'est insidieux, sincère, suffisamment pour paraître anodin, et convaincre les masses du bien-fondé du meurtre collectif. C'est ignoble. Et l'esthétisme fait partie de cette sincérité-là. Inacceptable.
6. Le vendredi 5 mai 2006 à 14:47, par Philippe De Jonckheere :
Sûrement que j'aurais préféré avoir Char dans mes amis que Céline, mais je préférerais toujours lire Céline, tandis que Char ne me fait pas grand chose.
Pour moi Marcel Bozonnet est un sot, qui fait semblant de découvrir que Handke sent le souffre (ce n'est pas exactement d'hier que Handke s'entête sur la question serbe). Et qui du coup s'offre le plaisir de parler dans les micros qu'on lui tend, ce qui est amusant c'est qu'il y parle presque aussi mal qu'un cycliste à qui on fait la même chose (tendre un micro __ j'essaierais de faire fois la prochaine mieux).
Handke on peut avoir envie de le mettre au ban, mais le censurer c'est se priver d'une écriture extrêmement singulière. J'ai toujours été sidéré de ne connaître que deux personnes qui avaient été transformées par la lecture de "mon année dans la baie de personne". Dans ma bibliothèque très mal rangée, je crois qu'il n'est pas loin de "la recherche", c'est à moitié un hasard, en tout cas c'est un voisinage qui n'est pas incongru. Pas pour moi en tout cas.
A part cela Handke est sûrement un très vilain monsieur, je n'irais jamais ramasser des champignons avec lui, mais qu'est-ce qu'il écrit bien! Doit on faire une liste des êtres parfaitement méprisables par excellence et qui ont laissé derrière eux des oeuvres indispensables. Il y aurait alors ceux qui ont mal vécu mais écrit sublimement, ceux qui ont bien vécu mais n'ont pas laissé des écrits fondamentaux, ceux qui ont à la fois bien vécu et laissé des écrits magnifiques derrière eux (Louis-René des forêts par exemple) et puis il y a ceux, en fait très nombreux quand on y pense, qui ont à la fois mal vécu et mal écrit.
Amicalement, Constance, Faurisson n'écrira jamais une ligne comme la plus mauvaise des lignes de Handke, on ne pourra jamais se tromper sur cette question. De même les pamphlets antisémites de Céline cumulent à la fois d'être odieux et d'être très piètrement écrits.
7. Le vendredi 5 mai 2006 à 20:25, par Aline :
Cher Arte, c'est avec plaisir que je te fouillerai l'arrière avec l'index ...
8. Le vendredi 5 mai 2006 à 22:48, par Artichaut :
"Je ne plaisante pas avec les porcs"
R.Char
9. Le vendredi 5 mai 2006 à 23:27, par le consul :
Le plus grave ne sont pas les propos de Handke, les thèses négationnistes, les idées malsaines... mais le fait que personne n'y réponde intelligemment. La démocratie c'est le droit de tout dire, mais aussi le pouvoir de répondre à tout... et aujourd'hui on a bien du mal à répondre... à moins que la fascination soit très insidieuse...
A Faurisson, Pierre Vidal Naquet a apporté la réponse la plus juste et la plus radicale. Qui répond aujourd'hui à Handke, Louise L. Lambrich sans doute...
www.inventaire-invention....
les écrits antisémites de Céline ne sont pas mal écrits... c'est là le problème aussi...
10. Le samedi 6 mai 2006 à 02:03, par arte :
Chère Aline,
"avec plaisir" et "avec l'index"... hummm, votre langue, madame... encore !!!
je note le futur à "je te fouillerai l'arrière". Je l'espère proche...
11. Le samedi 6 mai 2006 à 03:21, par Berlol :
"Avec plaisir et l'index..." Voilà un beau zeugma, ou je ne m'y connais pas ! Aline, suivez le lien d'Arte et allez faire vos affaires là-bas... Vous nous raconterez après...
Merci au "consul" de relever le niveau. Ceci dit, on est aussi dans la m... avec cette histoire. Je mets en ligne une émission des Matins de France Culture du 5 janvier 2005 dans laquelle Louise L. Lambrichs disait très clairement sa position. Émission que Bozonet n'avait pas dû écouter, sinon...
À ceux qui se demandent (encore) quelle est ma position (parce qu'il ne l'ont pas encore inférée du JLR), je répondrai que, passée une nécessaire période de réflexion, d'écoute, de lecture (Lambrichs et Olivier Py, par exemple) et de décantation (sas d'époche contre la réaction sanguine (joli fruit)), je reste de ceux qui font passer l'éthique avant l'esthétique.
Je comprends la déprogrammation pour ne pas cautionner institutionnellement les positions politiques de Handke (je ne comprends pas bien qu'il y ait eu programmation, d'ailleurs, puisque ces positions ne sont pas nouvelles, comme le rappelait ci-dessus Philippe — ce qui était peut-être le sens de la citation de Char par Art-t'es-chaud...). En revanche, il devient urgent de lire ou relire Handke, à tête reposée (et non pas avec le sang battant aux tempes des guerrier(re)s) — et peut-être pas seulement pour admirer la beauté ou le génie de l'écriture.
12. Le samedi 6 mai 2006 à 04:50, par le pseudo est obligé ? :
ce M6 ou je ne sais quoi, est-ce vous-même, Berlol, ou vraiment un quidam acharné à détruire votre blog depuis des mois quiconque y vient s'exprimer ? et je ne parle pas en mauvaise part, si je reviens ici c'est que j'y trouve mon compte - mais on aimerait compagnie, dans la mesure où elle s'incruste systématiquement, de meilleur aloi
13. Le samedi 6 mai 2006 à 04:52, par arte :
Mouaiii, ben moi, parler de position, ça m'excite !
Non, sincèrement, ceux qui jugent Bozonnet ne sont pas à la place de l'homme qui devrait nécessairement, un soir de première, serrer une main qui le dégoûte. Fut-elle celle d'un écrivain !
Idem concernant le mépris pour les cyclistes (mais oui mais oui, c'était une "image") : faites nous une belle déclaration sur l'esthétique à l'arrivée du mont Ventoux, et après on en reparle !
Simul et Singulis : « être ensemble et être soi-même » : C'est la devise de la troupe du Français. Voila la position de son administrateur ! Être soi-même. Voila un homme qui ne se contente pas de faire partir les trains a l'heure !
Handke voulait un débat, il l'a. Et on a le droit d'être en désaccord avec lui.
La censure serait d'interdire à un homme qui le serait (en désaccord) d'agir en conséquence. En l'occurence, c'est LUI, cet homme, qui dirige le théatre de la Comédie Française. Pas vous. Et voila un acte de DIRECTION de théatre... Après le ventoux, vous pouvez toujours tenter de postuler à la fonction !
Et je le remercie d'avoir fait entrer Novarina sur la scène de Richelieu !
(que je préfère à Handke... chacun son Poulidor).
P.S : Aline, vous faites du vélo ?
14. Le samedi 6 mai 2006 à 14:17, par k :
et v'la t'y pas qu'il va crié aline pour qu'elle............
j'croyez que ce que vous aimiez c'était quand on disparaissez tel les empreintes que le ressac efface sur le sable, faut savoir aussi
moi le ressac, les vagues,maintenant le sable ne m'égratigne plus, je m'y frotte juste un peu histoire d'avoir la peau douce
15. Le samedi 6 mai 2006 à 22:43, par Aline :
Ar, t'es chaud ! j'te farfouille !
avec l'index
et plus si humidité
16. Le dimanche 7 mai 2006 à 00:25, par le consul :
sauf que handke tient ses propos depuis des années... et aujourd'hui on les découvre, et on déprogramme... fallait pas programmer, et là il n'y avait pas de "censure"...
17. Le dimanche 7 mai 2006 à 00:33, par Berlol :
Oui, c'est pour ça que je dis que Bozonnet n'avait pas dû écouter l'émission avec Lambrichs (par exemple) et que je ne comprends pas non plus qu'il y ait eu programmation... (D'où l'avis de Philippe que Bozonnet est un sot...).
18. Le dimanche 7 mai 2006 à 00:36, par arte :
Sot ET courageux.
19. Le dimanche 7 mai 2006 à 00:37, par Berlol :
Mmoui... parce que c'est toi !...
Dans le Figaro du 5, article de Marion Thébaud :
« BEAUCOUP d'émotion hier à la Comédie-Française. Officiellement, Marcel Bozonnet, son administrateur général, évoquait la saison prochaine, mais la presse attendait surtout ses propos concernant la déprogrammation de la pièce de Peter Handke (nos éditions d'hier). D'entrée, il a affronté l'événement, très ému, indigné. « J'ai repassé le film de ces dernières années, de 1990 à nos jours. J'ai replongé dans l'horreur, dans ce nettoyage ethnique. J'ai été scandalisé par ce que Peter Handke disait, remettant en cause le travail des historiens, des correspondants de guerre. Peter Handke bafoue tout le monde. Je respecte la presse, ses spécialistes dramatiques, mais je respecte également les correspondants de guerre. Ce qu'ils ont rapporté mérite d'être analysé et non pas nié comme le fait Handke.»
Ne connaissait-il pas l'opinion d'Handke ? « Bien sûr mais quand Bruno Bayen m'a proposé la pièce, Handke ne s'était pas encore rendu coupable d'un acte décisif. Assister aux obsèques de Milosevic et tenir les propos du genre : « Le prétendu monde sait tout sur Milosevic. Le prétendu monde connaît la vérité. C'est pourquoi le prétendu monde est aujourd'hui absent. Le prétendu monde n'est pas le monde. Je sais que je ne sais rien. Mais je regarde. J'écoute... Je me souviens. Je questionne. C'est pourquoi je suis ici présent, près de la Yougoslavie, près de la Serbie, près de Slobodan Milosevic.» Cela m'a indigné. C'est une prise de position personnelle, que j'ai prise en conscience.» Lui, censeur ? Là encore, il se révolte : « Je ne suis pas un préfet. Je n'interdis pas qu'on mette en scène Peter Handke, mais je refuse d'inviter à la Comédie-Française un homme qui ne respecte pas les valeurs essentielles. C'est un problème éthique.» Pour finir, il a admis : « J'ai commis une erreur, c'est de programmer cette pièce.» Bruno Bayen refusant de mettre en chantier un spectacle de remplacement, c'est Marcel Bozonnet qui mettra en scène Orgie de Pasolini, en janvier, au Vieux Colombier.»
20. Le dimanche 7 mai 2006 à 01:45, par Aline :
à la Comédie-Française, on ne fouille pas assez l'index
21. Le dimanche 7 mai 2006 à 02:32, par k :
non plus daans la comedie del arte
22. Le dimanche 7 mai 2006 à 02:42, par Aline :
al fondo del arte
23. Le dimanche 7 mai 2006 à 04:38, par le consul :
si on fait passer l'éthique avant l'esthétique, on ne donne pas le prix goncourt à Proust, mais à Dorgelès... et pourtant ce fut l'inverse...
l'idéal c'est quand il y a les deux... c'est sûr. Mais l'éthique change aussi, parfois, souvent...
et la pièce de Handke est elle porteuse d'un message douteux et nauséeux, non ?? alors ??
24. Le dimanche 7 mai 2006 à 09:00, par jcb :
Si l'on est contre la censure, c'est un principe infaillible et qui ne supporte aucune exception. Quand on commence à chercher à comprendre une censure et qu'on se pose une question à son sujet, c'est déjà qu'on accepte l'idée de censure et que finalement on est pour (puisque dans certains cas, peut-être que...blablabla...). Attention, on a le droit bien sûr d'être pour la censure et de le dire, l'écrire, l'imprimer, et de défendre sa position. etc...
Personnellement je suis contre toute idée de censure. Que Le Pen ou n'importe qui d'autre publie ou dise n'importe quoi ne me gène pas. À nous ou à ceux qui ont la parole et ne sont pas d'accord de se battre contre et de convaincre, dévoiler les mensonges etc...La liberté et la démocratie sont à ce prix-là.
On ne combat pas une idée en décrétant son interdiction, ni rien d'ailleurs. Toute interdiction pure et simple d'une idée, d'un parti, d'un produit (alcool, drogue...) ne conduit qu'à la société secrète, au traffic, au produit frelaté, incontrôlable et à une publicité exagérée. etc... On a vu ce qu'a donné aux USA la prohibition et quel prix ont coûté l'interdiction papale du préservatif, l'attente de seringues à prix faible, l'attente de l'IVG, etc.
Je préfère être dans la position du censuré que du censeur.
Bien à vous tous...
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