mardi 9 mai 2006
Le risque et la nouveauté pédagogiques
Par Berlol, mardi 9 mai 2006 à 23:44 :: General
Bruine au deux bouts du shinkansen, qui deviendra pluie battante pour les
cours de l'après-midi, puis poisse dans l'air du soir. Hier, je n'en
croyais pas mes oreilles, T. m'avait dit qu'elle me préparerait un
bento à emporter... Et en effet, elle s'est levée
juste après moi, vers sept heures moins le quart, pour préparer
des sandwiches de mie de pain avec différents contenus, l'omelette,
les fraises, et de m'emballer ça séparément puis dans
une boîte spéciale — un bento bako — pour que je l'emporte.
En me recommandant bien de l'écrire dans mon journal — qu'elle ne
lit jamais.
Arrivé au bureau, j'avais ça, d'elle, devant moi. Et je n'en croyais pas mes papilles, tellement c'était bon.
L'un de mes cours est une expérience in vivo pour laquelle j'avais beaucoup de craintes... Les étudiants ont l'air d'apprécier, surtout aujourd'hui, parce qu'ils comprennent le risque et la nouveauté pédagogiques. Il s'agit, dans une salle équipée d'ordinateurs connectés, de travailler sous Writely tous ensemble à un document où sont collectées, commentées et corrigées, des informations ramassées sur le web sur un sujet précis — pendant quelques semaines, les voyages — en vue d'en faire individuellement une présentation orale. La conversation en classe porte sur la manière de trouver des informations, les procédures de travail, les fonctions annexes de Writely, comme la liste des révisions enregistrées du document par intervenant.
Puis-je écrire en écoutant Pierre Guyotat ? Difficile... C'est intéressant, ce qu'il dit. Tendu, précis. (Vingt minutes passent.)
Voilà, ça vient de finir.
Ça change des malentendus, au sens propre, de la première partie de ce Tout arrive du 5 mai, où il était question du retrait de la pièce de Handke — dont je parlais aussi le même jour (sans savoir, parce que j'ai un peu de retard dans le suivi des émissions de France Culture, ces jours-ci).
Les positions sont claires, je les dis avec mes mots à moi : il y a d'un côté ceux qui crient à la censure et que, Handke serait-il le pire des criminels (ce qu'il n'est pas, fort heureusement), ça n'empêche pas la beauté ni la puissance de son œuvre, ça n'éteint pas le sacré de cette beauté et de cette puissance de l'œuvre qui s'impose au monde entier, et qu'il est insupportable, au nom de la liberté d'expression, de la voir interdite ; de l'autre ceux qui se défendent que ce n'est pas censurer une pièce que de ne pas la jouer, que le droit de Handke ou de son œuvre s'arrête au goût de chacun, qu'il n'y a rien là de sacré, et que, pour eux, ce goût a été gâté par l'attitude politiquement inacceptable de son auteur, qui n'a certes rien à voir avec cette œuvre-là, mais qu'ils ne peuvent, personnellement, cautionner.
Mais les deux parties ne dialoguent pas, elles répètent leurs positions — plus confusément pour les premiers qui font plus de name dropping que d'argumentation. Échec dont Arnaud Laporte s'attristera par la suite, mais qui était tout à fait prévisible. Le plus étonnant — et ridicule — est cette envolée de Gérard Bobillier, directeur des éditions Verdier (17:50 à 21:15), qui lit un papier tout à fait décalé de la conversation et empreint de lyriques reproches adressés à « Bozonnet, Marcel » (où l'inversion nom prénom donne dans le style tribunal).
Attention ! Il m'a semblé entendre deux sons de cloche chez les pro-Handke. Certains protestent uniquement contre ce qu'ils appellent censure ou mise au ban, sans s'occuper des idées politiques de l'écrivain. D'autres laissent à penser qu'il pourrait avoir raison, politiquement, et que c'est pour cette raison qu'il faut le laisser s'exprimer — sans avoir le droit de ne pas être d'accord ni de le contredire, parce qu'il est un témoin qui veut témoigner. Je ne suis pas sûr que ces deux sous-groupes s'entendent très longtemps (par l'esprit)... quand ils s'entendront (avec les oreilles).
Arrivé au bureau, j'avais ça, d'elle, devant moi. Et je n'en croyais pas mes papilles, tellement c'était bon.
L'un de mes cours est une expérience in vivo pour laquelle j'avais beaucoup de craintes... Les étudiants ont l'air d'apprécier, surtout aujourd'hui, parce qu'ils comprennent le risque et la nouveauté pédagogiques. Il s'agit, dans une salle équipée d'ordinateurs connectés, de travailler sous Writely tous ensemble à un document où sont collectées, commentées et corrigées, des informations ramassées sur le web sur un sujet précis — pendant quelques semaines, les voyages — en vue d'en faire individuellement une présentation orale. La conversation en classe porte sur la manière de trouver des informations, les procédures de travail, les fonctions annexes de Writely, comme la liste des révisions enregistrées du document par intervenant.
Puis-je écrire en écoutant Pierre Guyotat ? Difficile... C'est intéressant, ce qu'il dit. Tendu, précis. (Vingt minutes passent.)
Voilà, ça vient de finir.
Ça change des malentendus, au sens propre, de la première partie de ce Tout arrive du 5 mai, où il était question du retrait de la pièce de Handke — dont je parlais aussi le même jour (sans savoir, parce que j'ai un peu de retard dans le suivi des émissions de France Culture, ces jours-ci).
Les positions sont claires, je les dis avec mes mots à moi : il y a d'un côté ceux qui crient à la censure et que, Handke serait-il le pire des criminels (ce qu'il n'est pas, fort heureusement), ça n'empêche pas la beauté ni la puissance de son œuvre, ça n'éteint pas le sacré de cette beauté et de cette puissance de l'œuvre qui s'impose au monde entier, et qu'il est insupportable, au nom de la liberté d'expression, de la voir interdite ; de l'autre ceux qui se défendent que ce n'est pas censurer une pièce que de ne pas la jouer, que le droit de Handke ou de son œuvre s'arrête au goût de chacun, qu'il n'y a rien là de sacré, et que, pour eux, ce goût a été gâté par l'attitude politiquement inacceptable de son auteur, qui n'a certes rien à voir avec cette œuvre-là, mais qu'ils ne peuvent, personnellement, cautionner.
Mais les deux parties ne dialoguent pas, elles répètent leurs positions — plus confusément pour les premiers qui font plus de name dropping que d'argumentation. Échec dont Arnaud Laporte s'attristera par la suite, mais qui était tout à fait prévisible. Le plus étonnant — et ridicule — est cette envolée de Gérard Bobillier, directeur des éditions Verdier (17:50 à 21:15), qui lit un papier tout à fait décalé de la conversation et empreint de lyriques reproches adressés à « Bozonnet, Marcel » (où l'inversion nom prénom donne dans le style tribunal).
Attention ! Il m'a semblé entendre deux sons de cloche chez les pro-Handke. Certains protestent uniquement contre ce qu'ils appellent censure ou mise au ban, sans s'occuper des idées politiques de l'écrivain. D'autres laissent à penser qu'il pourrait avoir raison, politiquement, et que c'est pour cette raison qu'il faut le laisser s'exprimer — sans avoir le droit de ne pas être d'accord ni de le contredire, parce qu'il est un témoin qui veut témoigner. Je ne suis pas sûr que ces deux sous-groupes s'entendent très longtemps (par l'esprit)... quand ils s'entendront (avec les oreilles).