Pendant que les loose-loose se courent après
Par Berlol, jeudi 11 mai 2006 à 11:58 :: General :: #261 :: rss
Ça y est, il n'y a plus d'esclavage ! Ouf ! Super. On a
fait plein de commémorations. Plein plein de Noirs ont été
montrés dans de nobles postures, des réussites, de la notabilité.
Et la dignité est acquise, au moins sur le papier. Ouais, il y a peut-être
quelques domestiques dans de grands apparts qui couchent par terre parce
que le monsieur a gardé leur passeport. Mais ça ne compte pas,
c'est un crime individuel, ou familial, pas d'État. Et c'est vrai.
Mais qu'est-ce qu'on fait des dizaines (centaines ?) de millions d'ouvriers (et d'ouvrières) qui sont, dans des pays comme la Chine ou le Vietnam, ou d'autres, payés des clopinettes pour fabriquer nos basquettes, pardon, nos baskets, nos jouets, nos meubles et plein d'autres choses que nous achetons parce que c'est moins cher et que nous ne pouvons pas acheter plus cher parce que ces gens, là-bas, qu'on ne connaît même pas, nous ont piqué le boulot ? Ils nous ont piqué le boulot et nous on est chômeurs, ou précaires, obligés de consommer (le fruit de) leur boulot, complices de leur esclavage moderne (bosser pour des clopinettes). Mais comme on est chômeurs ou précaires, on est aussi obligés d'accepter n'importe quel boulot, même n'importe où, de plus en plus, c'est-à-dire qu'on est aussi des esclaves. C'est plus une question de couleur. Noirs, Jaunes, Blancs, que sais-je ?, tous esclaves. C'est bizarre, ça. Partout on nous parle de systèmes win-win, de l'anglais to win, où les deux parties d'un accord ont à gagner. Mais là, ce que je viens de dire, ceux qui chôment et consomment les merdes produites à l'autre bout du monde par ceux qui sont payés des clopinettes, ou l'inverse, c'est pareil, c'est du loose-loose, de to loose, perdre — et pas qu'à Toulouse.
C'est possible, ça, un système où tout le monde perd ? Non, ce qui est possible, c'est un système où ne sont visibles (parce qu'ils souffrent, protestent, sont laids, mal habillés, passent mal à la télé, etc.) que ceux qui perdent. Parce que ceux qui gagnent, ceux qui pompent le pognon des deux côtés, eux, sont bien planqués, villas sécurisées, gardes du corps, buildings sous protection 24/24, triple rangée de secrétaires pour le moindre coup de fil, des pages web à la con pour détourner les protestations, paradis fiscaux et comptes masqués au Luxembourg, dans la bourbe des eaux claires. Bien sûr, ils sont parmi nous, ils sont désirables, en vedette dans tous les magazines, toutes les chaînes de télévision, beaux costumes, indices boursiers, poignées de micros pour annoncer les bénéfices records, classements des fortunes, et même plus de diamants en stock place Vendôme tellement qu'il y a de milliardaires, le marché des jets privés qui explose...
Pendant que les loose-loose se courent après autour de la planète pour savoir qui sera le moins cher et qui consommera les merdes de l'autre, les win-win marchent à reculons pour effacer leurs traces et qu'on croie que leurs fortunes sont propres, qu'on ne puisse rien prouver. Et ils préparent des discours pour dire qu'il n'y a plus d'esclavage. Ils focalisent tout le sens de l'esclavage sur des Noirs d'autrefois — indéniable, en effet — pour que le sens n'aille pas se perdre du côté de l'ensemble des sous-payés et des précaires qu'ils font vivoter aujourd'hui. En effet, il n'y a plus d'esclaves d'autrefois. Bonjour, les esclaves d'aujourd'hui !
Voilà. C'était ma commémo de l'esclavage.
Quoi ? J'ai détourné le devoir de mémoire ? J'ai manqué de respect à la mémoire de tous ceux qui ont souffert ?
Mais attendez, si on se souvient des souffrances (et qu'on honore ceux qu'il faut honorer), normalement, c'est aussi pour éviter de continuer ou de recommencer, la mémoire sert à améliorer la performance. Et là, elle améliore, oui... Elle améliore la performance des bénéfices. Mais pas la diminution des souffrances. Donc elle ne sert à rien pour les vivants, si ce n'est à se faire croire que ça serait fini. Moi, je dis que ce n'est pas fini, que ça a repris DE PLUS BELLE sous une autre forme, l'esclavage. Donc, ce n'est pas moi qui détourne la mémoire de sa fonction, au contraire, j'essaie, et je ne dois quand même pas être le seul, de la faire servir, de l'inscrire dans la continuité des générations, pour l'amélioration progressive de la race humaine dans son ensemble.
Oh ! là, j'ai dit un mot qu'il ne fallait pas... L'amélioration progressive... Ça a à voir avec progrès, Lumières, tout ces trucs foireux du XVIIIe siècle. Là, tout le monde est mort de rire, sont bidonnés, les riches, les pauvres, se roulent par terre, 'tain, le progrès, qu'y dit l'autre, mais c'est mort tout ça, laisse tomber, essaie de faire fructifier tes investissements et point-barre.
Mais qu'est-ce qu'on fait des dizaines (centaines ?) de millions d'ouvriers (et d'ouvrières) qui sont, dans des pays comme la Chine ou le Vietnam, ou d'autres, payés des clopinettes pour fabriquer nos basquettes, pardon, nos baskets, nos jouets, nos meubles et plein d'autres choses que nous achetons parce que c'est moins cher et que nous ne pouvons pas acheter plus cher parce que ces gens, là-bas, qu'on ne connaît même pas, nous ont piqué le boulot ? Ils nous ont piqué le boulot et nous on est chômeurs, ou précaires, obligés de consommer (le fruit de) leur boulot, complices de leur esclavage moderne (bosser pour des clopinettes). Mais comme on est chômeurs ou précaires, on est aussi obligés d'accepter n'importe quel boulot, même n'importe où, de plus en plus, c'est-à-dire qu'on est aussi des esclaves. C'est plus une question de couleur. Noirs, Jaunes, Blancs, que sais-je ?, tous esclaves. C'est bizarre, ça. Partout on nous parle de systèmes win-win, de l'anglais to win, où les deux parties d'un accord ont à gagner. Mais là, ce que je viens de dire, ceux qui chôment et consomment les merdes produites à l'autre bout du monde par ceux qui sont payés des clopinettes, ou l'inverse, c'est pareil, c'est du loose-loose, de to loose, perdre — et pas qu'à Toulouse.
C'est possible, ça, un système où tout le monde perd ? Non, ce qui est possible, c'est un système où ne sont visibles (parce qu'ils souffrent, protestent, sont laids, mal habillés, passent mal à la télé, etc.) que ceux qui perdent. Parce que ceux qui gagnent, ceux qui pompent le pognon des deux côtés, eux, sont bien planqués, villas sécurisées, gardes du corps, buildings sous protection 24/24, triple rangée de secrétaires pour le moindre coup de fil, des pages web à la con pour détourner les protestations, paradis fiscaux et comptes masqués au Luxembourg, dans la bourbe des eaux claires. Bien sûr, ils sont parmi nous, ils sont désirables, en vedette dans tous les magazines, toutes les chaînes de télévision, beaux costumes, indices boursiers, poignées de micros pour annoncer les bénéfices records, classements des fortunes, et même plus de diamants en stock place Vendôme tellement qu'il y a de milliardaires, le marché des jets privés qui explose...
Pendant que les loose-loose se courent après autour de la planète pour savoir qui sera le moins cher et qui consommera les merdes de l'autre, les win-win marchent à reculons pour effacer leurs traces et qu'on croie que leurs fortunes sont propres, qu'on ne puisse rien prouver. Et ils préparent des discours pour dire qu'il n'y a plus d'esclavage. Ils focalisent tout le sens de l'esclavage sur des Noirs d'autrefois — indéniable, en effet — pour que le sens n'aille pas se perdre du côté de l'ensemble des sous-payés et des précaires qu'ils font vivoter aujourd'hui. En effet, il n'y a plus d'esclaves d'autrefois. Bonjour, les esclaves d'aujourd'hui !
Voilà. C'était ma commémo de l'esclavage.
Quoi ? J'ai détourné le devoir de mémoire ? J'ai manqué de respect à la mémoire de tous ceux qui ont souffert ?
Mais attendez, si on se souvient des souffrances (et qu'on honore ceux qu'il faut honorer), normalement, c'est aussi pour éviter de continuer ou de recommencer, la mémoire sert à améliorer la performance. Et là, elle améliore, oui... Elle améliore la performance des bénéfices. Mais pas la diminution des souffrances. Donc elle ne sert à rien pour les vivants, si ce n'est à se faire croire que ça serait fini. Moi, je dis que ce n'est pas fini, que ça a repris DE PLUS BELLE sous une autre forme, l'esclavage. Donc, ce n'est pas moi qui détourne la mémoire de sa fonction, au contraire, j'essaie, et je ne dois quand même pas être le seul, de la faire servir, de l'inscrire dans la continuité des générations, pour l'amélioration progressive de la race humaine dans son ensemble.
Oh ! là, j'ai dit un mot qu'il ne fallait pas... L'amélioration progressive... Ça a à voir avec progrès, Lumières, tout ces trucs foireux du XVIIIe siècle. Là, tout le monde est mort de rire, sont bidonnés, les riches, les pauvres, se roulent par terre, 'tain, le progrès, qu'y dit l'autre, mais c'est mort tout ça, laisse tomber, essaie de faire fructifier tes investissements et point-barre.
Commentaires
1. Le mercredi 10 mai 2006 à 22:01, par caroline :
Bon, j'ai pas le moral en ce moment. Pas le moral, parce que je comprends plus à ce qui m'entoure, à ce monde. De bon matin, je tombe sur votre article et mon moral continue sa chute libre. Je fais , hélas, le même constat. Et il m'est de plus en plus pénible de vivre avec ce constat. Faut-il être révolté en permanence, jusqu'à en perdre le sommeil, les amis (que l'on saoule de nos indignations) et le le reste ? On passe son temps à me dire que voter untel, c'est moindre mal, qu'on ne peut pas changer le monde, que c'est l'effet de la mondialisation et qu'on n'y peut rien. Ils ont certainement raisons, ceux qui disent ça... Alors, il faut fermer les yeux et attendre que la mort vienne ?
2. Le jeudi 11 mai 2006 à 03:15, par arte :
Berlol, t'es un homme !
Caroline, la mondialisation est un mythe. Donc on n'y peut pas rien. Dans un moindre ordre d'idée, écoutez Fabius... oui oui, je sais, sang contaminé, bourgeoisie, baisses d'impôts, etc... mais "ecoutez le" quand même (si vous voulez, hein!)!
www.dailymotion.com/video...
- Sur le consensus permettant de détourner l'attention
- Sur la démocratie qui n'est pas un chèque en blanc
(Berlol, je te présente mes excuses par avance pour les réactions...).
Xixibelle est grosse comme un petit poussin...
3. Le jeudi 11 mai 2006 à 03:21, par Berlol :
T'excuse pas, ça ira. Allez, je vais écouter.
Qu'est-ce que l'esclavage moderne?
Caroline, remettez-vous, on va en reparler...
«
Ce sont des jeunes femmes qui sont exploitées domestiquement, pour faire le ménage ou s'occuper des enfants. Elles arrivent en France, souvent très jeunes entre 8 et 15 ans, se retrouvent enfermées à clé dans un appartement ou un pavillon, et n'ont pas de liberté d'aller et venir. Les exploiteurs vont les chercher à l'étranger, principalement dans les pays du Sud. Ils leur confisquent leurs papiers, les maltraitent, les séquestrent et leur imposent des conditions de travail et d'hébergement contraires à la dignité humaine. Ces jeunes femmes travaillent jusqu'à 20 heures par jour. Elles subissent des violences psychologiques et des maltraitances. Parfois ça peut aller jusqu'à des actes de torture, avec par exemple la punition du piment (c'est l'introduction d'un piment dans les parties intimes).» (Extrait de "L'esclavage est près de chez vous!", par Zina Rouabah, Libération du 10 mai)
4. Le jeudi 11 mai 2006 à 09:16, par Dom :
Comment on peut tous être esclaves, et puis après les esclaves c'est pas de liberté d'aller et de venir, plus de papiers, enfermés, mauvais traitements, 20 h par jour, le piment dans les parties intimes ? Les précédents, c'étaient des esclaves "métaphoriques" ou des vrais de vrais esclaves pour de vrai ?
La mondialisation, faut en parler à M. Neanderthal. Il vous expliquera (passé un sale quart d'heure, en ce qui le concerne).
Sinon, ça fait du bien, ce grand coup de colère ?
Ah tiens, éloge de la paresse et retour sur de vieilles conversations, au Graal : les livres qu'on veut écrire, on attend, quelqu'un les écrit. Billeter, Contre François Jullien, chez Allia. L'érudit se rebiffe. Il fallait bien qu'il y en ait un qui se sacrifie, et puisque Gernet est trop bien élevé. Pas de citations, vous vous doutez de ce qu'il y a dedans, mais noir sur blanc, ça fait du bien, ça aussi. Dans un tout autre ordre d'idée.
Pas plus de réactions, Arte. Vous avez aimé Mitterrand, vous adorerez Fabius.
5. Le jeudi 11 mai 2006 à 12:16, par arte :
Oui, jai aimé Monsieur François Mitterrand.
Adorer est péjoratif.
6. Le jeudi 11 mai 2006 à 13:58, par k :
rien à voir, mais 2046
baffe dans ma face.........
j'aime gros ça
7. Le jeudi 11 mai 2006 à 15:15, par brigetoun :
c'est tout bon cette colère, mais vous oubliez de plaindre les pauvres riches prisonniers dans leurs résidences sécurisés, et obligés faire venir des domestiques étrangers auxquels il faut apprendre la langue, le service enfin tout
8. Le jeudi 11 mai 2006 à 17:24, par Berlol :
Merci, Dom, oui, ça fait du bien... de le dire, d'y arriver, comme ça, de façon ramassée et de le livrer à d'autres. Bien sûr, je le dis — indéniable, en effet — les esclaves d'avant, majoritairement des Noirs, ont souffert d'une façon que nous ne connaîtrons jamais, le déplacement, l'enfermement, le travail forcé, les punitions, les privations, la négation des cultures, le mépris de la dignité, etc. Ce serait plutôt dans ce que je décris aujourd'hui qu'il y aurait du métaphorique par rapport à cela (je te vois venir). Mais justement, il y a dans cette dimension métaphorique de l'esclavage d'aujourd'hui ("allons, vous n'allez pas vous comparer avec eux, regardez, vous avez la télé, vous êtes nourris, logés, chauffés, vêtus, on vous laisse aller et venir, prendre des vacances...") quelque chose d'irréprochable (c'est la faute à la mondialisation) et d'implacable (quoi que vous fassiez, vous perdrez votre boulot et serez obligés de déménager une dizaine de fois pour gagner de moins en moins) qui fait qu'on se dit à soi-même qu'on ferait mieux de la fermer — alors, pour les esclaves d'aujourd'hui, pas de marronnage, pas de vaudou, pas de créole, juste tout laisser filer dans la consommation et devenir zombies...
Et en plus, oui, Brigetoun, plaignons le riche. Il va avoir des robots domestiques, mais sans le plaisir d'asservir — Ah ! la solitude du bunkerisé...
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