lundi 15 mai 2006
Le nénuphar est méconnaissable
Par Berlol, lundi 15 mai 2006 à 23:59 :: General
Forte impression en voyant l'ultime reportage du 20-heures de France 2 d'hier
: réouverture du Musée de l'Orangerie après que des
travaux de réfection complète du bâtiment ont été
menés pendant 6 ans en présence des Nymphéas.
À côté des gravats et sous les grues, les toiles,
les toiles fragiles... Comment les a-t-on mises à l'abri des vibrations
et des intempéries ?
J'en ai mangé hier des graines, de nymphéas.
Au restaurant vietnamien Alice d'Akasaka où T. avait réservé
une table, nous a été servie, entre autres mets, un peu comme
un bol de cacahuètes à l'apéritif, un plat de graines
de lotus frites. Pour le goût, c'est un peu comme des pois chiches.
Dans la même famille des lis
d'eau, le rhizome aquatique est plus connu au Japon sous le nom de renkon
(蓮根). Tranché, farci, frit, le nénuphar est méconnaissable.
Un lundi de transition. Ai fini hier Bardo or not Bardo et ai entamé le Nom des singes ; d'un Volodine l'autre, je vais à rebrousse-œuvre, comme avec Échenoz l'an dernier, avec Sevestre par la suite (et ce n'est pas fini), avec Vargas auparavant... J'aime remonter les auteurs que j'aime. Surtout les contemporains. Je les sais vivants, là, quelque part dans le monde, grattant du papier ou tapant sur un clavier, dormant, faisant la vie ou la tirant par la queue, ignorant pour la plupart que je les lis... Nos vies parallèles dans le fuselage des longitudes.
Transition encore, à la recherche du temps gagné — pour faire du japonais, notamment. Je propose à mes amis de suspendre le GRAAL pour six mois. Nous verrons à l'automne si la quête renaîtra...
Je sors une heure pour acheter mon kaisuken (回数券),
carnet de billets de shinkansen, un peu moins cher qu'à l'unité,
et des petites piles pour alimenter mon dictionnaire électronique
qui en exige (c'est donc qu'il tourne). J'en profite pour lever un peu le
nez, pour une fois qu'il ne pleut pas... On a vu la météo pour
la semaine, ça ne va pas être terrible. En cadrant, je me demande
quel est au fond le sujet de la photo. Au sens du thème, je ne fais
aucune série particulière, n'ai de priorité sur aucun
mode de l'appareil, ne suis guidé, quand il ne s'agit pas d'illustrer
un propos préalable, que par une impulsion de surprise ou d'originalité
devant quelque chose. Au sens du sujet agissant, moi, je n'ai aucune intention,
ni d'autoportrait via ce que mon œil voit, ni de réalisme social,
ni (encore moins) de sociologie ou d'anthropologie. Je ne sais pas pourquoi
je fais des photos. D'ailleurs, je ne sais pas non plus pourquoi j'écris
— je veux dire pourquoi je fais attention à ce que j'écris
quand j'écris, ni pourquoi je le montre (sinon, noter pour la mémoire,
ça, je l'ai dit et je le maintiens). Il m'est arrivé d'en parler,
de tourner sournoisement autour du pot littéraire, mais rien n'est
certain, je n'ai pas de but quant à ça.
C'est un peu comme le puisard que Michel veut combler dans Harry, un ami qui vous veut du bien (visionné cet après-midi). On pourrait repenser tout le film comme une rêverie qui lui vient entre deux brouettées et dont il sortirait à la fin, libéré — sauf qu'il a un 4×4 devant la maison. Le puisard renferme les pulsions sauvages d'un garçon bonne pâte, s'y pencher met tout le monde en danger. Harry en sort, le génie de l'autoroute, rencontré par hasard quand il était presque nécessaire. La dimension onirique va explicitement dans le film du rêve de Michel à la salle de bain flambant neuve fuschia, en passant par l'érotisme de la rondeur de l'œuf et la reprise des textes du lycée... Puissance transformatrice du rêve — mis à exécution par un autre, double inversé de soi (encore une occurrence de film tiré du rêve d'être écrivain).
La bascule, le bégaiement identitaire est d'ailleurs dans le titre allitératif : « vous veut » — où vous vouloir et vouloir pour vous (encore dédoublé en ce qui vous est destiné et ce qui est voulu à votre place) s'amalgament sans vraiment se confondre.
J'en ai mangé hier des graines, de nymphéas.
Au restaurant vietnamien Alice d'Akasaka où T. avait réservé
une table, nous a été servie, entre autres mets, un peu comme
un bol de cacahuètes à l'apéritif, un plat de graines
de lotus frites. Pour le goût, c'est un peu comme des pois chiches.
Dans la même famille des lis
d'eau, le rhizome aquatique est plus connu au Japon sous le nom de renkon
(蓮根). Tranché, farci, frit, le nénuphar est méconnaissable.Un lundi de transition. Ai fini hier Bardo or not Bardo et ai entamé le Nom des singes ; d'un Volodine l'autre, je vais à rebrousse-œuvre, comme avec Échenoz l'an dernier, avec Sevestre par la suite (et ce n'est pas fini), avec Vargas auparavant... J'aime remonter les auteurs que j'aime. Surtout les contemporains. Je les sais vivants, là, quelque part dans le monde, grattant du papier ou tapant sur un clavier, dormant, faisant la vie ou la tirant par la queue, ignorant pour la plupart que je les lis... Nos vies parallèles dans le fuselage des longitudes.
Transition encore, à la recherche du temps gagné — pour faire du japonais, notamment. Je propose à mes amis de suspendre le GRAAL pour six mois. Nous verrons à l'automne si la quête renaîtra...
Je sors une heure pour acheter mon kaisuken (回数券),
carnet de billets de shinkansen, un peu moins cher qu'à l'unité,
et des petites piles pour alimenter mon dictionnaire électronique
qui en exige (c'est donc qu'il tourne). J'en profite pour lever un peu le
nez, pour une fois qu'il ne pleut pas... On a vu la météo pour
la semaine, ça ne va pas être terrible. En cadrant, je me demande
quel est au fond le sujet de la photo. Au sens du thème, je ne fais
aucune série particulière, n'ai de priorité sur aucun
mode de l'appareil, ne suis guidé, quand il ne s'agit pas d'illustrer
un propos préalable, que par une impulsion de surprise ou d'originalité
devant quelque chose. Au sens du sujet agissant, moi, je n'ai aucune intention,
ni d'autoportrait via ce que mon œil voit, ni de réalisme social,
ni (encore moins) de sociologie ou d'anthropologie. Je ne sais pas pourquoi
je fais des photos. D'ailleurs, je ne sais pas non plus pourquoi j'écris
— je veux dire pourquoi je fais attention à ce que j'écris
quand j'écris, ni pourquoi je le montre (sinon, noter pour la mémoire,
ça, je l'ai dit et je le maintiens). Il m'est arrivé d'en parler,
de tourner sournoisement autour du pot littéraire, mais rien n'est
certain, je n'ai pas de but quant à ça.C'est un peu comme le puisard que Michel veut combler dans Harry, un ami qui vous veut du bien (visionné cet après-midi). On pourrait repenser tout le film comme une rêverie qui lui vient entre deux brouettées et dont il sortirait à la fin, libéré — sauf qu'il a un 4×4 devant la maison. Le puisard renferme les pulsions sauvages d'un garçon bonne pâte, s'y pencher met tout le monde en danger. Harry en sort, le génie de l'autoroute, rencontré par hasard quand il était presque nécessaire. La dimension onirique va explicitement dans le film du rêve de Michel à la salle de bain flambant neuve fuschia, en passant par l'érotisme de la rondeur de l'œuf et la reprise des textes du lycée... Puissance transformatrice du rêve — mis à exécution par un autre, double inversé de soi (encore une occurrence de film tiré du rêve d'être écrivain).
La bascule, le bégaiement identitaire est d'ailleurs dans le titre allitératif : « vous veut » — où vous vouloir et vouloir pour vous (encore dédoublé en ce qui vous est destiné et ce qui est voulu à votre place) s'amalgament sans vraiment se confondre.