Le nénuphar est méconnaissable
Par Berlol, lundi 15 mai 2006 à 23:59 :: General :: #266 :: rss
Forte impression en voyant l'ultime reportage du 20-heures de France 2 d'hier
: réouverture du Musée de l'Orangerie après que des
travaux de réfection complète du bâtiment ont été
menés pendant 6 ans en présence des Nymphéas.
À côté des gravats et sous les grues, les toiles,
les toiles fragiles... Comment les a-t-on mises à l'abri des vibrations
et des intempéries ?
J'en ai mangé hier des graines, de nymphéas.
Au restaurant vietnamien Alice d'Akasaka où T. avait réservé
une table, nous a été servie, entre autres mets, un peu comme
un bol de cacahuètes à l'apéritif, un plat de graines
de lotus frites. Pour le goût, c'est un peu comme des pois chiches.
Dans la même famille des lis
d'eau, le rhizome aquatique est plus connu au Japon sous le nom de renkon
(蓮根). Tranché, farci, frit, le nénuphar est méconnaissable.
Un lundi de transition. Ai fini hier Bardo or not Bardo et ai entamé le Nom des singes ; d'un Volodine l'autre, je vais à rebrousse-œuvre, comme avec Échenoz l'an dernier, avec Sevestre par la suite (et ce n'est pas fini), avec Vargas auparavant... J'aime remonter les auteurs que j'aime. Surtout les contemporains. Je les sais vivants, là, quelque part dans le monde, grattant du papier ou tapant sur un clavier, dormant, faisant la vie ou la tirant par la queue, ignorant pour la plupart que je les lis... Nos vies parallèles dans le fuselage des longitudes.
Transition encore, à la recherche du temps gagné — pour faire du japonais, notamment. Je propose à mes amis de suspendre le GRAAL pour six mois. Nous verrons à l'automne si la quête renaîtra...
Je sors une heure pour acheter mon kaisuken (回数券),
carnet de billets de shinkansen, un peu moins cher qu'à l'unité,
et des petites piles pour alimenter mon dictionnaire électronique
qui en exige (c'est donc qu'il tourne). J'en profite pour lever un peu le
nez, pour une fois qu'il ne pleut pas... On a vu la météo pour
la semaine, ça ne va pas être terrible. En cadrant, je me demande
quel est au fond le sujet de la photo. Au sens du thème, je ne fais
aucune série particulière, n'ai de priorité sur aucun
mode de l'appareil, ne suis guidé, quand il ne s'agit pas d'illustrer
un propos préalable, que par une impulsion de surprise ou d'originalité
devant quelque chose. Au sens du sujet agissant, moi, je n'ai aucune intention,
ni d'autoportrait via ce que mon œil voit, ni de réalisme social,
ni (encore moins) de sociologie ou d'anthropologie. Je ne sais pas pourquoi
je fais des photos. D'ailleurs, je ne sais pas non plus pourquoi j'écris
— je veux dire pourquoi je fais attention à ce que j'écris
quand j'écris, ni pourquoi je le montre (sinon, noter pour la mémoire,
ça, je l'ai dit et je le maintiens). Il m'est arrivé d'en parler,
de tourner sournoisement autour du pot littéraire, mais rien n'est
certain, je n'ai pas de but quant à ça.
C'est un peu comme le puisard que Michel veut combler dans Harry, un ami qui vous veut du bien (visionné cet après-midi). On pourrait repenser tout le film comme une rêverie qui lui vient entre deux brouettées et dont il sortirait à la fin, libéré — sauf qu'il a un 4×4 devant la maison. Le puisard renferme les pulsions sauvages d'un garçon bonne pâte, s'y pencher met tout le monde en danger. Harry en sort, le génie de l'autoroute, rencontré par hasard quand il était presque nécessaire. La dimension onirique va explicitement dans le film du rêve de Michel à la salle de bain flambant neuve fuschia, en passant par l'érotisme de la rondeur de l'œuf et la reprise des textes du lycée... Puissance transformatrice du rêve — mis à exécution par un autre, double inversé de soi (encore une occurrence de film tiré du rêve d'être écrivain).
La bascule, le bégaiement identitaire est d'ailleurs dans le titre allitératif : « vous veut » — où vous vouloir et vouloir pour vous (encore dédoublé en ce qui vous est destiné et ce qui est voulu à votre place) s'amalgament sans vraiment se confondre.
J'en ai mangé hier des graines, de nymphéas.
Au restaurant vietnamien Alice d'Akasaka où T. avait réservé
une table, nous a été servie, entre autres mets, un peu comme
un bol de cacahuètes à l'apéritif, un plat de graines
de lotus frites. Pour le goût, c'est un peu comme des pois chiches.
Dans la même famille des lis
d'eau, le rhizome aquatique est plus connu au Japon sous le nom de renkon
(蓮根). Tranché, farci, frit, le nénuphar est méconnaissable.Un lundi de transition. Ai fini hier Bardo or not Bardo et ai entamé le Nom des singes ; d'un Volodine l'autre, je vais à rebrousse-œuvre, comme avec Échenoz l'an dernier, avec Sevestre par la suite (et ce n'est pas fini), avec Vargas auparavant... J'aime remonter les auteurs que j'aime. Surtout les contemporains. Je les sais vivants, là, quelque part dans le monde, grattant du papier ou tapant sur un clavier, dormant, faisant la vie ou la tirant par la queue, ignorant pour la plupart que je les lis... Nos vies parallèles dans le fuselage des longitudes.
Transition encore, à la recherche du temps gagné — pour faire du japonais, notamment. Je propose à mes amis de suspendre le GRAAL pour six mois. Nous verrons à l'automne si la quête renaîtra...
Je sors une heure pour acheter mon kaisuken (回数券),
carnet de billets de shinkansen, un peu moins cher qu'à l'unité,
et des petites piles pour alimenter mon dictionnaire électronique
qui en exige (c'est donc qu'il tourne). J'en profite pour lever un peu le
nez, pour une fois qu'il ne pleut pas... On a vu la météo pour
la semaine, ça ne va pas être terrible. En cadrant, je me demande
quel est au fond le sujet de la photo. Au sens du thème, je ne fais
aucune série particulière, n'ai de priorité sur aucun
mode de l'appareil, ne suis guidé, quand il ne s'agit pas d'illustrer
un propos préalable, que par une impulsion de surprise ou d'originalité
devant quelque chose. Au sens du sujet agissant, moi, je n'ai aucune intention,
ni d'autoportrait via ce que mon œil voit, ni de réalisme social,
ni (encore moins) de sociologie ou d'anthropologie. Je ne sais pas pourquoi
je fais des photos. D'ailleurs, je ne sais pas non plus pourquoi j'écris
— je veux dire pourquoi je fais attention à ce que j'écris
quand j'écris, ni pourquoi je le montre (sinon, noter pour la mémoire,
ça, je l'ai dit et je le maintiens). Il m'est arrivé d'en parler,
de tourner sournoisement autour du pot littéraire, mais rien n'est
certain, je n'ai pas de but quant à ça.C'est un peu comme le puisard que Michel veut combler dans Harry, un ami qui vous veut du bien (visionné cet après-midi). On pourrait repenser tout le film comme une rêverie qui lui vient entre deux brouettées et dont il sortirait à la fin, libéré — sauf qu'il a un 4×4 devant la maison. Le puisard renferme les pulsions sauvages d'un garçon bonne pâte, s'y pencher met tout le monde en danger. Harry en sort, le génie de l'autoroute, rencontré par hasard quand il était presque nécessaire. La dimension onirique va explicitement dans le film du rêve de Michel à la salle de bain flambant neuve fuschia, en passant par l'érotisme de la rondeur de l'œuf et la reprise des textes du lycée... Puissance transformatrice du rêve — mis à exécution par un autre, double inversé de soi (encore une occurrence de film tiré du rêve d'être écrivain).
La bascule, le bégaiement identitaire est d'ailleurs dans le titre allitératif : « vous veut » — où vous vouloir et vouloir pour vous (encore dédoublé en ce qui vous est destiné et ce qui est voulu à votre place) s'amalgament sans vraiment se confondre.
Commentaires
1. Le lundi 15 mai 2006 à 09:58, par Michel :
Les morts aussi sont vivants
par-delà le temps, par-delà l'espace
2. Le lundi 15 mai 2006 à 15:34, par Bikun :
Un jour quelqu'un m'avait dit, pour me décrire, que "je fais des photos pour me donner l'impression de vivre". En fait je me suis aussi posé la même question que toi Berlol, mais après tout, pkoi on fait une collection de timbre, pkoi on fait de la musique, pkoi pkoi...on meuble le temps, on tue le temps?!
3. Le lundi 15 mai 2006 à 20:44, par Michel :
J'espère qu'on écrit ou peint ou fait de la musique, etc., pour autre chose que de "meubler ou tuer le temps". Cela se comprend à la rigueur pour les mots-croisés ou compter les moutons.
4. Le lundi 15 mai 2006 à 21:28, par Michel :
J'espère qu'il y a un peu quelque chose comme une certaine quête "du lieu et de la formule"... un petit peu, un tout petit peu...
5. Le lundi 15 mai 2006 à 23:16, par Berlol :
Oui, c'est vrai que Bikun a une vision assez... aplatie des arts. Quelque part, il n'a pas tout à fait tort, que l'on fasse ceci ou cela, à la fin, on meurt. Ceci admis (et comment faire autrement), on peut avoir des prétentions à une certaine élévation, des visées à une certaine portée, donner un sens un peu plus fort qu'en ne faisant rien ou en acceptant un boulot "normal"... Mais est-ce bien certain ? Y arrive-t-on ? Combien y arrivent ? N'est-ce pas un piège de l'orgueil ? Ne veut-on pas plutôt la gloire ?
Le chemin qui ressemble à un chemin n'est pas un vrai chemin...
6. Le mardi 16 mai 2006 à 01:24, par vinteix :
Bien sûr que l'on meurt, mais c'est justement parce que l'on meurt que l'on ne doit pas s'avachir, mais au contraire se lever; la mort est de toute façon le grand moteur... quel autre moteur profond et tragique à notre condition et à notre "quête" s'il y en a une, si modeste soit-elle ?
et entre l'amour et la mort...
C'est parce qu'il n'y a pas d'issue que l'on doit à tout prix chercher une issue ("Comment s'en sortir sans sortir", disait Luca, ce n'est guère aisé, et cela réclame beaucoup d'énergie et de force) ; de même qu'il n'y a pas de justice (en soi, absolue), mais qui prétendrait refuser absolument l'idée de justice ?
Je pense aussi qu'il n'y a pas de chemin... ou un chemin sans chemin, une voie sans voie (voir là-dessus le Tao ou ce proverbe chinois : "Arriver au sommet d'une montagne et continuer à monter").
"Caminantes, no hay caminos, hay que caminar" (inscription sur le mur d'un cloître de Tolède); bien sûr que l'on n'arrive jamais, nous ne sommes que sur des chemins de traverse, où l'on se perd, entre errances et détours, mais on peut s'engager à l'écart des chemins sus par coeur, ces vérités de morts vivants, errer dans le désert de notre ignorance, dans l'inachèvement (inévitable). C'est le "principe du chemin dans le désert" dont parle Kafka dans son "Journal" : "Ce n'est pas parce que sa vie était trop brève que Moïse n'est pas entré en Chanaan, c'est parce que c'était une vie humaine."
Mais il y a une quête, sans gloire et sans orgueil, vouée à l'inachèvement et à la mort, bien sûr, en cela vaine également, mais sans ce pari, parfois même cette folie, y a-t-il un sens à faire quelque chose ? Il faut tenter ce sens, cette "chance" aurait dit Bataille ("Ecrire est rechercher la chance"), en ayant aussi conscience de sa faillite, inéluctable, sinon on vit dans la mollesse, la paresse, l'esclavage dont tu parlais récemment... "vivre et penser comme des porcs".
Faire le pari du sens en sachant que cela n'a pas de sens... me souviens plus, tout de suite, d'une très belle phrase de Nietzsche à ce sujet... Personnellement, j'en reviens toujours à ce vers de Celan : "Die Welt ist fort, ich muß dich tragen" = "Le monde est parti, il faut que je te porte".
C'est s'engager sur un chemin oublieux, à la recherche d'un "texte inconnu" (si l'on parle d'écriture), entre mémoire et oubli, dans l'absence d'issue et de vérité, bien sûr, car la vérité est errante, énigmatique, l'errance d'une vérité qui manque, ou peut-être le mystère n'est que l'absence de mystère, c'est-à-dire "la vérité", le sens l'absence de sens, sans rien de secret, et il n'y a qu'à vivre et à écrire, ou peindre, ou filmer, etc.
Est-ce orgueil et vanité (dans les deux sens du terme) ? est-ce à cela que Rimbaud s'est confronté, est-ce à cela qu'il a été acculé, réduit au silence ? Sûrement, mais pas seulement...
"Que les oiseaux et les sources sont loin ! Ce ne peut être que la fin du monde, en avançant !" La finale, "en avançant", est sublime et prévient tout renoncement, tout avachissement, toute paresse, toute mollesse, toute médiocrité.
L'éclatant désastre qui fut le sien est aussi mû par une folie orgueilleuse, une fougue que l'on ne devrait pas quitter (encore, bien sûr, faudrait-il l'atteindre... et là, pour le coup, je sens bien que je frôle l'orgueil car maintenir une telle hauteur est tellement difficile; l’on pourrait dire aussi que c’était la marque d’une certaine adolescence... quand bien même, comment mépriser ce feu intérieur ?). Il y a une grandeur (qui, par ailleurs, manque tellement à notre époque), un sens de l'éperdu (mot bien désuet, certes) que l'on devrait embrasser plus souvent qu'on ne le fait. Les grandes passions et les grandes oeuvres se sont rarement faites sans...
sinon c'est la chansonnette que stigmatisait Céline, le bouillon de culture, la bonne soupe, l'eau tiède...
7. Le mardi 16 mai 2006 à 01:26, par vinteix :
quant à la gloire, c'est naturellement un leurre dont le revers est la persécution.
8. Le mardi 16 mai 2006 à 02:55, par arte :
Certes.
9. Le mardi 16 mai 2006 à 03:07, par vinteix :
certain !
10. Le mardi 16 mai 2006 à 03:22, par Berlol :
Suis d'accord aussi. Ce que dit Vinteix est très bien (d'ailleurs je disais pareil). De temps en temps, il y a des gens qui chopent une de mes bouteilles à l'amer et qui en font quelque chose de leur côté. Personne ne viendra me sauver, bien sûr. Mais ça fait plaisir quand même... Bien amicalement à vous.
11. Le mardi 16 mai 2006 à 03:27, par Bikun :
J'espère que vous avez remarqué que c'était une question. Que je m'interrogeais...
12. Le mardi 16 mai 2006 à 03:47, par Berlol :
Oui, oui, on te fait confiance. Tu vois, des fois, ça part de rien...
Et à part ça, la vie parisienne ?
13. Le mardi 16 mai 2006 à 04:32, par vinteix :
Bonne question, au passage... de toute manière, nous n'avons que des questions, sans réponse...
14. Le mardi 16 mai 2006 à 04:36, par vinteix :
et nous jetons des bouteilles à la mer... ça me rappelle Mandesltam, tout ça
15. Le mardi 16 mai 2006 à 04:48, par JoseAngel :
Et The Police donc, "Message in a Bottle"...!
16. Le mardi 16 mai 2006 à 05:40, par Berlol :
Some fuckin' good questions, t'night !
Du coup, je viens de me refaire un tour de Big Lebowski. C'est LA réponse !...
17. Le mardi 16 mai 2006 à 06:15, par vinteix :
L.A. answer
LA woman
18. Le lundi 22 mai 2006 à 09:43, par Bikun :
On vivotte, on vivotte...:-)
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