Des feuillages mouvants dans du contrejour
Par Berlol, dimanche 28 mai 2006 à 23:55 :: General :: #279 :: rss
T. a fini Alto Solo le 27 mai, hier. Elle s'en est aperçue
ce matin, tandis que nous discutions en nous prélassant au lit (j'avais
renoncé à aller au ping-pong, les deux derniers week-ends ayant
été assez mouvementés). Elle me dit que nous avons échappé
au massacre, le 27 mai, dans le livre... N'ayant pas encore lu, j'ignore
lequel — sans doute pas celui des russes aux îles Tsushima il y a 101
an...
J'en connais d'autres qui ont échappé à un
massacre ! Ce sont les chenilles du citronnier. Il y en avait bien une
dizaine, petits êtres visqueux et gris-noir dont je voulais nous débarrasser
mais qui ont obtenu, je ne sais comment, la protection de T.
Autant dire une totale carte blanche pour s'empiffrer de toutes les superbes feuilles nouvelles que le citronnier venait de faire. Et les voilà maintenant qui se pavanent, vertes, énormes, le front tatoué, telles celles de l'an dernier.
« Il est certain qu'on rencontre parfois des inconnus qui ne le sont pas tout à fait, pour avoir joué un rôle dans certaines séquences cérébrales. Cela ne m'était jamais arrivé, je ne me croyais pas fait pour des expériences pareilles, et même le simple déjà vu me paraissait infiniment hors de ma portée. Mais cela avait tout l'air de m'arriver alors. Car qui aurait pu me parler de Molloy sinon moi et à qui sinon à moi aurai-je pu en parler ?
[...] cela explique sans doute l'immense malaise que je ressentais depuis le début de cette affaire. Car ce n'est pas une petite affaire pour un homme mûr et qui se croit au bout de ses surprises, que de se voir le théâtre d'une ignominie pareille. » (Samuel Beckett, Molloy, p. 152)
Ainsi Molloy serait une chimère de Moran, son cancer du cerveau, son mot-loi. Dans ses rêves... Et nous sommes nombreux à vouloir ainsi faire entrer nos ennemis véritables dans notre tête de nuit pour qu'ils ne soient plus dans nos pattes le jour. Quand le rêve est achevé par la stridence d'un réveil, nous comprenons — comme le comprennent aussi les personnages de Volodine, c'est un de leurs points communs avec ceux de Beckett — que le réel est encore là, ennemis compris, dans tout son lumineux emmerdement.
Que Molloy serait son invention, Moran voudrait — avant d'être un mourant, sans le savoir — s'en convaincre. Il n'aurait plus alors à obéir au chef, Youdi, de l'existence duquel il a commencé à douter (« [...] à escamoter le patron et à me croire seul et unique responsable de ma malheureuse existence.», p. 146).
Ces « ombres vides » (146), cet « embrun des phénomènes » (151), ce serait « la part du feu » pour rester soi, coi et « cela tiendrait bien peu de place dans l'inénarrable menuiserie qu'était mon existence » (155).
Un petit bout chaque jour, on y arrive. Certains jours, un grand bout.
Sommes sortis vers 15 heures, pour marcher une heure — qu'elle disait. Et revenus ves 20h30. Dans le parc Kita no Maru, non loin du Palais impérial, nous avons fait un peu de vidéo, des feuillages mouvants dans du contrejour, en parlant de Volodine, d'Alto Solo dont T. dit la beauté et la tristesse et, répondant à ma question, qu'en japonais l'écriture est tout à fait dénuée d'humour, de tours comiques ou de jeux de mots, ce qui m'étonne. Dix minutes après, elle fait du vélo. Elle qui s'en croyait incapable, effrayée toujours par une vieille mauvaise chute...
J'en connais d'autres qui ont échappé à un
massacre ! Ce sont les chenilles du citronnier. Il y en avait bien une
dizaine, petits êtres visqueux et gris-noir dont je voulais nous débarrasser
mais qui ont obtenu, je ne sais comment, la protection de T.Autant dire une totale carte blanche pour s'empiffrer de toutes les superbes feuilles nouvelles que le citronnier venait de faire. Et les voilà maintenant qui se pavanent, vertes, énormes, le front tatoué, telles celles de l'an dernier.
« Il est certain qu'on rencontre parfois des inconnus qui ne le sont pas tout à fait, pour avoir joué un rôle dans certaines séquences cérébrales. Cela ne m'était jamais arrivé, je ne me croyais pas fait pour des expériences pareilles, et même le simple déjà vu me paraissait infiniment hors de ma portée. Mais cela avait tout l'air de m'arriver alors. Car qui aurait pu me parler de Molloy sinon moi et à qui sinon à moi aurai-je pu en parler ?
[...] cela explique sans doute l'immense malaise que je ressentais depuis le début de cette affaire. Car ce n'est pas une petite affaire pour un homme mûr et qui se croit au bout de ses surprises, que de se voir le théâtre d'une ignominie pareille. » (Samuel Beckett, Molloy, p. 152)
Ainsi Molloy serait une chimère de Moran, son cancer du cerveau, son mot-loi. Dans ses rêves... Et nous sommes nombreux à vouloir ainsi faire entrer nos ennemis véritables dans notre tête de nuit pour qu'ils ne soient plus dans nos pattes le jour. Quand le rêve est achevé par la stridence d'un réveil, nous comprenons — comme le comprennent aussi les personnages de Volodine, c'est un de leurs points communs avec ceux de Beckett — que le réel est encore là, ennemis compris, dans tout son lumineux emmerdement.
Que Molloy serait son invention, Moran voudrait — avant d'être un mourant, sans le savoir — s'en convaincre. Il n'aurait plus alors à obéir au chef, Youdi, de l'existence duquel il a commencé à douter (« [...] à escamoter le patron et à me croire seul et unique responsable de ma malheureuse existence.», p. 146).
Ces « ombres vides » (146), cet « embrun des phénomènes » (151), ce serait « la part du feu » pour rester soi, coi et « cela tiendrait bien peu de place dans l'inénarrable menuiserie qu'était mon existence » (155).
Un petit bout chaque jour, on y arrive. Certains jours, un grand bout.
Sommes sortis vers 15 heures, pour marcher une heure — qu'elle disait. Et revenus ves 20h30. Dans le parc Kita no Maru, non loin du Palais impérial, nous avons fait un peu de vidéo, des feuillages mouvants dans du contrejour, en parlant de Volodine, d'Alto Solo dont T. dit la beauté et la tristesse et, répondant à ma question, qu'en japonais l'écriture est tout à fait dénuée d'humour, de tours comiques ou de jeux de mots, ce qui m'étonne. Dix minutes après, elle fait du vélo. Elle qui s'en croyait incapable, effrayée toujours par une vieille mauvaise chute...
Commentaires
1. Le lundi 29 mai 2006 à 09:32, par brigetoun :
mais Moran ne peut faire qu'il a cru en Youdi ou qu'il a choisi d"y croire, ou qu'il l'a créé pour pouvoir lui obéir
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