Horrible et indispensable socialité
Par Berlol, mardi 30 mai 2006 à 23:25 :: General :: #281 :: rss
Unités fonctionnelles
Le jour est — biologique
la semaine est — sociale
le mois est — climatique
l'année est — ontologique
le siècle est — historique
Selon qu'on parle de l'un ou de l'autre, on fait appel à des représentations et des affects appartenant souterrainement, ontologiquement et langagièrement à des unités différentes, voire incompatibles.
Ainsi la semaine, dans toute son horrible et indispensable socialité, accueille cycliquement le retour de jours qu'elle différencie — alors que les jours, indépendamment de leur position dans la semaine, ne se différencient pas l'un de l'autre de cette façon (quand le Dude rencontre le richissime Lebowski, celui-ci lui demande s'il cherche du travail habillé comme il l'est un jour de semaine, et le Dude de se demander quel jour — de la semaine — on est parce que lui est déconnecté de cette focalisation sociale de laquelle l'autre ne peut s'écarter...). Ou bien les jours acceptent à regret, la mort dans l'âme, d'être embrigadés (le lundi au soleil, c'est une chose qu'on n'aura jamais...).
Qu'est-ce qu'il y a de plus beau qu'un lever ou qu'un coucher de soleil ? Il appartient pleinement à l'unité du jour, sa valeur intrinsèque. Mais si l'on dit que c'est un mardi ou un dimanche, ça change tout, l'aube est mise à disposition, fonctionnalisée, instrumentalisée, on attend d'elle quelque chose en rapport avec les activités économiques, culturelles ou religieuses.
Serait-ce une piste pour JCB dont les dimanches sont toujours sur le fil ?
Je suis sûr qu'il y aurait bien d'autres hiatus entre ces unités... Je vais y réfléchir.
D'autres ont-ils des pistes ?
Ce matin, voyant le journal de 20 heures de France 2, il est à nouveau question des prix d'interprétation masculine collectifs obtenus par les acteurs d'Indigènes à Cannes. Il y a de fortes chances pour que ce film me plaise. Il faut dire aussi que je l'avais repéré alors qu'il était encore en tournage ! (Cf. JLR du 22 avril 2005)
Rien de spécial à dire sur le voyage ou sur les cours.
Ping-pong durant lequel David me raconte son superbe week-end à Taiwan, l'excellent accueil à l'université qui l'invitait, lui et notre chef, la qualité d'écoute lors de son exposé — qui n'a pas été affecté par l'impossibilité de se connecter sur notre document Writely (parce que l'ordinateur utilisé n'avait qu'Internet Explorer et qu'il n'était pas possible à ce moment-là d'y installer Firefox). Pendant ce temps, David ne s'en rend même pas compte, on se renvoie smash sur smash — incroyables progrès depuis un an (voit-on bien ce que ça a d'ontologique, cette période, non ?).
Le jour est — biologique
la semaine est — sociale
le mois est — climatique
l'année est — ontologique
le siècle est — historique
Selon qu'on parle de l'un ou de l'autre, on fait appel à des représentations et des affects appartenant souterrainement, ontologiquement et langagièrement à des unités différentes, voire incompatibles.
Ainsi la semaine, dans toute son horrible et indispensable socialité, accueille cycliquement le retour de jours qu'elle différencie — alors que les jours, indépendamment de leur position dans la semaine, ne se différencient pas l'un de l'autre de cette façon (quand le Dude rencontre le richissime Lebowski, celui-ci lui demande s'il cherche du travail habillé comme il l'est un jour de semaine, et le Dude de se demander quel jour — de la semaine — on est parce que lui est déconnecté de cette focalisation sociale de laquelle l'autre ne peut s'écarter...). Ou bien les jours acceptent à regret, la mort dans l'âme, d'être embrigadés (le lundi au soleil, c'est une chose qu'on n'aura jamais...).
Qu'est-ce qu'il y a de plus beau qu'un lever ou qu'un coucher de soleil ? Il appartient pleinement à l'unité du jour, sa valeur intrinsèque. Mais si l'on dit que c'est un mardi ou un dimanche, ça change tout, l'aube est mise à disposition, fonctionnalisée, instrumentalisée, on attend d'elle quelque chose en rapport avec les activités économiques, culturelles ou religieuses.
Serait-ce une piste pour JCB dont les dimanches sont toujours sur le fil ?
Je suis sûr qu'il y aurait bien d'autres hiatus entre ces unités... Je vais y réfléchir.
D'autres ont-ils des pistes ?
Ce matin, voyant le journal de 20 heures de France 2, il est à nouveau question des prix d'interprétation masculine collectifs obtenus par les acteurs d'Indigènes à Cannes. Il y a de fortes chances pour que ce film me plaise. Il faut dire aussi que je l'avais repéré alors qu'il était encore en tournage ! (Cf. JLR du 22 avril 2005)
Rien de spécial à dire sur le voyage ou sur les cours.
Ping-pong durant lequel David me raconte son superbe week-end à Taiwan, l'excellent accueil à l'université qui l'invitait, lui et notre chef, la qualité d'écoute lors de son exposé — qui n'a pas été affecté par l'impossibilité de se connecter sur notre document Writely (parce que l'ordinateur utilisé n'avait qu'Internet Explorer et qu'il n'était pas possible à ce moment-là d'y installer Firefox). Pendant ce temps, David ne s'en rend même pas compte, on se renvoie smash sur smash — incroyables progrès depuis un an (voit-on bien ce que ça a d'ontologique, cette période, non ?).
Commentaires
1. Le mardi 30 mai 2006 à 13:08, par Jacopo :
Le soleil se lève sur un jour qui n'a pas de nom... Vous me permettez de mieux comprendre pourquoi j'ai toujours trouvé cet effet (le lever de soleil) un peu grandiloquent. Ou obscène. En avez-vous parlé à Jean-Louis Chiss?
2. Le mardi 30 mai 2006 à 17:01, par Berlol :
Non, hélas, on a eu trop peu de temps pour cela. Ceci dit, heureusement que le soleil se lève. Je suis d'ailleurs allé vers l'Est pour le voir se lever plus tôt. Et finalement, c'est pareil. Il se lève. C'est beau. Allez, on se casse... (citation de ?...)
3. Le mardi 30 mai 2006 à 18:27, par Soleil :
Beckett ?
4. Le mardi 30 mai 2006 à 21:15, par Jacopo :
Celui qui se détourne, ne fût-ce qu'un instant, de la lecture de la Torah, pour contempler un arbre sur le bord du chemin, ou aussi bien le lever du soleil, est déjà mal barré... Mais je pense qu'il peut s'agir d'une lecture mémorielle plutôt que visuelle... Et, dans ce cas, votre attitude redevient concevable. Vous allez contempler le lever du soleil en pensant à votre cours sur Beckett, et de Beckett à la Torah, il n'y a qu'un pas, me semble-t-il... Vous êtes repêché.
5. Le mardi 30 mai 2006 à 22:22, par Berlol :
Citation de ?... (indice : décédé il y a 20 ans)
6. Le mercredi 31 mai 2006 à 00:51, par vinteix :
Et avez-vous essayé de (res)sentir le mouvement de rotation de la Terre, lors d'un lever ou coucher de soleil, ou à n'importe quel moment, d'ailleurs ? Ce peut-être un "exercice spirituel", de méditation (d'ailleurs il me semble qu'on pourrait trouver écho de cela dans quelques pratiques du tantrisme, peu importe au fond)... on n'a pas besoin de Torah pour cela... et ça me semble plus humain ou animal que la lecture de tout "évangile" (au sens large).
Si les hommes ressentaient davantage, je veux dire physiquement, charnellement, leur interdépendance à la Terre (au monde), ce rapport qui précède les deux termes (le monde et l'homme), de nombreuses plaies de notre monde s'en trouveraient sûrement diminuées.
Malheureusement, trop souvent, comme disait Jacques Dupin, "nous mangeons la Terre qui nous mange".
7. Le mercredi 31 mai 2006 à 01:50, par arte :
Cela fera 20 ans le 19 juin ...
8. Le mercredi 31 mai 2006 à 02:34, par vinteix :
... car on pourrait bien craindre qu'un jour ou l'autre il ne se couche pour de bon (le soleil) ou explose... tandis que nos sociétés sont bien souvent un enfer de sauveurs (plus exactement de prêcheurs de salut).
9. Le mercredi 31 mai 2006 à 02:44, par Berlol :
Je ne lis, ne suis — ni n'obéis à — aucun livre religieux
10. Le mercredi 31 mai 2006 à 10:55, par Dominique Fromentin :
quel plaisir que ce blog enfin rediscute
surprise de retrouver ici réflexion sur sensation de perception du mouvement de la terre, après avoir lu réflexions d'Henri Michaux à ce propos, qu'il avait besoin d'une latitude nord minimum pour écrire
11. Le jeudi 1 juin 2006 à 00:11, par vinteix :
Ah oui ! Pouvez-m'indiquer les références de ces réflexions de Michaux, svp, merci.
12. Le jeudi 1 juin 2006 à 01:44, par vinteix :
Quand je parlais d'évangiles et de prêcheurs de salut, c'était bien entendu au-delà des seuls livres religieux, incluant en particulier la plupart des politiques, bon nombre de philosophes et intellectuels... (Mais peut-être suis-je dans une période un peu désabusée, animé d'un pessimisme joyeux (souvenir de Cioran ?) qui me fait apparaître comme névrotique toute espérance politique. Je préfère à cela la cruauté, non pas comme plaisir de/dans la souffrance, mais comme refus de toute complaisance.
D'où comme seul salut (mais personnel, à usage privé) la littérature, la poésie.)
Embrigader les jours... oui, l'expression est bien choisie et bien malheureuse; mais cet embrigadement accéléré du temps calendaire, en particulier depuis le XIXeme siècle et "la prise du pouvoir" économique et politique par la bourgeoisie (le bourgeois, c'est l'homme du calendrier, disait à peu près Hermann Hesse, ou de la montre, me souviens plus bien... dans "Le loup des steppes") tend à rythmer et embrigader nos vies, imposant en particulier, ce que constatait déjà Hegel, parlant de la lecture quotidienne du journal comme d'un nouvel évangile, la calendarité des journaux et médias en général, au détriment du rythme "sauvage", à la fois joyeux et tragique de l'existence, la dimension tragique étant complètement évacuée par l'hégémonie de l'utilitarisme et du travail considéré comme salut et valeur suprême. Il faudrait la force de détachement d'un Bartleby pour y échapper complétement.
A ce sujet, il y a dans le "Journal" de KAFKA des pages bouleversantes, comme ce qu'il écrit à la date du 3 octobre 1911... je ne cite que la fin, mais il faudrait lire l'ensemble du texte qui évoque "l'emmerdement" de son travail au bueau :
"(...) Enfin, je dis la phrase, mais il me reste une grande terreur parce que je vois que tout en moi est prêt pour un travail poétique, que ce travail serait pour moi une solution divine, une entrée réelle dans la vie, alors qu'au bureau je dois, au nom d'une lamentable paperasserie, arracher un morceau de sa chair au corps capable d'un tel bonheur."
Il y aurait beaucoup à dire sur ce texte et comment les mots sont "de la viande crue, de la viande coupée à même ma chair"... alors, il est préférable, oui, de regarder joyeusement et tragiquement le soleil se lever et se coucher... et si on en sent la nécessité d'écrire, de vivre pour écrire et d'écrire pour vivre (la dernière proposition étant, bien sûr, sans rapport avec le sens rentable d'une profession)... "faire signe de vie" comme dit Meschonnic, "témoigner pour la vie" comme dit Deleuze, tant l'équation "langue=vie" est loin d'être immédiate, ce qui implique un vrai travail de/dans/à travers la langue.
13. Le jeudi 1 juin 2006 à 03:45, par Dominique Fromentin :
ça va être difficile, parce que ça revient plusieurs fois, mais c'est dans les lettres citées par Jean-Pierre Martin, dans sa biographie de HM - lettres à Paulhan ou à Bertelé si je me souviens bien : mais je n'avais pas pris ça au sérieux, et dans votre message ça m'est revenu tout soudain
14. Le jeudi 1 juin 2006 à 04:21, par vinteix :
Merci beaucoup. J'ai le livre en question chez moi... pas encore lu, simplement parcouru pour l'instant
15. Le jeudi 1 juin 2006 à 10:50, par vinteix :
DF, avez-vous un rapport avec Eugène ?
16. Le jeudi 1 juin 2006 à 14:37, par Dominique Fromentin :
oui, mon prénom - et aussi l'île de Ré - et aussi ... mais pour plus tard
notre hôte dirait qu'on ne paraît pas ici sans masque, n'est-ce pas ?
17. Le jeudi 1 juin 2006 à 16:17, par Berlol :
Avec ou sans, on joue les prolongations, les prothèses verbales, on s'essaie en autre soi et c'est vrai que c'est difficile de jouer à l'autre que soi, il y faut une duplicité que tout le monde ne possède pas — et pour quoi faire, d'ailleurs. Si la vie consistait à faire en sorte d'être un autre que soi, je me demande si elle vaudrait d'être vécue. C'est hélas un peu ce qui arrive à tous ceux qui sont externalisés d'eux-mêmes par des conditions de stress et d'oppression qui les font passer à côté de leur vie et ne jamais profiter d'un coucher et d'un lever de soleil, fussent-il prosaïquement décrits par un Coluche...
Ajouter un commentaire