Boîtes de sardines et gelée d'oursins
Par Berlol, samedi 10 juin 2006 à 23:59 :: General :: #292 :: rss
Euh... bon... des égarements du personnage beckettien au dîner
bien arrosé, ce fut une journée bien balancée... on
verra demain ce que je pourrai en dire...
Le lendemain et eu égard à ce qui a déjà été dit dans les cinq premiers commentaires...
Avant-dernière séance sur Molloy. Détaillons le départ du fils de Moran, missionné pour acheter un vélo solide à Hole, le passage d'un homme admirable à qui le reste de pain est donné, Moran n'ayant plus que des boîtes de sardines, puis, le lendemain, d'un homme détestable qui finira « la tête en bouillie » (206), une oreille égarée dans le bosquet (208). Que Moran cherchant Molloy se reconnaisse (Cf. couple chez Gauer) dans cet homme qui cherche celui de la veille ne suffit pas à expliquer le coup de sang. On compare les arrivées de personnages puisque plus tard il y aura encore le berger et le fermier, et l'on découvre une règle d'or de Moran : silence et distance sont les clefs de l'entente, tandis que parole et proximité provoquent l'hostilité... ce que l'arrivée dérangeante de Gaber un dimanche d'été avait inauguré.
L'abandon progressif de l'état d'être social — ce que Moran était encore en quittant sa maison — dans un mouvement vers un état d'être de nature, qui ne serait un état dangereusement sauvage qu'en cas d'agression, la distance sociale étant devenue une distance de fuite, semble se confirmer dans la confiance retirée au « cerveau seul » (207) et la perte de goût pour la prévision et le calcul (203).
De là, mon sentiment personnel sur la construction de Molloy, que je livre ici pour la première fois : il se pourrait bien que Moran devienne Molloy. C'est-à-dire que la seconde partie du livre soit chronologiquement la première et que l'interversion des deux parties, soutenue par tous les phénomènes de retours et de reprises, propulse la dimension biographique dans de l'ontologie aporétique, but littéraire de Beckett. On y reviendra la semaine prochaine...
En prévision du soir, déjeuner léger à la maison.
Dans l'après-midi, tour en vélo jusqu'aux abords de l'hôtel Edmont, de l'autre côté d'Iidabashi, pour récupérer chez Avon House un pantalon laissé la semaine dernière pour l'ourlet. Après que j'avais montré à T. un costume bien coupé à un prix raisonnable, la moitié de ce que j'ai vu dans les grands magasins, le vendeur nous explique qu'il s'agit de fabrication sur mesure, par combinaison informatique de plusieurs patrons, et qu'il dispose de pièces de tissus de grande marque (Zegna par exemple) à bon prix. Bon, allons-y pour un costume ! Je choisis même la doublure cachemire monochrome (paisley) et les boutons. Rendez-vous dans trois semaines...
Le dîner, c'est, à l'invitation de Christine et Thomas,
dans un restaurant très chic — et presque désert le soir car
dans un quartier de bureaux (Hanzomon, près du Palais Impérial).
Au 9e étage de l'immeuble, l'Argo vogue sur les lumières
de Tokyo. Christine nous présente quatre personnes avec qui la conversation
sera vite animée et joyeuse, en anglais, en français ou en
japonais. L'un se révèlera ambassadeur (pas de France, je l'aurais
reconnu...), une autre Christine aura travaillé des années
au Petit Robert, etc., mais aucune de ces personnes n'aura fait avance de
ses qualités avant que la conversation n'en requière le dévoilement
— rare qualité, tact ou quoi, à laquelle je suis très
sensible (rien ne m'est plus odieux que, dans un cadre informel, les titres
étalés en préambule d'une parole en tant que...).
Le menu :
Amuse (pour amuse-bouche)
Gelée d'oursins, crème de fenouil au caviar (œufs de lompe, en fait)
Poisson Kihata poêlé, sauce marinière
Côtes d'agneau grillées
Plateau de fromages (pas écrit au menu, fait sensation)
Crème d'ange (parfois dite d'Anjou)
Café et digestif (Thomas et moi optons pour un Armagnac de 1952 — excellent, mais c'est lui qui m'a cassé — l'armagnac, pas Thomas).
Il paraît que les chaussures de Christine ont quelque chose
de spécialement admirable. Je ne vois pas quoi. C'est en-dessous peut-être...
De toute façon, elles ne lui permettent pas de marcher. On rentrera donc à quatre en taxi puisque nous habitons le même quartier.
Minimalement, j'associerai par la suite boîtes de sardines et gelée d'oursins pour figurer elliptiquement cette journée postmoderne, puisque, la tête dans un étau, je ne voyais aucune contradiction entre les deux termes de ce qui pourrait bien ne même pas être une équation.
Le lendemain et eu égard à ce qui a déjà été dit dans les cinq premiers commentaires...
Avant-dernière séance sur Molloy. Détaillons le départ du fils de Moran, missionné pour acheter un vélo solide à Hole, le passage d'un homme admirable à qui le reste de pain est donné, Moran n'ayant plus que des boîtes de sardines, puis, le lendemain, d'un homme détestable qui finira « la tête en bouillie » (206), une oreille égarée dans le bosquet (208). Que Moran cherchant Molloy se reconnaisse (Cf. couple chez Gauer) dans cet homme qui cherche celui de la veille ne suffit pas à expliquer le coup de sang. On compare les arrivées de personnages puisque plus tard il y aura encore le berger et le fermier, et l'on découvre une règle d'or de Moran : silence et distance sont les clefs de l'entente, tandis que parole et proximité provoquent l'hostilité... ce que l'arrivée dérangeante de Gaber un dimanche d'été avait inauguré.
L'abandon progressif de l'état d'être social — ce que Moran était encore en quittant sa maison — dans un mouvement vers un état d'être de nature, qui ne serait un état dangereusement sauvage qu'en cas d'agression, la distance sociale étant devenue une distance de fuite, semble se confirmer dans la confiance retirée au « cerveau seul » (207) et la perte de goût pour la prévision et le calcul (203).
De là, mon sentiment personnel sur la construction de Molloy, que je livre ici pour la première fois : il se pourrait bien que Moran devienne Molloy. C'est-à-dire que la seconde partie du livre soit chronologiquement la première et que l'interversion des deux parties, soutenue par tous les phénomènes de retours et de reprises, propulse la dimension biographique dans de l'ontologie aporétique, but littéraire de Beckett. On y reviendra la semaine prochaine...
En prévision du soir, déjeuner léger à la maison.
Dans l'après-midi, tour en vélo jusqu'aux abords de l'hôtel Edmont, de l'autre côté d'Iidabashi, pour récupérer chez Avon House un pantalon laissé la semaine dernière pour l'ourlet. Après que j'avais montré à T. un costume bien coupé à un prix raisonnable, la moitié de ce que j'ai vu dans les grands magasins, le vendeur nous explique qu'il s'agit de fabrication sur mesure, par combinaison informatique de plusieurs patrons, et qu'il dispose de pièces de tissus de grande marque (Zegna par exemple) à bon prix. Bon, allons-y pour un costume ! Je choisis même la doublure cachemire monochrome (paisley) et les boutons. Rendez-vous dans trois semaines...
Le dîner, c'est, à l'invitation de Christine et Thomas,
dans un restaurant très chic — et presque désert le soir car
dans un quartier de bureaux (Hanzomon, près du Palais Impérial).
Au 9e étage de l'immeuble, l'Argo vogue sur les lumières
de Tokyo. Christine nous présente quatre personnes avec qui la conversation
sera vite animée et joyeuse, en anglais, en français ou en
japonais. L'un se révèlera ambassadeur (pas de France, je l'aurais
reconnu...), une autre Christine aura travaillé des années
au Petit Robert, etc., mais aucune de ces personnes n'aura fait avance de
ses qualités avant que la conversation n'en requière le dévoilement
— rare qualité, tact ou quoi, à laquelle je suis très
sensible (rien ne m'est plus odieux que, dans un cadre informel, les titres
étalés en préambule d'une parole en tant que...).
Le menu :Amuse (pour amuse-bouche)
Gelée d'oursins, crème de fenouil au caviar (œufs de lompe, en fait)
Poisson Kihata poêlé, sauce marinière
Côtes d'agneau grillées
Plateau de fromages (pas écrit au menu, fait sensation)
Crème d'ange (parfois dite d'Anjou)
Café et digestif (Thomas et moi optons pour un Armagnac de 1952 — excellent, mais c'est lui qui m'a cassé — l'armagnac, pas Thomas).
Il paraît que les chaussures de Christine ont quelque chose
de spécialement admirable. Je ne vois pas quoi. C'est en-dessous peut-être...De toute façon, elles ne lui permettent pas de marcher. On rentrera donc à quatre en taxi puisque nous habitons le même quartier.
Minimalement, j'associerai par la suite boîtes de sardines et gelée d'oursins pour figurer elliptiquement cette journée postmoderne, puisque, la tête dans un étau, je ne voyais aucune contradiction entre les deux termes de ce qui pourrait bien ne même pas être une équation.
Commentaires
1. Le samedi 10 juin 2006 à 11:07, par alain :
Suède-Trinidad 0-0, c'est une surprise.
Une bonne (modalisons).
Donnée supérieure sur le papier, l'équipe suédoise n'a jamais su concrétiser.
Ne parlons pas de la victoire de l'Angleterre.
2. Le samedi 10 juin 2006 à 11:48, par cel :
Ne parlons pas : berlol a un peu bu - respect
3. Le samedi 10 juin 2006 à 11:51, par Bartlebooth :
Je ne retrouve pas le titre dans le corps du post - je ne comprends plus
4. Le samedi 10 juin 2006 à 12:00, par cel :
... Le citronnier semble reprendre quelques forces malgré la dévastation récente. Entre deux cours dans le shinkansen croisé trois Boîtes de sardines et gelée d'oursins en accompagnement - décidément ce bordeaux importé m'a tapé sur le crâne plus que je ne l'imaginais... de fait : pas de ping pong aujourd'hui, mais parlé avec une étudiante à vélo (*suda) de l'importance de l'approche phonétique en FLE, tandis qu'une phrase de Molloy me tournait et retournait en tête, oubliée depuis. Je ferai ma journée demain.
5. Le samedi 10 juin 2006 à 15:38, par Berlol :
Content de lire Alain !
Bien joué, Cel ! Bon concentré berlolesque ! Je vais essayer de faire mieux, maintenant que je suis debout...
Mais hélas, le citronnier ne va pas mieux. Il va végéter jusqu'à l'an prochain, je suppose. Ne l'imitons pas. Ne nous limitons pas...
6. Le samedi 10 juin 2006 à 20:08, par marguerite :
"Les grains s'ajoutent aux grains et un jour c'est un tas, un petit tas, l'impossible tas ". S.B.
J'ai oublié de vous dire cela hier soir.
Je/il n'entend(s) pas tas au sens d'avoir"un tas d'amis". Un, deux(en comptant Christine) nouveaux , ca c'est vraiment bien!
7. Le samedi 10 juin 2006 à 21:02, par marguerite :
Il manque trois mots (essentiels) à la citation de Samuel. Patrick va encore me remonter les bretelles : ["Les grains s'ajoutent aux grains], un à un ,[ et un jour..."] et paf, le coup du tas !
8. Le samedi 10 juin 2006 à 22:21, par Berlol :
Merci, Marguerite, d'être passée. Puis d'avoir rétabli l'assonance en "un". C'est quand, notre prochaine sortie ?
9. Le samedi 10 juin 2006 à 23:58, par arte :
Berlol sort avec Marguerite ?
(Trop tard, c'est trop tard : je me garde de développements hors contexte : "inconscient collectif" "intelligence collective"... mai bon ! Quand même ! Pour Jung, l'évolution du psychisme lié à l'archétype de l'inconscient collectif, c'est pas de la gnognotte, et donc, par exemple (c'est un exemple hein !) ... ou est passé le fils dans l'histoire ? Car là où il y a fils, il y a vélo, et là où il y a vélo, il y a Molloy. Or le fils disparaît AVEC le vélo. Ptit con va !)
10. Le dimanche 11 juin 2006 à 02:16, par Bikun :
Pareil pour moi. Les gens qui étalent leur titre et qualité, ça m'horripile...
11. Le dimanche 11 juin 2006 à 02:33, par Berlol :
En tant que docteur ès lettres, je dirai même que... (même pas vrai). Salut, Bikun ! Je file au squash...
12. Le dimanche 11 juin 2006 à 07:53, par Marguerite Duras :
"respect" ?!
13. Le dimanche 11 juin 2006 à 09:13, par Berlol :
C'est la saison des marguerites, on dirait !
14. Le dimanche 11 juin 2006 à 12:11, par brigetoun :
que Moran soit Molloy et ne le devienne pas, pourquoi pas mais si j'ai bien compris faut faire revenir le vélo, et se débarrasser du fils
15. Le dimanche 11 juin 2006 à 23:37, par arte :
Et si Molloy était le fils ET le père, le vélo faisant saint esprit... on a déjà vu ce genre de cas se produire !
16. Le lundi 12 juin 2006 à 00:17, par cel :
"irrespect" ? (c'est mieux ?) me semble pourtant évident que Duras crachait pas sur la bouteille...
17. Le lundi 12 juin 2006 à 00:33, par Berlol :
D'accord pour le vélo saint-esprit. D'ailleurs, ne dit-on pas "avoir un petit vélo" ?!
Pour les détails, je laisse Volodine vous répondre : « Je retraçai l'histoire du dentiste telle que me l'avait narrée Gonçalves, une de ses versions, car, à chaque fois qu'il se lançait dans le récit, les circonstances particulières et les repères chronologiques et même les grandes lignes changeaient.» (Le Nom des singes, p. 143)
18. Le lundi 12 juin 2006 à 01:58, par arte :
Cel > et Beckett don'
19. Le lundi 12 juin 2006 à 02:48, par Bartlebooth :
D'ailleurs Beckett ne serait-il pas influencé par "la Passion considérée comme course de côte", de Jarry ?
20. Le lundi 12 juin 2006 à 07:40, par arte :
On aurait retrouvé le petit vélo à guidon chromé de Molloy au fond de la cour !
21. Le vendredi 7 septembre 2007 à 01:32, par weekly_spectator :
Les chaussures sont admirables? Surement une facon de parler, evitant de parler de ses jambes - qui peut etre sont reellement concernees.
Vous ne croyez pas?
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