Écran de courtoisie
Par Berlol, mercredi 21 juin 2006 à 23:59 :: General :: #304 :: rss
À ressentir. En ligne, le Frisson
esthétique. Belle typographie, quelques textes de bonne facture.
Celui de Jacques Signoret, par exemple. En revanche, impossible
de frissonner aux banalités qu'enfile Régine Deforges — la
sincérité n'est pas tout. Au total, plutôt une revue
avec une coloration d'histoire littéraire fin XIXe (Jean Lorrain,
Remy de Gourmont, Maurice Rollinat, ou l'intéressant article de Francesco
Viriat sur le Jammisme). Et des inédits de contemporains qui écrivent...
à l'ancienne. Rien qui innove ni qui dérange. En bref, une
revue inutile d'agrément, pour table à revue,
pour écran de courtoisie.
Des revues en ligne, j'en ai déjà signalé d'autres, plus ou moins chouettes, depuis le temps. Mais l'arrivée (enfin) sur le web de Livres Hebdo devrait être en soi un événement. Je suis allé voir si le contenu transformerait l'essai...
À part que Fred Vargas et Benoîte Groult sont dans les 10 meilleures ventes, qu'y ai-je appris ? Que Guillaume Durand abandonne I-Télé... « où beaucoup le voyait (sic) déjà présenter une spéciale présidentielle ». Et ça continue plus bas, quand Charles Webb « avait défrayé la chronique en se faisant évincé (sic) de son domicile »... Plus bas encore, « Zadie Smith [...] a été récompensé (sic) »... Le magazine qui se veut une référence pour les chiffres du livre ne l'est certes pas pour les lettres...
Ici, une journée somme toute banale, avec deux cours, un déjeuner — où ce qu'on appelle ici hamburger pisse de l'huile —, puis une après-midi studieuse avant le sport. De l'Alain Sevestre pour accompagner la transpicyclette. Et un peu de Meschonnic après le dîner.
« Tout à l'heure, il a pris une douche et jeté serviette et savon à la poubelle. Dans le jardin, la terre remblayée sur les meubles s'est élevée d'un bon mètre par rapport à l'ancien état des lieux. Les prochaines pluies tasseront ce gros ventre.» (Alain Sevestre, Double Suicide villa Godin, p. 60)
Justement, on annonce quatre jours de pluies...
« Toute ma vie est dans mes poèmes, mes poèmes sont le langage de ma vie. C'est par eux que je vais d'inconnu en inconnu. Ils me font plus que je les fais. Et ils sont reconnus par ceux qui sont du même côté du langage, du même côté de la vie que moi. Un poème, pour moi, ne raconte pas d'histoires. Mes poèmes sont les condensations du sens de ma vie. C'est pourquoi ils tiennent moins de place que le reste de mon travail, mais c'est eux qui me font traduire la Bible comme je traduis, qui me font penser le langage, la poésie, la traduction comme je fais. Pour moi, un poème est ce qui transforme la vie par le langage et le langage par la vie. C'est mon lieu et je le partage.» (Henri Meschonnic, Vivre poème, Éd. Dumerchez, 2006, p. 7-8.)
Je suis clairement du même côté. C'est comme ça. Et je ne force personne.
Alors que nous étions sous presse, une dernière information nous parvient : Caroline revient, tout à fait décousu(e) ! Tendons-lui du fil (RSS) !
Des revues en ligne, j'en ai déjà signalé d'autres, plus ou moins chouettes, depuis le temps. Mais l'arrivée (enfin) sur le web de Livres Hebdo devrait être en soi un événement. Je suis allé voir si le contenu transformerait l'essai...
À part que Fred Vargas et Benoîte Groult sont dans les 10 meilleures ventes, qu'y ai-je appris ? Que Guillaume Durand abandonne I-Télé... « où beaucoup le voyait (sic) déjà présenter une spéciale présidentielle ». Et ça continue plus bas, quand Charles Webb « avait défrayé la chronique en se faisant évincé (sic) de son domicile »... Plus bas encore, « Zadie Smith [...] a été récompensé (sic) »... Le magazine qui se veut une référence pour les chiffres du livre ne l'est certes pas pour les lettres...
Ici, une journée somme toute banale, avec deux cours, un déjeuner — où ce qu'on appelle ici hamburger pisse de l'huile —, puis une après-midi studieuse avant le sport. De l'Alain Sevestre pour accompagner la transpicyclette. Et un peu de Meschonnic après le dîner.
« Tout à l'heure, il a pris une douche et jeté serviette et savon à la poubelle. Dans le jardin, la terre remblayée sur les meubles s'est élevée d'un bon mètre par rapport à l'ancien état des lieux. Les prochaines pluies tasseront ce gros ventre.» (Alain Sevestre, Double Suicide villa Godin, p. 60)
Justement, on annonce quatre jours de pluies...
« Toute ma vie est dans mes poèmes, mes poèmes sont le langage de ma vie. C'est par eux que je vais d'inconnu en inconnu. Ils me font plus que je les fais. Et ils sont reconnus par ceux qui sont du même côté du langage, du même côté de la vie que moi. Un poème, pour moi, ne raconte pas d'histoires. Mes poèmes sont les condensations du sens de ma vie. C'est pourquoi ils tiennent moins de place que le reste de mon travail, mais c'est eux qui me font traduire la Bible comme je traduis, qui me font penser le langage, la poésie, la traduction comme je fais. Pour moi, un poème est ce qui transforme la vie par le langage et le langage par la vie. C'est mon lieu et je le partage.» (Henri Meschonnic, Vivre poème, Éd. Dumerchez, 2006, p. 7-8.)
Je suis clairement du même côté. C'est comme ça. Et je ne force personne.
Alors que nous étions sous presse, une dernière information nous parvient : Caroline revient, tout à fait décousu(e) ! Tendons-lui du fil (RSS) !
Commentaires
1. Le mercredi 21 juin 2006 à 12:49, par Bartlebooth :
- la vie qui se déverse dans le poème et vice versa : c'est un peu l'histoire du verre (ou vers (sic), hic) à moitié plein ou à moitié vide, non ?
- "du même côté... que moi" : on peut tenir à combien dans une cabine téléphonique (émettant une théorie téléphonée) occupée par un crapaud (quitte à être, malgré soi, dans la "vieillerie poétique" ne soyons pas que rimbaldien mais également corbiérien) voulant se faire plus gros que l'albatros ?
- "un poème, pour moi, ne raconte pas d'histoires" : ah il est très fort (au point que ça sent l'atelier d'écriture), on voit qu'il connaît les ressources polysémiques de la poésie, ici pas moins de trois sens, énumérons-les rapidement : un poème n'a rien à faire avec la description, la narration (il l'a déjà dit, et ça évacue des tonnes de prétendus poèmes, jusqu'aux plus classiques, hein, Alexandre ?) ; un poème ne ment pas (il dit la vie, la vie est en lui) ; un poème n'est pas verbeux (mais un condensé)
- ce qui lui permet de passer à ce lieu commun de la poésie (qu'il en dénonce ne l'empêche pas d'avoir recours à d'autres), celui de la fameuse condensation poétique, mais appliqué au "sens de la vie", ça va plus loin et c'est beau
- "ils tiennent moins de place que le reste de mon travail" : l'amie A-E. H. m'avait parlé d'un utopique et potache projet collaboratif (était-ce avec HM (pas celui de la biographie de Martin) ?) de réediter toute l'oeuvre de du Bouchet en un seul volume, en supprimant les blancs et en serrant bien les poèmes ; si le travail théorique de Mescho est trop encombrant, je me propose de le rééditer dans le corps typographique le plus petit.
- "Mes poèmes [...] qui me font penser le langage, la poésie, la traduction comme je fais" : pour tout penser pensons à partir de rien, c'est très zen sauf qu'au lieu d'abandonner l'ego il le gonfle
- "un poème est ce qui transforme la vie..." : là il atteint un sommet surréalistico-rimbaldien dans le cliché, un comble pour une formule creuse
- "C'est mon lieu et je le partage" : en somme il co-habite en poète(s) (hélas, Omphale, eusse-t-il fallu que je le susse (sus à l'alexandrin ! élidons : fluxus ?) !)
Kiss kiss
2. Le mercredi 21 juin 2006 à 20:19, par Berlol :
Comme il s'agit du préambule d'une conférence, HM commence par des choses simples et bien senties, dans lesquelles tous les enjeux sont toutefois déjà présents. Je trouve cela tout à fait adapté. Je ne réponds pas à tes amusantes provocations. (Mais je me plaindrai de toi auprès de A.-E. H., na !)
3. Le mercredi 21 juin 2006 à 22:53, par vinteix :
Je ne dirais pas la même chose que Bartlebooth... définir la poésie ou le poème est toujours très malaisé; Meschonnic dit des choses que, dans le fond, je ne conteste pas, bien au contraire, surtout l'idée que le poème transforme la vie par le langage et le langage par la vie. Celan ou Luca, par exemple, ne disaient pas autre chose. Sauf qu'il faudrait ajouter que D'ABORD un poème transforme le langage par le langage, crée une langue dans la langue.
Meschonnic parle platement (mais Berlol précise qu'il s'agit du préambule d'une conférence)... le problème, c'est que je trouve sa poésie également plate... (avis tout à fait personnel).
4. Le jeudi 22 juin 2006 à 12:41, par Bartlebooth :
Le problème, c'est que, d'après le peu que j'en ai lu, je ne trouve pas sa poésie nulle (ce qui ne veut pas dire, évidemment, qu'elle change la (ma) vie), sauf si je prends ses propres critères pour la juger (ses poèmes sont proches de beaucoup de ceux qu'il décrie, sont pleins de tout ce qu'il exècre dans les poèmes des autres).
Le problème, c'est que, de plus en plus, il essaie de définir la poésie en disant ce qu'elle n'est pas, en prenant l'exemple de ce qui est faussement poétique, et de ce qu'il constate être des erreurs de définition et d'appréhension de la poésie, et là il y a vraiment malaise (d'abord méthodologique).
Le problème, c'est que dans son discours sur la poésie il tient à la noble tâche de la désacraliser tout en n'échappant pas au sacré : ne serait-ce que son "le poème est ce qui transforme la vie par le langage" qui, finalement, plus que rimbaldien est chrétien, Verbe se voulant chair et ne dépassant pas la chaire.
Le problème, dans sa quête définitionnelle de la poésie, c'est qu'il boîte après une entité-poème, un absolu et donc on n'est pas loin du (ou dans le) sacré, là
Le problème, c'est que Mescho semble avoir une connaissance très pauvre de ce qui se présente aujourd'hui comme poésie (je ne vois pas par exemple où il semble voir, comme quelque chose de majeur depuis dix ans, un "retour de la versification classique", un "versificationnisme")
Le problème, c'est qu'il voit la poésie par un petit bout de lorgnette, qui ne fait pas du tout loupe, si ce n'est sur son oeil à prétention divine
Le problème, c'est qu'au-delà d'un simple préambule de conférence, c'est-à-dire par exemple dans la totalité d'une conférence comme celle-ci - www.parages.ens.fr/n6/623... - (pas besoin d'aller lire l'ensemble de l'oeuvre comme le voudrait l'auteur pour qu'on discuter du moindre petit point de ses théories), Mescho accumule un nombre incalculable de banalités, d'inepties, d'erreurs, d'incongruités, etc etc etc etc
Oui, ne réponds pas, ce n'est plus à la mode
5. Le jeudi 22 juin 2006 à 14:28, par Bartlebooth :
"À part que Fred Vargas et Benoîte Groult sont dans les 10 meilleures ventes, qu'y ai-je appris ?"
Il n'y a pas grand chose de plus à apprendre dans cette revue : elle s'adresse à (et est lue principalement par) les libraires, on y trouve donc les incontournables tops des ventes, quelques potins du monde de l'édition et des articles insipides sur l'actualité (pas forcément littéraire) la plus médiatisable et médiatisée. C'est pourquoi FB a bien fait de se précipiter à aller y faire une exception (déjà !) à son retrait de la "communauté des commentateurs", et donc se faire voir par les libraires et le copain critique, à un moment si stratégique par rapport à la publication prochaine d'un évenement littéraire.
6. Le jeudi 22 juin 2006 à 17:11, par Berlol :
Si tu crois qu'il a besoin de ça, c'est que tu es bien naïf. Et méchant. Les rssés verront ici la démonstration de ce que j'écrivais à l'instant, à savoir la haute prévisibilité de Bartlebooth. Je t'ai connu plus fin.
7. Le jeudi 22 juin 2006 à 22:13, par vinteix :
... à propos de la poésie de Mescho, je viens de lire son dernier recueil, "Et la terre coule"... je ne dirais pas (plus) "plate". Il y a de belles choses dedans, mais il est vrai que sa poésie présente des "travers" (enfin ce que lui-même appelle ainsi et que personnellement je ne nommerais pas ainsi) qu'il critique chez les autres... en particulier le lyrisme, terme bien ambigü et lourd de significations multiples, auquel je ne suis pas SYSTEMATIQUEMENT opposé... D'ailleurs, on peut rejeter un certain lyrisme ou certains lyrismes, mais je ne vois en quoi une règle, venue d'on ne sait où, condamnerait désormais tout lyrisme (même si Céline disait que c'était "le crime des crimes")... En la matière, cela me semble davantage relever d'une question de goûts et de sensibilité...
Juste un exemple, presque au hasard : "et toutes ces lettres / sont des dieux / elles se brouillent / de leur brouillard / nous soleillons"
Concernant le "débat" lié à FB, je ne rentrerais pas dans la mêlée, n'étant pas au courant des dessous (ni des dessus) d'ailleurs de "l'affaire" ou de ce qui apparaît un peu comme "des affaires" (genre réglement de comptes), mais je trouve quand même qu'il y a une tendance au défoulement pour "pas grand chose", à mes yeux en tout cas... même si l'expression "beau texte" m'a aussi un peu étonné...
8. Le jeudi 22 juin 2006 à 23:12, par Berlol :
D'accord avec toi pour (et contre) le lyrisme. La question étant, si le lyrisme est souvent figé dans son pathos et son formalisme : peut-il y avoir renouvellement et création nouvelle de lyrisme ? Je ne suis pas assez connaisseur de poésie, contemporaine notamment, pour en discuter sérieusement mais pour ce que j'ai lu ou entendu parfois de Paillard, Masséra, Venaille, Parant, Cadiot, pour être bref, ils me paraissent faire de considérables propositions. Je suis preneur de conseils et d'autres noms dans ce domaine, merci d'avance.
9. Le vendredi 23 juin 2006 à 00:32, par vinteix :
Pour et contre le lyrisme, oui... Un peu vrac, et sans développements, pardon... mais, on aime ou on aime pas bien sûr : P.Jaccottet (grand lyrique, "sauce ancienne", sûrement, mais il l'est aussi dans sa prose - manière d'échapper au formalisme) ; Salah Stétié, H.Haddad... plus originaux : Fardoulis-Lagrange (un seul recueil de poèmes publié, "Prairial", mais quelle merveille ! sorte d'aérolithe inclassable), le furieux Stanislas Rodanski, J.P.Duprey, Marc Sabatier-Lévêque (le jeune poète d'un seul livre-fleuve, que dis-je océan : "Oratorio pour la Nuit de Noël", devenu très difficile à dénicher...), Bernard Manciet (qui savait ce que veulent dire "tragique" et "hauteur"), etc.
Que l'on me pardonne si je ne cite presque que des morts... mais je connais moins les "vivants" et parmi ceux que je connais il y en a peu qui me séduisent vraiment...
Alors, oui, peut-être, sûrement, il y a une panne, ou du moins une difficulté à trouver sa voix/voie, une difficulté à renouveler les formes, mais c'est un problème qui n'est pas nouveau, mais date de Rimbaud... Cependant des voix nouvelles sont à l'oeuvre dans la "poésie sonore", bien sûr... Mais, pour moi, depuis Luca, je ne suis pas profondément bouleversé... Mais j'avoue aussi mes lacunes, immenses...
Heidsieck, Beck, Tarkos, Prigent peut-être... mais là on n'est plus du tout dans le lyrisme, comme avec Luca, d'ailleurs...
10. Le vendredi 23 juin 2006 à 00:38, par vinteix :
Tout ceci très vite dit, pardon, car je dois filer me changer et me doucher, moite que je suis, avant une "nomikai" (littéralement "réunion pour boire", comme tu le sais bien) où je vais noyer mon lyrisme dans des verres de saké... et de lyrisme, il ne devrait pas en être beaucoup question avec les participants de cette soirée, vu qu'il s'agit essentiellement d'étudiant(e)s de 2eme année de français... sait-on jamais... Il faut croire, malgré tout, aux miracles (?)... Aurais-je déjà bu, malgré moi ?...
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