Teints du gris des vitres
Par Berlol, lundi 26 juin 2006 à 23:59 :: General :: #309 :: rss
Y avait pas un truc à faire, le 26 juin ? J'ai cette question comme
une sensation toute la matinée. À moins que ça soit
un résidu de rêve. Ou alors un truc super important pour la
fac — que je vais devoir faire un rapport pour m'excuser d'avoir oublié.
Mais non, si c'était le cas, je l'aurais écrit dans mon agenda.
Dans le domaine littéraire
ou historique, je ne vois pas non plus... Et j'ai beau me dire qu'il n'y
a qu'à laisser tomber, je laisse tomber et j'essaie de faire autre
chose, j'y arrive progressivement, et les choses à faire ne manquent
pas, mais la petite sensation joue à cache-cache, fait bip-bip, se
met en filigrane, revient chaque fois que je vois la date sur une page. Et
me voilà parti sur le calendrier des conférences de la MFJ et de l'IFJT pour revérifier,
mais rien. Ça doit venir de la nuit, j'ai dormi profond et me suis
réveillé tout enkylosé du côté gauche,
dans le dos. Je faisais des moulinets, aussi, toute la matinée. Moulinet,
26, moulinet, 26, moulinet, 26, etc., et puis il a bien fallu passer à
autre chose.
Ai bravé des petites gouttes pas bien méchantes pour acheter de l'agneau à Hanamasa. Avant, il n'y en avait que du congelé, pas mauvais, mais maintenant du frais, c'est meilleur (quoique... ça doit être du décongelé aussi...). Je l'ai poêlé aux fines herbes pendant que T. préparait de la laitue sautée, assaisonnée avec différentes graines. Autrefois, on mangeait toujours la salade cuite. Je ne sais pas quand ça a commencé, d'en manger cru ? En tout cas, c'est très bon. (Et ce n'était pas la première fois.)
On se sépare, je continue à l'ordinateur et on se retrouve au 4e étage du centre de sport de Shibuya vers 16 heures. Pendant qu'on pédale, ou tire ou pousse des poids, ou qu'on s'essuie en bavardant ou en ne faisant rien, on voit juste en face, à quelques mètres, des voitures et des camions qui font la queue sur une bretelle surélevée d'une des routes circulaires de la ville, ils sont à l'arrêt ou avancent lentement et on a bien le temps de les voir un par un, ou une par une, teints du gris des vitres, la plupart rentrant sans doute du travail, habitués à passer là tous les jours et à voir ces tarés qui s'excitent sur des machines de gym derrière les fenêtres du building, ou ces deux-là avec leur serviette autour du cou, debouts à me regarder, pensant peut-être que pour le bain, les bains, sauna, etc., sentant alors le bien-être d'une eau propre qui coulerait à la place de leur sueur de siège auto, oui, ils feraient bien un stop, mais bon...
Ici, c'est tout le contraire du centre de Nagoya, qui est sans aucune fenêtre et où je ne parle jamais à personne.
« "Nous, 7 juillet 1982", suivent trois pages de photos de mariage, certaines découpées (Gélase, amputé du bras droit ou de la main qu'il donnait à sa femme, sourit sous un arbre sans tronc, devant une voiture sans capot avant) [...] » (Alain Sevestre, Double Suicide villa Godin, p. 90) — le récit étant possiblement assumé par Paul, qui est infirme, l'auteur a subtilement glissé à de nombreux endroits du texte des vocables évoquant l'amputation ou la privation d'un membre, sans les souligner ostensiblement, sauf ici peut-être, par redondance.
« Il fourrage, sent la bâche de plastique au bout des doigts, la pince, la tire, la déchire et enfonce plus profondément la main. Bientôt, il palpe des feuilles de papier qu'il écarte : c'est l'inventaire. Puis il réussit à agripper un objet et, de toutes ses forces, l'arrache à la terre. C'est la minerve au col blanc. Il fait trop beau.
— Dites donc, c'est pour une cénesthésie ? » (Ibid., p. 94) — excellente apostrophe, qui me rappelle que Molloy utilisait aussi le mot... Puis, à la même page :
« Gélase se vexe du mauvais esprit de Paul. Bientôt, ils n'auront plus rien à se dire. Ils vont rester sur leur quant-à-soi.»
Ai bravé des petites gouttes pas bien méchantes pour acheter de l'agneau à Hanamasa. Avant, il n'y en avait que du congelé, pas mauvais, mais maintenant du frais, c'est meilleur (quoique... ça doit être du décongelé aussi...). Je l'ai poêlé aux fines herbes pendant que T. préparait de la laitue sautée, assaisonnée avec différentes graines. Autrefois, on mangeait toujours la salade cuite. Je ne sais pas quand ça a commencé, d'en manger cru ? En tout cas, c'est très bon. (Et ce n'était pas la première fois.)
On se sépare, je continue à l'ordinateur et on se retrouve au 4e étage du centre de sport de Shibuya vers 16 heures. Pendant qu'on pédale, ou tire ou pousse des poids, ou qu'on s'essuie en bavardant ou en ne faisant rien, on voit juste en face, à quelques mètres, des voitures et des camions qui font la queue sur une bretelle surélevée d'une des routes circulaires de la ville, ils sont à l'arrêt ou avancent lentement et on a bien le temps de les voir un par un, ou une par une, teints du gris des vitres, la plupart rentrant sans doute du travail, habitués à passer là tous les jours et à voir ces tarés qui s'excitent sur des machines de gym derrière les fenêtres du building, ou ces deux-là avec leur serviette autour du cou, debouts à me regarder, pensant peut-être que pour le bain, les bains, sauna, etc., sentant alors le bien-être d'une eau propre qui coulerait à la place de leur sueur de siège auto, oui, ils feraient bien un stop, mais bon...
Ici, c'est tout le contraire du centre de Nagoya, qui est sans aucune fenêtre et où je ne parle jamais à personne.
« "Nous, 7 juillet 1982", suivent trois pages de photos de mariage, certaines découpées (Gélase, amputé du bras droit ou de la main qu'il donnait à sa femme, sourit sous un arbre sans tronc, devant une voiture sans capot avant) [...] » (Alain Sevestre, Double Suicide villa Godin, p. 90) — le récit étant possiblement assumé par Paul, qui est infirme, l'auteur a subtilement glissé à de nombreux endroits du texte des vocables évoquant l'amputation ou la privation d'un membre, sans les souligner ostensiblement, sauf ici peut-être, par redondance.
« Il fourrage, sent la bâche de plastique au bout des doigts, la pince, la tire, la déchire et enfonce plus profondément la main. Bientôt, il palpe des feuilles de papier qu'il écarte : c'est l'inventaire. Puis il réussit à agripper un objet et, de toutes ses forces, l'arrache à la terre. C'est la minerve au col blanc. Il fait trop beau.
— Dites donc, c'est pour une cénesthésie ? » (Ibid., p. 94) — excellente apostrophe, qui me rappelle que Molloy utilisait aussi le mot... Puis, à la même page :
« Gélase se vexe du mauvais esprit de Paul. Bientôt, ils n'auront plus rien à se dire. Ils vont rester sur leur quant-à-soi.»
Commentaires
1. Le lundi 26 juin 2006 à 20:02, par Manu :
Tu voulais peut-être souhaiter un bon anniversaire à Peter ?
2. Le lundi 26 juin 2006 à 20:14, par Berlol :
Bonne idée ! Il avait dû me le dire... mais je ne pense pas que c'était ça. Quoi qu'il en soit, on ira samedi. (Merci du rappel.)
Ajouter un commentaire