mardi 27 juin 2006
Rapport 1 à 100, perdu d'avance
Par Berlol, mardi 27 juin 2006 à 23:46 :: General
Rangeant des documents pour préparer mon barda hebdomadaire, je remets
la main sur le livre oublié
de Philippe Vasset, Bandes alternées.
Du coup, filant sur les rails parallèles du shinkansen, qui théoriquement
se rejoignent à l'infini, je le reparcours et l'achève, avec
un peu plus de considération pour la fin que pour le début.
Encore, cette considération est-elle plus pour l'originalité
d'associations de mots et de bribes descriptives qui accompagnent le retour
d'un thème déjà exploité dans son livre précédent
(les réseaux, les flux), que pour l'histoire prêtée à
des personnages translucides et nombreux qui m'ont indifféré
d'un bout à l'autre du livre.
Je vois un peu mieux le projet du livre, mais je n'y adhère pas. Peut-être était-ce en quelque sorte voulu par l'auteur.
« Au ras du sol, en haut des murs et dans tous les recoins et anfractuosités de la structure sont placés de petits hauts-parleurs qui diffusent en permanence des conversations téléphoniques, des appels à toutes les voitures, des programmes de radio, des messages de services, des avertissements, des rappels à l'ordre et des centaines de bruits habituellement inaudibles : sifflements de l'électricité et des communications téléphoniques, grésillements des ondes émises par les satellites et les objets spatiaux, craquements et grincements des ponts et des immeubles soumis aux assauts du vent, ronflements du gaz et du pétrole criculant dans les oléoducs. Toutes ces émissions sont interceptées en direct : on passe de l'une à l'autre de manière aléatoire.» (Philippe Vasset, Bandes alternées, p. 97-98)
Encore une fois, alors que la météo nationale prévoyait la pluie, le ciel se dégage et tiédit. Comme on dit avec David en fin d'après-midi, ça pègue. Avant ça, deux cours comme deux cours, pas spéciaux. Si ce n'est l'impression que j'ai de plus en plus d'un manque de formation des étudiants à la complexité du monde. C'est quand même pas à moi de tout faire ! Pour le cours de conversation, il fallait préparer en visitant le site du Patrimoine mondial et choisir trois biens (c'est le vocable consacré) à présenter. Il y a un petit côté touristique et écologique qui leur plaît bien (et le site est très bien fait). Mais qu'on leur demande comment ça tient, une telle entreprise, de quoi, de qui ça dépend, de quoi ça vit, si ça fonctionne comme n'importe quelle entreprise, et c'est l'apanique (l'apathie panique). Ce sont justement les parties du site qu'ils n'ont pas visitées, comme si le rouage, la machine, cela n'était pas en soi intéressant. Il y en a même qui croyaient que ça sert à gagner de l'argent avec les touristes...
Corollaire récurrent. Comment lutter contre la doxa de la superficialité que popularise la navigation sur Internet (30 millions d'occ.), alors qu'il devrait s'agir d'exploration dans l'internet (308.000 occ.) ? Rapport 1 à 100, perdu d'avance... Pourtant, troquer la surface pour le volume, s'y habituer, avec tout ce que cela entraîne, en sémantique et en pratique, serait, je crois, un des enjeux essentiels de la formation des nouvelles générations — pour avoir des citoyens pensants plutôt que des machines consommantes. Sinon, dans cinquante ans, le monde appartiendra à ceux qui commanderont aux ingénieurs de l'internet de surface, alors même que tout sera disponible, merveilleusement caché par l'évidence de la présence, comme la Lettre volée. À moins que déjà...
Je vois un peu mieux le projet du livre, mais je n'y adhère pas. Peut-être était-ce en quelque sorte voulu par l'auteur.
« Au ras du sol, en haut des murs et dans tous les recoins et anfractuosités de la structure sont placés de petits hauts-parleurs qui diffusent en permanence des conversations téléphoniques, des appels à toutes les voitures, des programmes de radio, des messages de services, des avertissements, des rappels à l'ordre et des centaines de bruits habituellement inaudibles : sifflements de l'électricité et des communications téléphoniques, grésillements des ondes émises par les satellites et les objets spatiaux, craquements et grincements des ponts et des immeubles soumis aux assauts du vent, ronflements du gaz et du pétrole criculant dans les oléoducs. Toutes ces émissions sont interceptées en direct : on passe de l'une à l'autre de manière aléatoire.» (Philippe Vasset, Bandes alternées, p. 97-98)
Encore une fois, alors que la météo nationale prévoyait la pluie, le ciel se dégage et tiédit. Comme on dit avec David en fin d'après-midi, ça pègue. Avant ça, deux cours comme deux cours, pas spéciaux. Si ce n'est l'impression que j'ai de plus en plus d'un manque de formation des étudiants à la complexité du monde. C'est quand même pas à moi de tout faire ! Pour le cours de conversation, il fallait préparer en visitant le site du Patrimoine mondial et choisir trois biens (c'est le vocable consacré) à présenter. Il y a un petit côté touristique et écologique qui leur plaît bien (et le site est très bien fait). Mais qu'on leur demande comment ça tient, une telle entreprise, de quoi, de qui ça dépend, de quoi ça vit, si ça fonctionne comme n'importe quelle entreprise, et c'est l'apanique (l'apathie panique). Ce sont justement les parties du site qu'ils n'ont pas visitées, comme si le rouage, la machine, cela n'était pas en soi intéressant. Il y en a même qui croyaient que ça sert à gagner de l'argent avec les touristes...
Corollaire récurrent. Comment lutter contre la doxa de la superficialité que popularise la navigation sur Internet (30 millions d'occ.), alors qu'il devrait s'agir d'exploration dans l'internet (308.000 occ.) ? Rapport 1 à 100, perdu d'avance... Pourtant, troquer la surface pour le volume, s'y habituer, avec tout ce que cela entraîne, en sémantique et en pratique, serait, je crois, un des enjeux essentiels de la formation des nouvelles générations — pour avoir des citoyens pensants plutôt que des machines consommantes. Sinon, dans cinquante ans, le monde appartiendra à ceux qui commanderont aux ingénieurs de l'internet de surface, alors même que tout sera disponible, merveilleusement caché par l'évidence de la présence, comme la Lettre volée. À moins que déjà...