Encore un matin de pluie... sans pluie. Décidons, T. et moi, comme elle doit passer au temple, d'aller à Akasaka à vélo. Rues et trottoirs sont plus praticables le samedi. En effet, nous ne mettons qu'une demie-heure, par Kagurazaka, Ichigaya, Yotsuya, près de chez Agnès, puis la belle et odorante descente vers Akasaka. Soit dans les haies côté avenue, soit dans les pelouses et buissons côté mur d'enceinte du Palais des hôtes, je ne sais pas encore, il y a là une graminée qui me propulse, narines en avant, vers des talus d'enfance. Il faudra que je revienne pour tirer ça au clair... — et reglisser gratos dans mon espace-temps.

Restaurant Aux Bacchanales, harnachés en cyclistes, pour une salade César et un ragoût d'agneau au safran (en surveillant nos vélos). C'est d'ailleurs en surveillant nos vélos que l'on voit tomber des gouttes et s'ouvrir des parapluies... Rares et rafraîchissantes, elles nous accompagneront sur toute la route du retour, côté douves verdoyantes, en première, T. monte ça sans difficulté maintenant, puis par le haut de la ligne de JR jusqu'à Iidabashi, chez Avon House, pour essayer — parfait — le costume (commandé il y a trois semaines) que je mettrai tout à l'heure.

Pendant que Koizumi s'arsouillait le vice avec les Bush, nous allons avec tout le sérieux du monde à l'Institut franco-japonais pour le film de François Christophe, Thierry, portrait d'un absent (1993), suivi d'une table-ronde qu'anime à la perfection Chikako Mori, jusqu'à 20 heures. Souhaitant reposer nos méninges, nous dînons tranquillement à deux au Saint-Martin (salade niçoise pour T., choucroute maison pour moi).
En y réfléchissant, la programmation de ce film comme la présence de son réalisateur (tout intéressants qu'ils soient) ne correspondaient pas tout à fait au thème proposé, comparer les situations des sans-logis en France et au Japon. Car le cas unique, lazaréen et nihiliste de Thierry ne rend compte en rien de l'ensemble du problème des sans en France.
Reconnaissant qu'il est un des seuls à avoir choisi la rue et à s'être entêté dans cette voie, Thierry ne peut représenter les milliers de démunis et d'accidentés de la vie qui, du fond de leur misère et de leur déprime, ne souhaitent qu'un toit et un travail. En revanche, les deux Japonais venus parler des homeless se montrent plus intéressants dans les questions, notamment sur les politiques insidieuses d'éradication des hommes-boîtes dans la préfecture de Tokyo (mais personne ne parlera d'Abe Kôbô, dont le roman eut peut-être été un des seuls pendants au film Thierry...).

Entretien avec Jean Échenoz déclassifié par la Femelle du Requin.

Billet écrit pendant le match France-Brésil... et propulsé après la victoire.