Avec une nuit à moitié bouffée par le ballon rond et un petit déjeuner pris forcément tard, la matinée passe en trombe. J'ai bien fait de renoncer au ping-pong, on verra la semaine prochaine. Je lis les titres (les titres seulement) des dizaines d'articles sur la victoire de l'équipe de France, la télévision japonaise fait des best of de buts (faut dire qu'ils n'ont plus que ça à faire, après le fiasco de l'équipe japonaise et la démission discrète de Zico) — pour autant, je ne me sens pas dans la liesse, ce n'est qu'un jeu et je sais bien qu'on le détourne pour nous occuper pendant qu'Israël..., pendant que Monsanto..., pendant que Sarkozy... La seule nouvelle qui me fait sourire, ce soir, c'est le départ forcé de Forgeard de la tête d'EADS. Comment peut-on dire qu'on dirige avec compétence un groupe et affirmer qu'on ne savait pas les retards ni que le titre allait chuter ? (Mais que cependant, par hasard, on en a vendu des paquets...) Une telle arrogance dans l'hypocrisie ne devrait pas être acceptable. Parfois, je ressens le désir de la pique surmontée d'une tête, promenée dégoulinante dans les rues... Je me contiens. Je me soigne avec des comprimés de démocratie et des gouttes d'aquoibonisme.

À 13h, je vais écouter la conférence de Miguel Benasayag. Il nous explique comment le mouvement des sans terres est apparu et quelques autres sans quelque chose... mais surtout, il développe une critique des pouvoirs politiques comme étant naturellement dogmatiques, voire dictatoriaux, même dans la douceur démocratique, en tout cas toujours producteurs d'un modèle auquel tout le monde est sommé de se soumettre et duquel les exclus sont structurellement (et donc irrémédiablement) de plus en plus nombreux. Au point qu'il n'est plus possible de croire pouvoir traiter le système aux marges, de s'en accomoder moyennant quelques contributions à ceux qui sont dans le besoin ou l'exclusion. Non, il faut repenser des fonctionnements collectifs de base de ceux-là même qui sont écartés du système majoritaire. C'est de là que sont apparus les Forum sociaux comme Porto Alegre (dont il était question jeudi via les Poupées russes — comme quoi, hein...), avec une volonté de ne pas prendre le pouvoir — même si aujourd'hui ce groupement constitué d'exclus a produit à son tour des exclus...
Je suis encore des tables rondes où sont présentés les homeless d'Osaka (par Nakagiri Kosuke), la lutte des étrangers sans visa de séjour au Japon (Tsugawa Tsutomu), puis la création et le travail de Médecins du monde (Graciela Robert), enfin l'histoire et les actions de Droit au logement (Benoîte Bureau).

Ça redonde. Ça commence même à s'écouter. Et puis je fatigue. Et puis il ne pleut plus. Je sors manger un petit gâteau, histoire de voir si j'ai envie de retourner dans l'arène. Mais non, il vaut mieux que je rentre car j'ai encore des pages et des pages à corriger pour mes étudiantes. Et puis le beau ciel, des nuages qui me tendent leurs moutons. J'en photographie quelques-uns avant de rejoindre T. qui a bien avancé ses sujets d'examens...

Nuitamment, au frais, longue promenade à pied par Kagurazaka, Edogawabashi, Gokokuji, Myogadani et retour. Plus de 8500 pas au compteur de T. qui découvre ainsi petit à petit sa ville (que je connais déjà — on a eu des vies très différentes).