Je n'ai pas, mais alors pas du tout la même interprétation du geste de Zidane que les médias canons (j'ai lu Le Monde et écouté France Inter, deux lieux hautement doxiques, qui disent que c'est pas bien du tout, que c'est inacceptable, etc.). Mystère Zidane, titre Libération...
Pour moi qui ai vu ce match comme le triomphe du mauvais jeu, des maillots tirés, des petites fautes de pied exécutées les bras déjà en l'air, tous derviches menteurs, l'apothéose de ce que des journalistes blasés appellent le jeu viriljeu vilain, dit T. au petit déjeuner, à raison, quand les médias japonais s'interrogent aussi.
Replongeons-y. Zidane finit son dernier mach. Le score lui importe évidemment. Il enrage : il vient de propulser une tête extraordinaire, détournée à quelques millimètres de la victoire par Gianluigi Buffon, beau comme un Caravage — l'aviez-vous remarqué ? Et le sale jeu qui continue. Jusqu'au moment où toute cette violence prend le dessus, celle des gestes et celle des mots. Et un mot suffit, ou un geste de l'adversaire harceleur. Qui dépasse les autres, qui fait passer au second plan l'importance du score, l'importance de la finale, l'importance et l'éthique du sport lui-même — qui n'est déjà plus que l'ombre de l'éthique tant tout le monde s'accomode de la permanence de la violence et des coups bas. Alors, en une seconde, Zidane conçoit de finir en beauté, dans les décors, en hors-jeu total, un OSNI (objet sportif non identifié), quelque chose qui marquera les esprits et les anthologies, un geste — que dis-je, un geste : un message clair en langage gestuel — qui dénoncera, au vu de tous et au dernier moment, au paroxysme de la convergence télé de centaines de millions de téléspectateurs, l'insupportable supporté jusque-là, l'éthique inversée, l'ignominie d'un anti-jeu systématisé qui les transforme tous en vingt-deux gladiateurs dans une mondiale arène romaine assoiffée de sang et de coups bas.
Enfin voilà, ma lecture du coup de bélier n'est ni sportive ni journalistique. Pas la peine de me répondre avec le réglement puisque c'est contre le réglement bafoué que Zidane choisit la sortie. Il y a de l'anthropologique, là-dedans.

Restons-y. Après le petit déjeuner, j'écoute Une vie une œuvre d'hier sur Michel Leiris en corrigeant sur Writely les textes maintenant bien développés de mes étudiantes de séminaire, sur Les Poupées russes — avec qui on va passer au traitement de texte personnel pour la rédaction finale des mémoires de fin de semestre, Writely n'étant pas adapté à cette finalisation.
Je m'amuse des effets d'annonce lévinassien et bennylévien chez Livres Hebdo et en profite pour rappeler que l'index des œuvres de Claude Simon est en ligne depuis... 9 ans ! Ça va être dur pour ceux qui croient innover... (Et on ne va pas refaire les pages : on leur garde leur côté vintage...)

Le gros typhon qu'on nous promettait et qui a bien arrosé Okinawa et Kyushu n'arrive pas jusqu'à nous. Je sors ma (bicyclette) Rover pour aller faire des courses, passer à la banque. Fait quand même lourd, même si j'aime mieux être ici que sur les Champs Élysées, question ambiance.

Première tentative avec Pandémonium, de Régine Detambel. Mais après les écritures extrêmes de Volodine et d'Angot, différentes l'une de l'autre à ceci près qu'elles sont d'une terrible exigence, celle de Detambel me paraît plus commune, travaillée, recherchée, certes, non sans formalisme, d'ailleurs, comme le soulignait avec malignité Fred Vargas dans une émission de télé où les deux auteurs étaient invitées, mais... — elle serait aux deux autres ce que l'artisan est à l'artiste : la bonne facture n'est pas aussi prenante que la signature unique. Mais je ne renonce pas. Il faut que j'accomode.

« Le mot [diversité] a la même ambiguïté que "multiculturalisme" : on prône la diversité, ce qui ne dérange évidemment personne, et dans le même mouvement on justifie que "l'accueil et l'ouverture", évoqués par Chirac devant Fadela Amara et des amies de "Ni Putes Ni Soumises", soient mis en œuvre diversement selon cette diversité — la "lutte contre toutes les formes de discrimination" étant le paravent rhétorique habituel. Prôner le multiculturalisme dans une société rongée par l'apartheid rampant, se féliciter de la diversité alors que l'uniformisation et l'inégalité progressent partout, telle est la ruse de la LQR.» (Éric Hazan, LQR, p. 49)