Les équations de l'amour
Par Berlol, mardi 25 juillet 2006 à 23:55 :: General :: #338 :: rss
La semaine dernière, avec Clotilde, on devisait de Pour Sganarelle
de Romain Gary. Avec
clin d'œil, je glissais comme ça dans la conversation qu'on était
tranquille de ce côté-là, ces temps-ci. Je voulais dire
dans la querelle Molière-Corneille. J'avais en tête non seulement
les médiatiques charges à étripe-chevaux de 2003-2004,
par exemple entre Dominique Labbé et Georges Forestier, dans la presse
ou à la radio, mais aussi les débats et les invectives au sein
de LITOR dont les
archives n'étaient pas encore ouvertes (dans les liens suivants, chercher
"moli", c'est le plus simple ; désolé
pour
l'aspect
brut,
si quelqu'un veut du texte propre, me demander), ou incidemment aux JADT de
Louvain,
et par suite Étienne Brunet chez
Texto ! (reprenant une intervention au séminaire
d'Hubert de Phalèse en avril 2004). (Là, attention tout de même,
si on veut bien faire pour recoller les morceaux, il faudra encore plus de
temps que ce dont dispose habituellement un universitaire au Japon...)Or, que m'éberlué-je tout à l'heure quand, sous la plume d'Éric Dussert (qui vient — je jure que c'est une coïncidence — de mettre un commentaire sur le JLR du 29 juin), je lis qu'un risque majeur de rallumer les feux va se présenter sous peu avec la publication des dossiers de Pierre Louÿs en octobre. Car bien avant les Labbé et leurs calculs à la louche, un maître du raffinement y avait consumé ses dernières années, avais-je lu il y a fort longtemps, quand je fréquentais assidument les fin-dixneuviémistes.
L'alamblogué se croyait-il un premier avril ? Semblerait bien que non, et qu'il soit plutôt bien informé. En tout cas après la scie du ballon rond et avant le duel entre Ségolène et Nicolas, vous reprendrez bien un peu de Molneille & Cornière ?
Nota Bene : le site du Centre de recherche sur l'histoire du théâtre que dirige Georges Forestier à la Sorbonne (et qui abritait une réfutation de Labbé) est en reconstruction...
Perso, ce dont je me réjouis, c'est surtout que l'on reparle
de Pierre
Louÿs...Voilà, mon heure est largement passée. Comme je n'ai pas de cours demain, je vais m'autoriser une petite rallonge pour évoquer le surcroît de plaisir de lecture de Clara Stern, ce matin, dans le shinkansen et dans le métro de Nagoya avant d'aller faire passer des examens à des étudiantes échancrées par le retour des chaleurs. Le point paroxystique dont je parlais je ne sais plus quand et à partir duquel je lis un livre beaucoup plus vite, non pour arriver à la fin et en quelque sorte m'en débarrasser, mais parce que tous ses mécanismes d'écriture me sont acquis ou m'ont dompté (ou pour pouvoir au plus tôt contempler par l'esprit la totalité du texte lu, l'effeuiller, me renfiler l'incipit, voire lutiner quelques pages centrales à la recherche d'un détail salé), ce point-là est venu très tôt pour ce livre et j'avale maintenant sans ciller les proustoïdes phrases articulées comme des équations de biochimie, qui sont peut-être — qui sait ? — les équations de l'amour...
« Saisissant alors tout le parti qu'il y avait à tirer de la situation, je cédai à leurs prières conjointes et, m'astreignant à maintenir sur mon visage l'expression pathétique que je venais de lui donner, déclarai avoir perdu tout espoir quant à la possibilité que cette femme, que je prénommai au débotté Véronica, s'offrît à moi. "Mais tu continues malgré tout à la fréquenter, non ? me demanda Clara. — Certes. La raison me commanderait pourtant de cesser toute relation avec elle, car son indifférence à mon égard m'est une souffrance, mais, vraiment, je ne peux m'y résoudre. Je ne saurais expliquer pourquoi. Peut-être y a-t-il enfoui en moi quelque désir de souffrir, ou plus exactement de m'amender par la souffrance en m'exposant à mon tour aux tourments que j'ai infligés à toutes ces femmes qui m'ont aimé et que j'ai ignorées pour la plupart, voire méprisées pour certaines, me contentant de les baiser, pour les abandonner aussitôt fait. — Cette femme serait ainsi, si je puis dire, le bras armé de son sexe, commenta Clara. [...]"» (Éric Laurrent, Clara Stern, p. 82)
La scène s'achève « lorsque son mari, laissant tomber avec fracas son poing sur la table, s'exclama dans un brusque transport euphorique, légèrement amorti par le morceau de pain avec lequel il venait de faire disparaître de la surface de son assiette d'ultimes traînées de sauce, et dont sa bouche était emplie : "Houmpf ! Putain, de l'ail ! Il y a aussi de l'ail !"» (Ibid., p. 83)
Commentaires
1. Le mardi 25 juillet 2006 à 18:34, par Bertrand :
Pfff, trop d'inconnues dans tes "équations de l'amour"...
Les calculs matriciels ne résoudront rien...
Va te falloir repasser par les intégrales !!!!
Sinon, aucune solution en vue !
2. Le jeudi 10 août 2006 à 02:55, par Michel Marzloff :
Merci de cet excellent article. Notre site corneille-moliere.org fourmille de données sur cette affaire en ayant le mérite de poser la question sans un dogmatisme beaucoup trop présent dès qu'il est question de Molière.
Michel Marzloff
3. Le jeudi 10 août 2006 à 03:05, par Berlol :
À mon tour de vous remercier de votre passage et du lien. Tout cela sera d'autant plus utile dans quelques semaines...
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