Mon sang sucé s'étalait sur les murs
Par Berlol, mercredi 26 juillet 2006 à 23:58 :: General :: #339 :: rss
« Nous sommes au diapason, nous aussi exsudons ! »,
chante le cœur infernal.
C'est par 35°C que nos étudiantes planchent. Prenant toute la mesure de l'allongement du semestre, nos clientes-reines diront peut-être ce soir à leurs parents ce qu'elles pensent des 13e et 14e semaines de cours...
En ce qui me concerne, deux surveillances, déjeuner de pâtes sauce tomate avec David (dont nous sortons indemnes de bougnettes, souriant des infortunes du couple voisin), puis deux réunions où nos impeccables cravates font effet — et de bonnes nouvelles pour l'avancement. Pierre blanche, discrète, pour moi-même.
Contrecoup, quand même, de l'énervement, une partie de la nuit. Ayant entendu gémir un moustique à mes oreilles (l'humidité les a multipliés), l'ensemble de mes pores s'est hérissé vers les deux heures du matin, empêchant le sommeil, produisant de permanentes et imaginaires démangeaisons accompagnées de vengeances où mon sang sucé s'étalait sur les murs par l'insecte explosé, jusqu'à me lever vers quatre heures, boire un coup, tourner en rond quelques minutes en mal d'aurore, titubant malgré l'aguet auditif — et m'endormir enfin plomb le reste de nuit.
Peut-on être plus maladroit que Renaud Donnedieu de Vabres ? C'est la question — qui n'est pas nouvelle mais — qui se pose quand enflent à vue d'œil les conséquences combinées de sa désapprobation de la décision de Bozonnet, de sa réception de P. Handke dans l'enceinte de son ministère et de la non-reconduction du contrat du directeur du Français, sans parler de son attitude en Avignon, et plus généralement dans le dossier des intermittents du spectacle, ou de sa gestion du dossier des droits numériques.
Rappelons à tout hasard (et ce sera lui ou moi) qu'un con se ridiculise sans s'en rendre compte par le fait même de se croire plus intelligent que les personnes auxquelles il s'en prend... Et quand il est ministre, cerné et comme autorisé par une connerie d'envergure beaucoup plus générale, cela peut devenir très grave. C'est un peu comme si, pendant les vacances, vous donniez à garder votre collection de bonsaïs centenaires à un bûcheron...
Bravo Florence !
« Florence Delay [...] "compte tenu des circonstances", annonce sèchement sa démission du comité de lecture de la Comédie-Française. Dans une lettre à Bozonnet, qu'il assure de "toute [sa] solidarité", Pierre Bergé, lui, déclare renoncer à soutenir la production de Phèdre par Bob Wilson, prévue pour 2007-2008, estimant que la non-reconduction de Bozonnet vaut "implicitement un soutien à Peter Handke".
Marcel Bozonnet, de son côté, a écrit au président de la République pour, tout en déclarant "accepter la décision qui [le] concerne", demander à Chirac de "surseoir" à la nomination de Muriel Mayette au profit d'une "solution transitoire", qui verrait la doyenne de la troupe (Catherine Samie) faire l'intérim, permettant d'écarter "le spectre des tentations claniques, qui ont fait tant de mal dans le passé à la seule troupe permanente de France". Denis Podalydès devait également adresser une lettre au ministre, sans doute cosignée par d'autres sociétaires.» (extrait d'un article de René Solis dans Libération ce jour)
Enfin, pour mémoire, puisque j'irai, dès le pied posé à Paname, cet article du Monde d'hier...
Michel Butor, un voyage d'écriture et d'amitiés, par René de Ceccatty
« Deux ans après la bibliothèque municipale Louis-Nucéra de Nice, à laquelle Michel Butor avait légué son fonds (manuscrits et plus de mille volumes publiés), c'est au tour de la Bibliothèque nationale de France de rendre hommage à l'auteur de La Modification, qui a confié à la conservatrice Marie-Odile Germain sa correspondance. Un don inattendu mais qui, étant donné la personnalité du donataire et l'identité de ses correspondants, présente un intérêt documentaire unique.
Né en 1926, Michel Butor est un octogénaire à l'apparence bonhomme, entre Verdi, Hugo et Bachelard, l'aura-t-on assez dit. On ne s'attend donc pas à une célébration poussiéreuse. Le caractère protéiforme de l'oeuvre, dominée par le pôle du Nouveau Roman (période de fiction relativement brève, puisqu'elle s'achève vers le milieu des années 1960) et par celui des Répertoires, monumentale oeuvre critique, suivie de la série des Improvisations, invite plus à la rêverie contemplative qu'à la recherche pointilleuse. Et pourtant... Romancier, professeur d'université (que seule la Suisse a fini par reconnaître), poète ou ami des artistes ?
Organisée astucieusement selon des zones géographiques (Paris, l'Egypte, l'Allemagne, l'Angleterre, Venise, Rome, l'Amérique, le Japon, etc.), qui correspondent à des dominantes artistiques (le roman, l'analyse des lieux, la photographie...) et à de grandes amitiés successives ou parallèles, cette exposition donne du créateur une image parfois difficile à cerner. Librettiste d'opéra (avec Henri Pousseur), auteur de jeux, musicologue, historien d'art, photographe, ethnographe, Michel Butor a répondu à sa façon, à ses façons, à l'appel des langages du monde. Non pas des langues et des cultures, malgré son insatiable curiosité (exceptionnelle chez les créateurs de son envergure, le plus souvent habitués à une seule musique répétée), mais des secrets du monde. Ces secrets, il les a décryptés dans son entreprise du Génie du lieu, suite de textes régulièrement parus en alternance avec ses premiers romans, puis avec ses essais critiques et ses poèmes, mais aussi dans d'innombrables tentatives de révolution des formes.
UNE GÉOPOÉTIQUE
Il était essentiel, devant un tel phénomène, de comprendre et de faire comprendre comment la création se nourrissait à la fois de voyages et d'amitiés. La carrière d'enseignant a été le premier moteur de ces déplacements : au hasard d'affectations, fortuites ou choisies, Michel Butor a approfondi sa connaissance de la "géopoétique" du monde, pour reprendre l'expression de Daniel Maximin. Et il est passionnant de voir que l'un des fondateurs de l'école du regard a été aussi peu parisien et aussi peu français, sans pourtant jamais renoncer à une qualité d'écriture ludique typiquement française et en gardant les yeux rivés vers des fondateurs de son univers culturel (de Flaubert à Jules Verne, certes tous les deux voyageurs littéraires, en passant par Baudelaire et Rimbaud).
Outre des éditions originales rares et souvent divertissantes (dans le cas des oeuvres poétiques de très faible tirage et de présentations inventives) et des tableaux, tirages photographiques ou sculptures d'artistes amis (Alechinsky, Maxime Godard, Jacques Monory), les vitrines, installées dans l'élégant coquillage qui tourne autour d'une sorte de représentation sculpturale du Gyroscope (dernier de la série du Génie du lieu), proposent des lettres personnelles envoyées à l'écrivain : les siennes ne figurent que dans le cas où la BNF les possède dans d'autres fonds.
Nathalie Sarraute accueille Degrés (Gallimard, 1960) comme une publication radicalement nouvelle : "Cela ne ressemblait à rien de déjà vu ou seulement entrevu ou pressenti." Mobile (Gallimard, 1962) déconcerte la critique qui ne prévoyait pas cet avatar du Nouveau Roman. Barthes, bientôt suivi de Pierre Boulez et de Claude Simon, vient à son secours : "La littérature consiste à lutter avec le langage et il est toujours juste de porter cette lutte à ses extrêmes." Où (Gallimard, 1971), ignoré par la critique à sa sortie, est célébré par le jeune Le Clézio : "A lire continuellement, tout le temps sans repos, pour fuir le monde et retrouver la beauté de la terre, sa multiplicité, son inexplorabilité." Tous ces dialogues avec le présent et le passé permettent de recomposer notre vision de l'histoire littéraire, comme un kaléidoscope, au désordre fragmentaire seulement apparent.
"Michel Butor, l'écriture nomade", jusqu'au 27 août. Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, quai François-Mauriac, Paris-13e. Mo Bibliothèque-François-Mitterrand. Du mardi au samedi, de 10 heures à 19 heures, le dimanche de 13 heures à 19 heures. Fermeture lundi et jour fériés. Entrée libre. Catalogue, sous la direction de Marie-Odile Germain et Marie Minssieux-Chamonard. 150 p., 120 illustrations, 39 €.»
C'est par 35°C que nos étudiantes planchent. Prenant toute la mesure de l'allongement du semestre, nos clientes-reines diront peut-être ce soir à leurs parents ce qu'elles pensent des 13e et 14e semaines de cours...
En ce qui me concerne, deux surveillances, déjeuner de pâtes sauce tomate avec David (dont nous sortons indemnes de bougnettes, souriant des infortunes du couple voisin), puis deux réunions où nos impeccables cravates font effet — et de bonnes nouvelles pour l'avancement. Pierre blanche, discrète, pour moi-même.
Contrecoup, quand même, de l'énervement, une partie de la nuit. Ayant entendu gémir un moustique à mes oreilles (l'humidité les a multipliés), l'ensemble de mes pores s'est hérissé vers les deux heures du matin, empêchant le sommeil, produisant de permanentes et imaginaires démangeaisons accompagnées de vengeances où mon sang sucé s'étalait sur les murs par l'insecte explosé, jusqu'à me lever vers quatre heures, boire un coup, tourner en rond quelques minutes en mal d'aurore, titubant malgré l'aguet auditif — et m'endormir enfin plomb le reste de nuit.
Peut-on être plus maladroit que Renaud Donnedieu de Vabres ? C'est la question — qui n'est pas nouvelle mais — qui se pose quand enflent à vue d'œil les conséquences combinées de sa désapprobation de la décision de Bozonnet, de sa réception de P. Handke dans l'enceinte de son ministère et de la non-reconduction du contrat du directeur du Français, sans parler de son attitude en Avignon, et plus généralement dans le dossier des intermittents du spectacle, ou de sa gestion du dossier des droits numériques.
Rappelons à tout hasard (et ce sera lui ou moi) qu'un con se ridiculise sans s'en rendre compte par le fait même de se croire plus intelligent que les personnes auxquelles il s'en prend... Et quand il est ministre, cerné et comme autorisé par une connerie d'envergure beaucoup plus générale, cela peut devenir très grave. C'est un peu comme si, pendant les vacances, vous donniez à garder votre collection de bonsaïs centenaires à un bûcheron...
Bravo Florence !
« Florence Delay [...] "compte tenu des circonstances", annonce sèchement sa démission du comité de lecture de la Comédie-Française. Dans une lettre à Bozonnet, qu'il assure de "toute [sa] solidarité", Pierre Bergé, lui, déclare renoncer à soutenir la production de Phèdre par Bob Wilson, prévue pour 2007-2008, estimant que la non-reconduction de Bozonnet vaut "implicitement un soutien à Peter Handke".
Marcel Bozonnet, de son côté, a écrit au président de la République pour, tout en déclarant "accepter la décision qui [le] concerne", demander à Chirac de "surseoir" à la nomination de Muriel Mayette au profit d'une "solution transitoire", qui verrait la doyenne de la troupe (Catherine Samie) faire l'intérim, permettant d'écarter "le spectre des tentations claniques, qui ont fait tant de mal dans le passé à la seule troupe permanente de France". Denis Podalydès devait également adresser une lettre au ministre, sans doute cosignée par d'autres sociétaires.» (extrait d'un article de René Solis dans Libération ce jour)
Enfin, pour mémoire, puisque j'irai, dès le pied posé à Paname, cet article du Monde d'hier...
Michel Butor, un voyage d'écriture et d'amitiés, par René de Ceccatty
« Deux ans après la bibliothèque municipale Louis-Nucéra de Nice, à laquelle Michel Butor avait légué son fonds (manuscrits et plus de mille volumes publiés), c'est au tour de la Bibliothèque nationale de France de rendre hommage à l'auteur de La Modification, qui a confié à la conservatrice Marie-Odile Germain sa correspondance. Un don inattendu mais qui, étant donné la personnalité du donataire et l'identité de ses correspondants, présente un intérêt documentaire unique.
Né en 1926, Michel Butor est un octogénaire à l'apparence bonhomme, entre Verdi, Hugo et Bachelard, l'aura-t-on assez dit. On ne s'attend donc pas à une célébration poussiéreuse. Le caractère protéiforme de l'oeuvre, dominée par le pôle du Nouveau Roman (période de fiction relativement brève, puisqu'elle s'achève vers le milieu des années 1960) et par celui des Répertoires, monumentale oeuvre critique, suivie de la série des Improvisations, invite plus à la rêverie contemplative qu'à la recherche pointilleuse. Et pourtant... Romancier, professeur d'université (que seule la Suisse a fini par reconnaître), poète ou ami des artistes ?
Organisée astucieusement selon des zones géographiques (Paris, l'Egypte, l'Allemagne, l'Angleterre, Venise, Rome, l'Amérique, le Japon, etc.), qui correspondent à des dominantes artistiques (le roman, l'analyse des lieux, la photographie...) et à de grandes amitiés successives ou parallèles, cette exposition donne du créateur une image parfois difficile à cerner. Librettiste d'opéra (avec Henri Pousseur), auteur de jeux, musicologue, historien d'art, photographe, ethnographe, Michel Butor a répondu à sa façon, à ses façons, à l'appel des langages du monde. Non pas des langues et des cultures, malgré son insatiable curiosité (exceptionnelle chez les créateurs de son envergure, le plus souvent habitués à une seule musique répétée), mais des secrets du monde. Ces secrets, il les a décryptés dans son entreprise du Génie du lieu, suite de textes régulièrement parus en alternance avec ses premiers romans, puis avec ses essais critiques et ses poèmes, mais aussi dans d'innombrables tentatives de révolution des formes.
UNE GÉOPOÉTIQUE
Il était essentiel, devant un tel phénomène, de comprendre et de faire comprendre comment la création se nourrissait à la fois de voyages et d'amitiés. La carrière d'enseignant a été le premier moteur de ces déplacements : au hasard d'affectations, fortuites ou choisies, Michel Butor a approfondi sa connaissance de la "géopoétique" du monde, pour reprendre l'expression de Daniel Maximin. Et il est passionnant de voir que l'un des fondateurs de l'école du regard a été aussi peu parisien et aussi peu français, sans pourtant jamais renoncer à une qualité d'écriture ludique typiquement française et en gardant les yeux rivés vers des fondateurs de son univers culturel (de Flaubert à Jules Verne, certes tous les deux voyageurs littéraires, en passant par Baudelaire et Rimbaud).
Outre des éditions originales rares et souvent divertissantes (dans le cas des oeuvres poétiques de très faible tirage et de présentations inventives) et des tableaux, tirages photographiques ou sculptures d'artistes amis (Alechinsky, Maxime Godard, Jacques Monory), les vitrines, installées dans l'élégant coquillage qui tourne autour d'une sorte de représentation sculpturale du Gyroscope (dernier de la série du Génie du lieu), proposent des lettres personnelles envoyées à l'écrivain : les siennes ne figurent que dans le cas où la BNF les possède dans d'autres fonds.
Nathalie Sarraute accueille Degrés (Gallimard, 1960) comme une publication radicalement nouvelle : "Cela ne ressemblait à rien de déjà vu ou seulement entrevu ou pressenti." Mobile (Gallimard, 1962) déconcerte la critique qui ne prévoyait pas cet avatar du Nouveau Roman. Barthes, bientôt suivi de Pierre Boulez et de Claude Simon, vient à son secours : "La littérature consiste à lutter avec le langage et il est toujours juste de porter cette lutte à ses extrêmes." Où (Gallimard, 1971), ignoré par la critique à sa sortie, est célébré par le jeune Le Clézio : "A lire continuellement, tout le temps sans repos, pour fuir le monde et retrouver la beauté de la terre, sa multiplicité, son inexplorabilité." Tous ces dialogues avec le présent et le passé permettent de recomposer notre vision de l'histoire littéraire, comme un kaléidoscope, au désordre fragmentaire seulement apparent.
"Michel Butor, l'écriture nomade", jusqu'au 27 août. Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, quai François-Mauriac, Paris-13e. Mo Bibliothèque-François-Mitterrand. Du mardi au samedi, de 10 heures à 19 heures, le dimanche de 13 heures à 19 heures. Fermeture lundi et jour fériés. Entrée libre. Catalogue, sous la direction de Marie-Odile Germain et Marie Minssieux-Chamonard. 150 p., 120 illustrations, 39 €.»
Commentaires
1. Le mercredi 26 juillet 2006 à 13:49, par k :
pour se que vous savez c'était, à ne rien en dire,
et je reste en suspen...........
2. Le jeudi 27 juillet 2006 à 00:37, par le moustique :
zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
Non, pas sur la tête !
3. Le jeudi 27 juillet 2006 à 01:48, par Berlol :
Sale bête ! Tiens ! Prends ça !...
4. Le jeudi 27 juillet 2006 à 04:38, par le moustique :
Mon sang sucé s'étalait sur les murs
Hummmmmm ! Miam, miam !
5. Le jeudi 27 juillet 2006 à 08:34, par dan :
Une nuit, une chauve-souris rejoint ses potesses pendues au fond d'une grotte, la bouille couverte de sang.
- Ouah ! Du sang ! Du sang ! Tu l'as trouvé où, dis ? tu l'as trouvé où ?
- Eh ben, suivez-moi.
Envol massif.
A l'approche d'une clairière :
- Vous voyez le gros arbre, droit devant ?
- Ouais ! Ouais ! Ouais !
- Eh ben moi, je l'ai pas vu...
6. Le jeudi 27 juillet 2006 à 09:21, par Berlol :
Excellent, Dan ! Pauv' tit' chose, la chauve-souris...
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