C'est l'été. On a envie de prendre son temps, de réfléchir, à soi, à tout. Essayons de nous concentrer sur le XXe siècle, par exemple, avec cette conférence de Peter Sloterdijk (conférence inaugurale de sa chaire Emmanuel-Levinas à l'Académie européenne de Strasbourg, 4 mars 2005 — académie, au passage, qui ne sait pas ce que c'est que la diffusion sonore...). J'avais cité son nom dans un récent commentaire puis me suis souvenu que je n'avais rien lu de lui depuis plusieurs années... Il a un site web, plutôt mal fait, mais tant pis.

Par des lignes de fuite, on redécouvre des propos de Roland Barthes sur le journal intime. Qui résonnent caducs dans ce monde très changé par l'existence des réseaux électroniques — c'est mon opinion et je la partage... par la pratique.

36 ou 37°C et encore trois examens à surveiller ou faire passer. Et de très beaux nuages. Entre deux séances, j'ai le temps d'aller au magasin Grand Back, à quelques rues de la fac, sous le cagnard. C'est simple, dans ce magasin, je ne peux acheter que des chaussettes. Tout le reste commence à la taille LL et va jusqu'à 5L, puis sur mesure. Et ça tombe bien, parce que je ne viens que pour des chaussettes. D'ailleurs, ce n'est pas la première fois. Mais cette fois, c'est pour des chaussetes d'été, très basses ou très fines.
Durant la dernière surveillance, entre deux arpents d'amphithéâtre, un collègue allemand me propose d'aller dîner ce soir à Osu, dans une petite izakaya de sa connaissance. Nous avions déjà formé ce projet et l'envisagions pour la rentrée mais ce soir, bon, pourquoi pas...

Le restaurant s'appelle Bakauma. Doit-on traduire par mauvais cheval, cheval con ? Le patron n'a pas l'air d'être un mauvais cheval, ni un mauvais bougre, mais d'avoir une forte personnalité — et une corpulence à se vêtir chez Grand Back. La patronne quelque peu édentée fait aussi penser à quelque personnage de Miyazaki Hayao. Il doit y avoir dix-sept ou dix-huit places, essentiellement au comptoir. Ils font une bonne cuisine de choses simples, ça cause de tous les côtés et il y a beaucoup de bouteilles de clients réguliers, avec leur nom dessus. Entre un poisson grillé au sel et des onigiris à la prune, nous discutons tous les deux, dans un anglais que la bière fluidifie, de sujets très variés, la fac, bien sûr, mais aussi les trains, les traditions et les changements au Japon, l'équivalence entre les katakanas dans la langue et la marge d'intégration des étrangers, le film Good Bye, Lenin, la jeunesse d'Hitler et comment il devient ce que l'on sait, ce que l'on serait devenu s'il n'avait pas voulu surpasser Napoléon en allant jusqu'à Moscou, la difficulté d'un déménagement vers le nord-est selon les codes shintos, la construction du quartier d'Ueno, et j'en passe...

Il n'y a pas eu d'orage mais quand je suis arrivé à la maison, j'ai trouvé le courriel que je reproduis ci-dessous. Ce n'est jamais agréable de recevoir cela, je ne le souhaite à personne. Mais que faire ? J'ai d'abord pensé à répondre. Mais que répondre ? L'individu accumule les erreurs et il semble qu'il y croie sincèrement... On ne peut même pas le traiter de menteur. Je crains qu'une reprise point par point ne serve à rien. On voit qu'il recherche quand même ce qui pourrait blesser. Ce n'est donc pas quelqu'un que je pourrais convaincre.
La question intéressante, c'est pourquoi aujourd'hui ? S'il lit régulièrement le JLR (il en rappelle des épisodes), pourquoi est-ce aujourd'hui qu'il m'écrit ? Serait-ce un défenseur de RDDV ? Comment peut-on être rddvabrien ?...
Voilà, je vous laisse lire :

« Vous ne savez plus que faire pour créer du trafic sur votre blog. Les petites provocs ne fonctionnent plus bien. Vous avez fait le ménage parmi vos commentateurs, même si la Pool revient distiller ses conseils d'amie !
RDDV est con ? Peut-être. Et vous, non ? Je crains que d'après votre définition de la connerie vous ne soyez obbligé de lui donner la main ! Ce qui vous différencie c'est au niveu du ridicule. RDDV assume à peu près ce qu'il fait pendant que vous, d'une semaine sur l'autre, vous tournez votre veste dans le sens du vent "intellectuel". Un vrai faux-cul, décidément !
Allez, Rebollar, je veux pas le salir, votre petit blog à expressions ampoulées.»


Publiquement, je peux reprendre, c'est utile :
1. Pour créer du trafic, je crois que je devrais faire à peu près le contraire de ce que je fais, donc...
2. Je ne suis ni plus ni moins provocateur, c'est aléatoire.
3. Je n'ai fait aucun ménage récemment, des personnes ont décidé de partir, c'est différent.
4. MP fait ce qu'elle veut, elle le redira peut-être elle-même.
5. Que je sois con, et non pas RDDV, est une possibilité inscrite dans le paragraphe d'hier : « (et ce sera lui ou moi) », mais comme c'est l'un ou l'autre je n'aurai jamais à lui donner la main, dieu soit loué.
6. Je voudrais que l'on me cite des exemples de mes hebdomadaires retournements de veste ! ; j'ai plutôt l'impression d'être constant sur certains combats pas évidents au départ (contre Houellebecq, contre le CPE, pour Bozonnet, pour Angot, etc.) ; certes au référendum j'ai voté oui en pensant non très fort, je m'en expliquais par le nouin ; et sur Finkielkraut, ça varie tout le temps, sauf qu'il m'énerve.
7. « décidément » et « expressions ampoulées » font référence à un précédent courrier, sans doute de la même personne, du 2 septembre 2005, comme quoi, ça sert, le journal...

Dernière possibilité, que ce soit écrit en privé pour blesser mais aussi avec la certitude que ce sera publié. Auquel cas, là, je dis bravo, ça a bien réussi.