Et le
bonheur
d'aller me coucher
sans écrire,
le
retrouverai-je
un jour ?...

Le lendemain.
D'ailleurs il n'y avait pas tant de choses à dire.
J'avais peu lu, même dans le train où j'ai surtout dormi (je dormais déjà debout dans le métro, presque, comme piqué par ce fameux moustique somnifère).
Quand j'ai essayé de finir L'Os du doute, je ne comprenais rien. C'était moi qui étais dans la purée ou c'était la seconde moitié du livre qui ne tenait pas les promesses de la première. Va falloir que je tire ça au clair sous peu...

Le soir, avant le dîner, j'ai écouté et regardé ce qu'on appelle un mash-up, The Wizard Side of the Moon... En fait, j'ai plus écouté que regardé, parce que j'ai rapidement fait autre chose à l'écran puis pris part à la préparation du dîner avec T.
Ce Pink Floyd-là, c'était un de mes premiers disques, sinon le tout premier, alors forcément, ça fait remonter des sensations. Mais pas de souvenirs, ni de nostalgie. Juste un étonnement de sentir cela comme un classique (et T., qui ne connaît pas — parce que ce groupe n'était pas très connu au Japon dans les années 70 ?).

Dans la journée, il avait fait très chaud, et sec. J'avais surveillé un dernier examen puis déjeuné avec David, fasciné, pendant que son sandwich gouttait dans l'assiette, par une scène de l'autre côté de la rue, d'énormes engins détruisant de l'intérieur un vieux bâtiment de l'hôpital, me disant alors avoir vu en vidéo des démolitions explosives contrôlées, à Las Vegas, transformées en spectacle avec feu d'artifice, montrant ainsi la maîtrise atteinte dans cet art — dont nous ne sommes pas sûr qu'il n'ait pas été sciemment pratiqué un certain 11 septembre...
Le soir, après l'article de Banu à lire ci-dessous, je lis que le film d'Oliver Stone devrait être plutôt bien accueilli. Ça sent la commémoration et la fermeture de couvercle doxique, tout ça, la réussite du film étant en partie d'avance acquise par le fait que Stone a « pour une fois évité toute allusion politique ». Là, je me suis frotté les yeux, j'ai relu ça encore une fois et suis allé directement me coucher, de bonne heure.

L'affaire Bozonnet et le fait du prince
par Georges Banu ("Rebond" de Libération, le 28 juillet 2006)
« Marcel Bozonnet n'a pas été reconduit dans ses fonctions d'administrateur de la Comédie-Française. Le monde du théâtre l'a appris par un communiqué officiel qui, malgré l'importance de la décision, ne s'est accompagné d'aucune conférence de presse, de nulle explication publique. Et pour un ministre qui ne les craint pas, les affectionne même, ce silence fait sens comme s'il s'agissait d'entériner le plus vite possible, sans appel ni débat une décision autoritaire.

Le mutisme et les explications laconiques inaptes à camoufler « le fait du prince » ont surpris et étonné bon nombre de gens du théâtre. Qu'évite-t-on ? Et surtout qu'entend-on affirmer par la détermination de ce geste ? Sans doute une maîtrise mise à mal par la blessure toujours ouverte des intermittents que l'on entend restaurer grâce à des décisions appelées à la rappeler et réconforter. Oublions le gant de velours et montrons la main de fer !

Le ministre et les rares bribes rendues publiques s'emploient péniblement à nous faire croire que le décret de non-reconduction de l'administrateur du Français ne serait pas lié au « cas Handke » désormais devenu historique. Etant donné la scission produite par l'acte de Marcel Bozonnet, que moi et tant d'autres respectons, la ruse consiste à nous dire qu'il n'est pas sanctionné en raison de ce geste, que les motifs sont autres, dit le ministre qui a reçu Handke pour le consoler et sans doute se faire excuser. Bozonnet devait payer cette allégeance. Que l'on ne nous prenne pas pour plus naïfs que nous sommes : la décision est politique. Et pourtant, on s'emploie à camoufler son caractère qui ne trompe point.

La stratégie de déminage est tellement visible qu'elle s'annule. Réclamons-nous des quotas et du changement générationnel et face au « politiquement correct » personne ne pourra avancer des contre-arguments. Silence pour cause de mauvaise conscience ! Mais comment ne pas se révolter justement contre l'instrumentalisation flagrante de ces arguments si justes ? En procédant à de pareils usages, on les pervertit et galvaude. Il ne s'agit pas de les contester, mais de réfuter leur mode d'emploi.

L'inédit d'un autre argument surprend encore plus. Et inquiète l'observateur attentif du travail théâtral, statut que nous sommes nombreux à assumer. On apprend que dans l'arbitrage ministériel « le bilan » d'un responsable d'institution, de surcroît la Comédie-Française, n'entre pas en ligne de compte et que seul « le projet » fait foi. Et loi... Inquiétant refus du passé et mépris pour le travail effectué ! N'invite-t-on pas ainsi à une déresponsabilisation implicite ? Pourquoi renouveler une Maison comme le Français, l'ouvrir, la diversifier, la faire voyager à l'étranger ou en France ? (La mobilité que le ministre valorise inconsidérément aujourd'hui est coûteuse : l'on n'a pas trouvé les moyens pour présenter le Cid à Rouen lors des festivités Corneille.) Pourquoi donc bâtir une oeuvre d'administrateur lorsqu'on réclame à l'heure de la reconduction que les compteurs soient remis à zéro ? Parce que le mot «bilan» inquiète le Président, faut-il l'exclure de tout travail d'appréciation d'une candidature ? « Nous sommes la somme de nos actes », propos d'un philosophe responsable que le ministère en manque d'arguments n'entend plus faire sien. Il se présente comme le « ministère de l'Avenir » en oubliant que tout nouveau programme s'appuie sur l'alliance d'une oeuvre et d'une identité.

A travers ces cinq ans à la tête de la Comédie-Française, Marcel Bozonnet est parvenu à assurer leur conjugaison. C'est pourquoi la reconduction nous semblait légitime. On l'élimine à l'heure de l'achèvement d'un parcours ! Mais au-delà de sa personne, les arguments convoqués témoignent d'une stratégie et d'une vision qui risquent de déstabiliser tout appétit de construction. A moins que tout cela ne soit le rideau de fumée dressé à la va-vite pour répondre au fantôme vengeur d'un Handke blessé par un administrateur citoyen ? Comment se taire ? »