E-décasyllabique
Très faible murmure des agrégateurs
et auguste paix dans les commentaires
des fils RSS lovés dans un coin
de poussière où le wifi ne va pas
Beaux après-midis d'avant l'internet
Livres et nuages redevenus connexes
Des cigales stridulent dans tous les modems
Et juste U-tube comme un îlot de
bruit
*
À propos de fil RSS, le journal
L'Humanité
n'en a pas, on le sait. Qu'à cela ne tienne,
Jean
Véronis en a créé un ! (comme quoi, il y a
quand même des gens qui travaillent en août, d'ailleurs, il ne
fait
pas que ça, l'Aixois.)
Vu sur I-Télé.
Très affecté à Ramatuelle, le chef de l'État
a déclaré que trois pompiers étaient morts
« victimes »
de leur courage et de leur abnégation.
Ellipse ou hypallage ?
Une autre mine d'or (après
l'Alamblog,
par exemple) qui prend les apparences du blog sans en être un, c'est
l'Antiblog de
Christophe
Bourseiller... Bibliophile, écrivain, chercheur sur les extrémismes
politiques mais aussi acteur de cinéma, j'avais d'abord connu Christophe
Bourseiller
comme animateur d'une émission
radio consacrée
aux nouvelles musiques des années 80 (
new wave,
dark wave,
cold wave et autres
indus), sur la
Voix du lézard
(ancêtre de
Ouï FM).
J'ai appris cette adresse avant-hier par une brève de la liste
Mélusine,
après qu'il a
participé
à la
décade
surréalisante qui vient d'avoir lieu à Cerisy — façon
pour moi d'inscrire encore et encore ce nom d'un lieu admiré et dont
une année
n'a en rien effacé le souvenir.
Au creux du brûlant après-midi, avant une heure de
chasse aux nuages, j'ai rouvert le livre sur une autre région et d'autres
fantômes...
« On aimerait que ces deux-là en leur immense amour
visitent avec nous ces villages alentour à la tombée du jour,
Isadora [Duncan]
au volant et Sergueï assis près d'elle, la Grande Infante de
Castille m'enlaçant à l'arrière de la décapotable
rouge. Nous irions voir le soir le Yanar dag,
la montagne enflammée, les merveilles naturelles de l'Atechga où
les carbures d'hydrogène, jadis adorés par les Guèbres
de Zarathoustra, affleurent le sol, où il est possible de tracer une
lettre sur le sable pour la voir aussitôt parcourue de courtes flammes
bleues, un mot entier peut-être, un prénom, celui d'Isadora
scintillant de ce bleu vibrant comme un papillon de néon... [...]
ouvrir un carnet et sortir un stylo, lever son verre aux amours mortes, et
imaginer qu'ils ont été composés ici, ces deux vers
de La Confession d'un voyou
de Sergueï Essenine,
ainsi traduits par Armand Robin :
La lumière est bleue, d'un tel bleu !
Dans un tel bleu même mourir ne serait pas un mal.
» (Patrick
Deville,
La Tentation des armes à feu, p.56-57)
Nota Bene : Par mesure conservatoire et jusqu'à
éventuelle protestation des ayants droits, je garde ici copie de l'entretien
suivant.
====Début de citation====
Günter Grass : la tache sur mon passé
LE MONDE | 16.08.06 | 15h02
Dans votre autobiographie Beim Haüten der Zwiebel
(En épluchant les oignons), vous évoquez pour la première
fois et de manière tout à fait inattendue votre appartenance
aux Waffen SS. Pourquoi maintenant seulement ?
Cela me tourmentait. Mon silence durant toutes ces années est l'une
des raisons qui m'ont conduit à écrire ce livre. Il fallait
que ça sorte, enfin. A l'époque, voilà comment cela
s'est passé : je m'étais porté volontaire, pas
pour les Waffen SS, mais pour les sous-marins, ce qui était tout aussi
fou. Mais ils ne recrutaient plus. Les Waffen SS au contraire ont enrôlé
tout ce qu'ils ont pu durant ces mois de 1944-1945. Ça valait pour
les jeunes recrues, mais aussi pour des hommes plus âgés qui
venaient souvent de la Luftwaffe (armée de l'air). Plus le nombre
de terrains d'atterrissage praticables se réduisait, plus on enrôlait
de personnel au sol dans les unités de l'armée ou des Waffen
SS. Et c'était exactement la même chose dans la marine. Pour
moi — je m'en souviens très bien —, les Waffen SS n'avaient rien
de terrifiant, c'était une unité d'élite qui était
toujours envoyée là où ça chauffait et qui, comme
il était dit partout, essuyait les plus grosses pertes.
Est-ce que vous avez parlé avec vos camarades à cette
époque de ce que cela signifiait de faire partie des Waffe SS ?
Est-ce que c'était un sujet abordé entre les jeunes gens qui
se trouvaient réunis là ?
Dans l'unité, c'était comme je le décris dans le livre
: la mise au pas et rien d'autre. Une seule chose importait : comment
échapper à ça ? Je me suis moi-même inoculé
la jaunisse, mais ça ne m'a valu qu'un report de quelques semaines.
Après, ce dressage recommençait, et une formation insuffisante,
avec du matériel obsolète... En tout cas, il fallait l'écrire.
Vous n'étiez pas obligé de l'écrire. Personne
ne pouvait vous y contraindre.
C'est une contrainte que je me suis imposée à moi-même.
Pourquoi vous êtes-vous porté volontaire pour la Wehrmacht ?
Ce que je voulais en premier lieu, c'était sortir. Sortir de l'étau,
de la famille. Je voulais mettre une fin à ça, c'est pourquoi
je me suis porté volontaire. C'est une chose étrange, ça
aussi : je me suis proposé pour le service, à 15 ans à
peu près, et ensuite j'ai oublié avoir fait cette démarche.
Comme beaucoup de ceux de ma génération. On était au
service du travail obligatoire, et tout à coup, un an plus tard, l'ordre
de mobilisation était sur la table. Et c'est à Dresde seulement,
je crois, que j'ai réalisé qu'il s'agissait des Waffen SS.
Avez-vous éprouvé un sentiment de culpabilité
alors ?
A ce moment-là ? Non. C'est plus tard que j'ai ressenti ce sentiment
de culpabilité comme une honte. C'était pour moi toujours lié
à la question : est-ce que tu aurais pu reconnaître à
ce moment-là ce qui t'arrivait ? (...)
Vous êtes l'un des premiers de votre génération
à vous être exprimé sur cette aptitude à vous
laisser séduire, et vous avez toujours été très
ouvert dans votre rapport à l'histoire allemande. Ce qui vous a souvent
valu des critiques.
Oui, nous avons jusqu'à aujourd'hui tant de résistants que
l'on se demande comment Hitler a pu venir au pouvoir. Mais je veux revenir
une fois encore aux années 1950 pour vous expliquer ce qui m'a conduit
à écrire
Le Tambour. Ce qui s'était passé
en 1945 était considéré comme un effondrement et non
comme la capitulation inconditionnelle. Pour minimiser, on disait :
"C'était un période sombre en Allemagne". On faisait comme
si le pauvre peuple allemand avait été séduit par une
horde de noirs compagnons. Et ce n'était pas vrai.
Enfant, j'ai vu comment tout cela est advenu au grand jour. Dans l'enthousiasme
et les acclamations. La séduction y avait aussi sa place, bien sûr.
Les jeunes ont été très nombreux à s'enthousiasmer.
Et c'est sur cet enthousiasme et ses causes que je voulais travailler, en
écrivant
Le Tambour déjà, et maintenant, un
demi-siècle plus tard, dans ce nouveau livre. (...)
Se peut-il que, dans l'après-guerre, vous ayez tout simplement
manqué le bon moment pour aborder la question de votre appartenance
aux Waffen SS ?
Je ne sais pas. Il est certain que j'ai cru qu'en écrivant ce que
j'écrivais, j'en faisais assez. Je suis allé au bout de mon
apprentissage et j'en ai tiré les conséquences. Mais il restait
encore cette tache. Et j'étais conscient qu'elle devrait trouver sa
place le jour où je me déciderais à écrire quelque
chose d'autobiographique. Mais ce n'est pas le thème dominant du livre.
Avez-vous pu prendre en compte dans Le Tambour et dans
Le Chat et la souris le choc que cela a représenté
ultérieurement d'avoir appartenu à une organisation criminelle ?
(...) Lorsque, en 1990, j'ai rencontré l'homme brisé qu'était
devenu mon ancien camarade d'école, Wolfgang Heinrichs — je raconte
cette rencontre dans mon livre —, il m'est apparu clairement à
quel point l'endroit où l'on avait atterri à la fin de la guerre
relevait du hasard. Après ma captivité, libéré
à l'Ouest, je me retrouvais en liberté. Il fallait que je compose
moi-même avec toutes ces erreurs et tous ces détours, alors
que d'autres de ma génération, Christa Wolf par exemple, ou
Erich Loest, se retrouvaient à l'Est, aussitôt pourvus d'une
idéologie nouvelle et crédible. On vit arriver là-bas
des résistants qui avaient pris part à la guerre d'Espagne
et avaient souffert sous Hitler, et qui se posaient en exemples. Ils aidaient
à s'orienter.
Cela se passait là-bas comme dans une honorable famille ?
Rien de tel à l'Ouest. Nous avions Adenauer, affreux, avec tous les
mensonges, avec tout ce catholicisme rance. La société d'alors
se caractérisait par cet esprit petit-bourgeois étriqué.
(...)
A la différence de la RDA, nous avons discuté pendant des
décennies en République fédérale de ce "travail
sur le passé". Mais la formule était inadéquate. Et
puis il y avait ceux qui allaient dans l'autre sens, comme Franz Josef Strauss
par exemple, qui disait :
"Assez de cendres sur les têtes
!" ; et
"Ça suffit, maintenant !" Et de nouveau
retentissait l'appel à la normalisation, comme si la normalité
était quelque chose d'enviable. Moi, au contraire, face aux gens qui
se disent "normaux", je prends peur.
Le passé nous rattrapait toujours. Nous avons appris à vivre
avec et à faire face. Je considère cela comme un résultat
qui a sa valeur, même comparé à d'autres pays européens.
Si l'on regarde l'Angleterre et la France, sans parler de la Hollande et
de la Belgique, l'époque des puissances coloniales et des crimes qui
y sont liés est comme mise entre parenthèses. Il semble que
— ironie de l'histoire une fois encore — quelque chose comme une défaite
totale soit la condition d'un tel résultat. J'ai dit cela une fois
quelque part : vaincre rend idiot. Les vainqueurs pensent qu'ils n'ont
pas à se soucier des fautes du passé, mais les vainqueurs aussi
finissent par être rattrapés. Un jour ou l'autre, la jeune génération
pose des questions.
Et vous n'avez posé les questions qu'en 1946 ?
C'était le choc, mais il ne s'est pas produit tout de suite. Il a
fallu les témoignages de Baldur von Schirach au procès de Nuremberg
pour que je croie que les crimes avaient effectivement eu lieu. Les Allemands
ne font pas de choses pareilles, ai-je pensé, considérant tout
ça comme de la propagande, bête comme je l'étais.
Mais ensuite, c'est devenu incontestable. Et l'ampleur de ce crime semble
s'accroître encore à mesure que nous nous en éloignons
dans le temps. Cela devient même de plus en plus inconcevable. De la
même façon que le "travail sur le passé" est une expression
inadéquate, "comprendre" ne peut être qu'une approximation.
Il y a toujours eu des pogroms, en Pologne, en Russie, partout. Mais le crime
organisé par les Allemands, cette planification du crime, c'est quelque
chose d'unique.
Quand avez-vous commencé à vous intéresser
à la politique ?
Il m'a fallu beaucoup de temps (...). Comme beaucoup de ceux de ma génération,
je suis sorti de l'époque nazie dans une sorte d'abrutissement. Comment
expliquer que nous ayons cru jusqu'au bout à la victoire finale et
aux armes miracles ? C'est impossible à comprendre aujourd'hui.
Mes premières expériences politiques, je les ai faites un an
après la fin de la guerre, quand j'étais ouvrier.
Dans le livre, je décris l'impossible réconciliation entre
trois groupes différents de travailleurs qui se retrouvaient face
à face : des anciens nazis, des communistes et des sociaux-démocrates.
Dans les mines, on discutait beaucoup et on se disputait.
Et au bout du compte, les communistes et les nazis se retrouvaient souvent
ensemble contre les sociaux-démocrates. J'ai ainsi vécu et
pu comprendre par la suite ce qui a provoqué la chute de la République
de Weimar : c'était naturellement surtout les nazis, mais aussi
ce que les nazis et les communistes ont fait ensemble. C'était la
conséquence d'une décision du Komintern de Moscou décrétant
que les prétendus "fascistes socialistes" (
Sozialfaschisten),
c'est-à-dire les sociaux-démocrates, étaient l'ennemi
numéro un.
Est-ce à cette époque que vous êtes devenu social-démocrate ?
Au début, je me suis beaucoup plus intéressé à
l'art. Ma prise de conscience politique a plutôt eu lieu pendant mon
voyage en France. La dispute entre Camus et Sartre était parvenue
jusqu'à nous. On peut difficilement se représenter aujourd'hui
ce que cette controverse a signifié pour ma génération.
On était soudain obligé de prendre une décision si on
était un peu curieux, et si on voulait décider pour soi-même
: comment est-ce que je souhaite vivre ? Quelle est ma position ?
Et décider d'être du côté de Camus fut pour moi
une décision absolument essentielle. (...)
Où se situe-t-on par rapport à cela quand on a près
de 80 ans ?
Tout cela est très proche. Si je devais dire exactement quels voyages
j'ai faits en 1996, je serais obligé de consulter des carnets de notes.
Avec l'âge, la période de l'enfance devient plus claire. Le
moment juste pour écrire quelque chose d'autobiographique est manifestement
lié à l'âge.
Avez-vous aussi écrit le livre pour vos petits-enfants ?
Consciemment et inconsciemment, mes enfants et mes petits-enfants ont assurément
joué un rôle dans la rédaction de ce livre. J'ai souvent
réfléchi à la question de savoir comment raconter quelque
chose à une autre génération. Dans
Le Journal d'un
escargot, je devais leur expliquer pourquoi je m'engageais dans la campagne
électorale, pourquoi je trouvais choquant qu'un ancien grand nazi
comme Kurt Georg Kiesinger soit chancelier (de 1966 à 1969). A l'époque,
j'étais confronté à la difficulté d'expliquer
Auschwitz à mes enfants. (...)
A
viez-vous idée de la peur que suscitait à l'époque
l'uniforme nazi ?
C'est le caporal avec qui j'étais en route qui a été
le premier à me le faire remarquer après que notre unité
avait été anéantie. Notre division n'existait plus,
tout n'était plus que chaos et débâcle, et chacun tentait
de survivre. J'ai été aidé par cet homme, un merveilleux
spécimen de caporal allemand — qui ne voulait pas devenir sous-officier,
sur qui on pouvait compter, qui connaissait toutes les combines, et attachait
une grande importance à la camaraderie. Il a tenu à ce que
je change d'uniforme. Moi, je n'avais pas conscience du danger que cela représentait.
D'où mon incrédulité plus tard face aux images des camps
de concentration : des Allemands n'ont pas pu commettre cela, impossible !
C'est en captivité que nous avons été confrontés
pour la première fois à ces crimes, et nous avons vu en même
temps comment, dans les casernes américaines, les Blancs qui vivaient
dans des baraques séparées traitaient les Noirs de
"niggers".
Dans le livre, j'évoque un gars de Virginie, un brave type, un peu
bête, qui n'échangeait pas un mot avec le conducteur d'un camion,
qui était noir. Le Blanc se servait de moi avec mes bribes d'anglais
comme intermédiaire pour communiquer :
"Tell this guy we
are leaving now." C'est moi qui devais lui dire que nous partions, le
Blanc ne s'est jamais adressé directement au Noir. Je ne veux pas
dire que c'était un choc, mais tout à coup, j'étais
confronté au racisme. (...)
Günter Grass, écrivain allemand et Prix Nobel de littérature
1999.
Propos recueillis par Frank Schirrmacher et Hubert Spiegel, parus le 12
août 2006 dans le
Frankfurter Allgemeine Zeitung. Traduit
de l'allemand par Monique Rival.
—————————
Après l'aveu, la preuve
Plusieurs journaux allemands ont publié, mercredi 16 août,
un
document
signé par Günter Grass, alors prisonnier de guerre à Marienbad,
dans la Tchécoslovaquie de l'époque, dans lequel son appartenance
aux Waffen SS est mentionnée. Le document, daté du 24 avril
1946, indique qu'il avait eu le rang de soldat dans la division blindée
Fundsberg de la terrible unité nazie. Découvert dans le centre
de renseignement berlinois de la Wehrmacht, l'ex-armée allemande,
ce document laisse entendre que les Etats-Unis, voire d'autres, étaient
au courant de cette information.
Cette révélation, qui précède la publication
de son autobiographie, a causé une énorme surprise, tant en
Allemagne qu'à l'étranger. Günter Grass, âgé
de 78 ans, jouit d'une stature intellectuelle et morale pour avoir, en particulier,
dénoncé le silence du peuple allemand sur ses compromissions
avec le nazisme. Beaucoup s'étonnent qu'il ait pu garder le silence
aussi longtemps. Dans un entretien à la télévision publique
allemande diffusé mardi soir, l'auteur du
Tambour a dit sa
"honte" d'avoir été membre des Waffen SS.
====Fin de citation====