Des années avant de brûler les bouches
Par Berlol, mardi 1 août 2006 à 23:40 :: General :: #346 :: rss
Liban : on voit les cèdres céder,
et même décéder. (Merci JCB.)
Petite journée. Transition. Ankylose généralisée, au réveil, cumul du sport dimanche et du vélo hier. Mais ça passe. Je fixe les tuteurs près des pieds de tomate, quatre suffisent, petits bouts de ficelle et nœuds faciles à défaire. D'un petit tuteur fil de fer je fais un cercle dans lequel je passe le haut des quatre tuteurs et que je maintiens avec de la ficelle vers le bas à la rampe du balcon et vers le haut au crochet à linge. Tout peut bouger mais rien ne peut partir. Et cette odeur extraordinairement persistante des feuilles et des tiges poilues — que je ne déteste pas, je me demande même pourquoi elle n'est pas utilisée en parfumerie, en combinaison avec un agrume ou un musc, ça pourrait même être raffiné. Clémate, Tomousse ou Tomusc... Éviter Citrate.
Plus radical (ou dans la bouche d'une sud-américaine) : « Je me parfume à la feuille de tomate.» Économique, de surcroît.
Une fois n'est pas coutume, je déjeune avec T. au Saint-Martin un mardi, crépinette de porc, très réussie. Puis je vais digérer dans un shinkansen, y reprends le repiquage de MD en MP3 (c'est moins salissant que la terre) — j'en suis au feuilleton de Jean Delabroy sur Victor Hugo, « celui qui pense à autre chose », une quinzaine d'heures rediffusées pendant les trois premières nuits de 2001.
Au bureau, démarrage du boulot, préparation pour la journée continue de correction de copies demain...
La pudeur, leçon sur. C'est celle de Sereine Berlottier. Avec un poète qu'elle découvre.
Vous qui ouvrez des livres à tort et à travers. Qui lisez trois lignes ici et une douzaine là, pour les oublier dans la minute suivante et dire plus tard que vous connaissez. Faire votre intéressant(e). Vous êtes-vous demandé jamais si vous étiez digne d'ouvrir tel ou tel livre ? Vous direz qu'on est en république et ce sera l'aveu de votre vulgarité.
Je sais de quel poète elle parle, Ghérasim Luca, et je l'apprécie aussi, mais ce n'est pas la question. Ce qui fait de Nu précipité dans le vide un roman, ce n'est surtout pas son rapport biographique au poète à découvrir, mais bien le travail conjoint de la curiosité et de la pudeur d'une lectrice qui n'est point pressée sur les aspects d'une connaissance dans le cours de son acquisition. En parler (me) nécessitait une soirée calme.
« (Comme si c'était la seule chose que tu puisses savoir de lui, commençant. Savoir de lui qu'il marche, qu'il fait nuit, qu'il est seul. [...]
Alors est-ce bien pour attendre, l'attendre lui, une parole sur lui à donner, que tu ouvres ces parenthèses ? On dirait, oui, des draps que tu écartes, où tu te glisses, t'enveloppes, te caches, te réchauffes, ta voix, ta voix que tu réchauffes en retrait, que plus tard tu voudras supprimer peut-être, pour qu'il ne reste rien d'autre ici que la silhouette noire, et ce que d'elle tu auras su dire. [...]) » (Sereine Berlottier, Nu précipité dans le vide, Fayard, 2006, p.10)
« (La colère, ne sachant rien de lui tu penserais tout à coup à cela : la colère, une colère froide, déterminée. De ces colères qui vous tiennent en vie et parfois se dégorgent en éclats de rire. Toucher au but, avoir fait tant de détours pour en être là, ne calme rien, n'apaise rien, n'absout personne, ne coupe pas l'herbe sous la langue non plus. Mais la colère en lui est discrète. Quelques-uns ont su deviner, ont su en devinant protéger le corps fiévreux. C'est une colère qui ne transige sur rien, pour personne, mais qui ne se répand pas inutilement. Pour l'instant elle affleure doucement à la commissure des lèvres, comme le sel blanchit une terre, lentement, trace son chemin pendant des années avant de brûler les bouches.) » (Ibid., p. 21)
Petite journée. Transition. Ankylose généralisée, au réveil, cumul du sport dimanche et du vélo hier. Mais ça passe. Je fixe les tuteurs près des pieds de tomate, quatre suffisent, petits bouts de ficelle et nœuds faciles à défaire. D'un petit tuteur fil de fer je fais un cercle dans lequel je passe le haut des quatre tuteurs et que je maintiens avec de la ficelle vers le bas à la rampe du balcon et vers le haut au crochet à linge. Tout peut bouger mais rien ne peut partir. Et cette odeur extraordinairement persistante des feuilles et des tiges poilues — que je ne déteste pas, je me demande même pourquoi elle n'est pas utilisée en parfumerie, en combinaison avec un agrume ou un musc, ça pourrait même être raffiné. Clémate, Tomousse ou Tomusc... Éviter Citrate.
Plus radical (ou dans la bouche d'une sud-américaine) : « Je me parfume à la feuille de tomate.» Économique, de surcroît.
Une fois n'est pas coutume, je déjeune avec T. au Saint-Martin un mardi, crépinette de porc, très réussie. Puis je vais digérer dans un shinkansen, y reprends le repiquage de MD en MP3 (c'est moins salissant que la terre) — j'en suis au feuilleton de Jean Delabroy sur Victor Hugo, « celui qui pense à autre chose », une quinzaine d'heures rediffusées pendant les trois premières nuits de 2001.
Au bureau, démarrage du boulot, préparation pour la journée continue de correction de copies demain...
La pudeur, leçon sur. C'est celle de Sereine Berlottier. Avec un poète qu'elle découvre.
Vous qui ouvrez des livres à tort et à travers. Qui lisez trois lignes ici et une douzaine là, pour les oublier dans la minute suivante et dire plus tard que vous connaissez. Faire votre intéressant(e). Vous êtes-vous demandé jamais si vous étiez digne d'ouvrir tel ou tel livre ? Vous direz qu'on est en république et ce sera l'aveu de votre vulgarité.
Je sais de quel poète elle parle, Ghérasim Luca, et je l'apprécie aussi, mais ce n'est pas la question. Ce qui fait de Nu précipité dans le vide un roman, ce n'est surtout pas son rapport biographique au poète à découvrir, mais bien le travail conjoint de la curiosité et de la pudeur d'une lectrice qui n'est point pressée sur les aspects d'une connaissance dans le cours de son acquisition. En parler (me) nécessitait une soirée calme.
« (Comme si c'était la seule chose que tu puisses savoir de lui, commençant. Savoir de lui qu'il marche, qu'il fait nuit, qu'il est seul. [...]
Alors est-ce bien pour attendre, l'attendre lui, une parole sur lui à donner, que tu ouvres ces parenthèses ? On dirait, oui, des draps que tu écartes, où tu te glisses, t'enveloppes, te caches, te réchauffes, ta voix, ta voix que tu réchauffes en retrait, que plus tard tu voudras supprimer peut-être, pour qu'il ne reste rien d'autre ici que la silhouette noire, et ce que d'elle tu auras su dire. [...]) » (Sereine Berlottier, Nu précipité dans le vide, Fayard, 2006, p.10)
« (La colère, ne sachant rien de lui tu penserais tout à coup à cela : la colère, une colère froide, déterminée. De ces colères qui vous tiennent en vie et parfois se dégorgent en éclats de rire. Toucher au but, avoir fait tant de détours pour en être là, ne calme rien, n'apaise rien, n'absout personne, ne coupe pas l'herbe sous la langue non plus. Mais la colère en lui est discrète. Quelques-uns ont su deviner, ont su en devinant protéger le corps fiévreux. C'est une colère qui ne transige sur rien, pour personne, mais qui ne se répand pas inutilement. Pour l'instant elle affleure doucement à la commissure des lèvres, comme le sel blanchit une terre, lentement, trace son chemin pendant des années avant de brûler les bouches.) » (Ibid., p. 21)
Commentaires
1. Le mardi 1 août 2006 à 15:28, par k :
zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
le moustique est mort peut être
c'est pas bien de tuer une p'tit béte sans défence.
Les pages sont vide, mormale
elle doit bronzé sous
le soleil extactement
les mots de M......p............
manque pour combler le vide*vous trouvez pas
lol
2. Le mercredi 2 août 2006 à 02:27, par brigetoun :
ma gloutonerie se sent un peu touchée là. Est ce que pour profiter pleinement d'un texte de Ghérasim Luca le souvenir de sa voix inimitable aide ?
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