mercredi 2 août 2006
Des fois j'en fais, des fois je n'en fais pas
Par Berlol, mercredi 2 août 2006 à 23:37 :: General
Au moins cinq ans que je n'imprime plus, ou presque — moins de dix feuilles par
mois, je pense — alors que mes activités concernent essentiellement
l'écrit et la transmission du savoir... Et vous ?
Dans deux générations, nos comportements seront regardés comme des bizarreries (et pas qu'avec le papier).
Depuis deux ou trois ans, une des choses vraiment bien dans le programme d'été de France Culture, c'est la chronique de Pierre-Marc de Biasi. Cette année, le Lexique de l'actuel a repris du service, dans les cinq dernières minutes des Quartiers d'été. Et comme il n'y a pas de page indépendante pour ces minutes quotidiennement décapantes (et bien dans l'esprit du LQR d'Éric Hazan), j'ai compilé moi-même les chroniques de la semaine dernière. Vous verrez, ça arrache nettement plus que Langue sauce piquante...
Ça, ce sont des notules que je rédige au détour d'une lecture ou d'une idée dans le courant de la journée. Des fois j'en fais, des fois je n'en fais pas. Souvent j'arrive le soir sans biscuit quand c'est l'heure de me mettre à table. Ce soir, j'ai ça, et ça m'aide bien à démarrer parce qu'après les heures de correction de copies que je viens de passer, j'ai la pensée en compote. Faut dire qu'on est amené à lire tellement d'erreurs et d'incohérences à la minute que ça fait ravaler toutes les bonnes impressions accumulées sur les étudiants pendant trois mois. Et puis dans deux jours, j'aurai oublié, et à la rentrée je reprendrai le pédalage, le curetage et le pompage dans les classes comme aux premiers jours de ma naïveté pédagogique — et dans le respect des personnes.
Et rarement drôles, les erreurs. Mais une quand même, du fait qu'en première année la transitivité verbale n'est pas un concept clair. Associer des phrases pour faire cinq mini-dialogues. Sur une copie je trouve l'association suivante, savoureuse : « Vous désirez ? — Oui, merci beaucoup. Je veux bien.» (Quand la bonne association était : « Vous désirez ? — Un bouquet de fleurs, s'il vous plaît.»)
Ouf, à 19h45, je suis au centre de sport pour me défouler, lire un peu, me baquer. Et à 21 heures, j'entame une belle salade de tomates à l'ail (des tomates du supermarché, bien sûr), avant un steack haché et une énorme pêche. Qui me la redonne.
Ah, merci Caroline, le voilà, justement, le texte de Bernard Noël, chez Bellaciao. L'ayant reçu en privé, je me demandais où il était publié, pour y faire référence parce que c'est ce qui me paraît le mieux exprimé depuis des semaines, avec précision et distance. Juste en reprendre ceci, de la fin :
« [...] La bêtise politique est criminelle : on le voyait en Irak, en Afghanistan, on le voit hélas en Palestine et au Liban. Le plus accablant est que cette bêtise ne rencontre aucune opposition dans un Occident qui se déshonore en lui trouvant des motifs respectables. Les pays arabes ne font pas mieux mais ils ont l’excuse, grâce encore à l’Amérique, d’avoir des gouvernements qui sont étrangers aux aspirations de leurs peuples. Il n’est pas nouveau de traiter de terroristes des mouvements de résistance, mais les utilisateurs de cette rhétorique apparemment inusable devraient savoir qu’il est dangereux de précipiter la résistance dans le désespoir.
L’honneur n’a jamais été le fort des diplomates et des commerçants, mais il fut longtemps la règle du jeu des militaires. Quel honneur pourrait-il y avoir à bombarder une usine de lait, les pistes d’un aéroport civil ou les immeubles de l’autorité palestinienne ? Il est dommage que Tsahal et ses généraux n’aient jamais eu à méditer ce vers classique devenu proverbial : « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». L’honneur d’Israël ne tient plus qu’aux quelques «<refuzniks » qui refusent de massacrer des innocents, mais pour Tsahal, il est trop tard, cette armée d’élite n’est entraînée qu’à écraser plus faible qu’elle aussi doit-on la considérer désormais comme la plus lâche du monde.» (Bernard Noël)
Malgré ces préoccupations, il faut que je prépare mon sac pour un petit voyage avc T. sur l'île du sud, Kyushu, péninsule de Kunisaki. Samedi, on sera là.
Dans deux générations, nos comportements seront regardés comme des bizarreries (et pas qu'avec le papier).
Depuis deux ou trois ans, une des choses vraiment bien dans le programme d'été de France Culture, c'est la chronique de Pierre-Marc de Biasi. Cette année, le Lexique de l'actuel a repris du service, dans les cinq dernières minutes des Quartiers d'été. Et comme il n'y a pas de page indépendante pour ces minutes quotidiennement décapantes (et bien dans l'esprit du LQR d'Éric Hazan), j'ai compilé moi-même les chroniques de la semaine dernière. Vous verrez, ça arrache nettement plus que Langue sauce piquante...
Ça, ce sont des notules que je rédige au détour d'une lecture ou d'une idée dans le courant de la journée. Des fois j'en fais, des fois je n'en fais pas. Souvent j'arrive le soir sans biscuit quand c'est l'heure de me mettre à table. Ce soir, j'ai ça, et ça m'aide bien à démarrer parce qu'après les heures de correction de copies que je viens de passer, j'ai la pensée en compote. Faut dire qu'on est amené à lire tellement d'erreurs et d'incohérences à la minute que ça fait ravaler toutes les bonnes impressions accumulées sur les étudiants pendant trois mois. Et puis dans deux jours, j'aurai oublié, et à la rentrée je reprendrai le pédalage, le curetage et le pompage dans les classes comme aux premiers jours de ma naïveté pédagogique — et dans le respect des personnes.
Et rarement drôles, les erreurs. Mais une quand même, du fait qu'en première année la transitivité verbale n'est pas un concept clair. Associer des phrases pour faire cinq mini-dialogues. Sur une copie je trouve l'association suivante, savoureuse : « Vous désirez ? — Oui, merci beaucoup. Je veux bien.» (Quand la bonne association était : « Vous désirez ? — Un bouquet de fleurs, s'il vous plaît.»)
Ouf, à 19h45, je suis au centre de sport pour me défouler, lire un peu, me baquer. Et à 21 heures, j'entame une belle salade de tomates à l'ail (des tomates du supermarché, bien sûr), avant un steack haché et une énorme pêche. Qui me la redonne.
Ah, merci Caroline, le voilà, justement, le texte de Bernard Noël, chez Bellaciao. L'ayant reçu en privé, je me demandais où il était publié, pour y faire référence parce que c'est ce qui me paraît le mieux exprimé depuis des semaines, avec précision et distance. Juste en reprendre ceci, de la fin :
« [...] La bêtise politique est criminelle : on le voyait en Irak, en Afghanistan, on le voit hélas en Palestine et au Liban. Le plus accablant est que cette bêtise ne rencontre aucune opposition dans un Occident qui se déshonore en lui trouvant des motifs respectables. Les pays arabes ne font pas mieux mais ils ont l’excuse, grâce encore à l’Amérique, d’avoir des gouvernements qui sont étrangers aux aspirations de leurs peuples. Il n’est pas nouveau de traiter de terroristes des mouvements de résistance, mais les utilisateurs de cette rhétorique apparemment inusable devraient savoir qu’il est dangereux de précipiter la résistance dans le désespoir.
L’honneur n’a jamais été le fort des diplomates et des commerçants, mais il fut longtemps la règle du jeu des militaires. Quel honneur pourrait-il y avoir à bombarder une usine de lait, les pistes d’un aéroport civil ou les immeubles de l’autorité palestinienne ? Il est dommage que Tsahal et ses généraux n’aient jamais eu à méditer ce vers classique devenu proverbial : « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». L’honneur d’Israël ne tient plus qu’aux quelques «<refuzniks » qui refusent de massacrer des innocents, mais pour Tsahal, il est trop tard, cette armée d’élite n’est entraînée qu’à écraser plus faible qu’elle aussi doit-on la considérer désormais comme la plus lâche du monde.» (Bernard Noël)
Malgré ces préoccupations, il faut que je prépare mon sac pour un petit voyage avc T. sur l'île du sud, Kyushu, péninsule de Kunisaki. Samedi, on sera là.