Micro-secondes torves
Par Berlol, samedi 12 août 2006 à 23:58 :: General :: #357 :: rss
Hein ? Quoi ? Déjà le 12 ! Ça veut dire
que ça fait un an qu'on était
à la veille de commencer l'Internet Littéraire Francophone
de Cerisy !
J'y crois pas...
(C'est ce que je me disais quand, après un gros orage en milieu d'après-midi, j'entamai la préparation de ce qui est maintenant une belle ratatouille — déjà à moitié mangée.)
Pour ce qui est de l'aspect scientifique, ce n'est pas à moi d'en juger. On a déjà les communications audio, on aura bientôt le livre (cet hiver). Mais pour ce qui est de l'aspect humain, je voudrais dire ou redire combien cette semaine phalanstérienne m'a profondément contenté, régénéré, amusé, sans une ombre de stress autre que celui de savoir si le réseau fonctionnerait au moment où on en avait besoin (petit stress qui fait partie de l'entraînement des membres d'Hubert de Phalèse depuis la fondation de l'équipe). Avec le recul d'un an, et l'embellissement, forcément, j'aurais tendance à penser que c'est même la seule fois où je me suis senti bien avec plus de 20 personnes avec lesquelles je suis obligé de rester durant une semaine. À l'exclusion peut-être d'un ou deux stages de Shiga-Kogen, ces formations de jeunes enseignants de FLE japonais où j'ai assuré les cours d'informatique & FLE & littérature quatre années de suite, qui se déroulaient sur près de deux semaines dans un hôtel relativement isolé des Alpes japonaises — hôtel aujourd'hui détruit, avons-nous appris l'an dernier. Encore fallait-il, à Shiga-Kogen, supporter certaines des soirées de fête ou certaines cérémonies protocolaires, voire certains dîners quand les voisins de table étaient peu causants, alors que rien de tout cela, évidemment, à Cerisy, au milieu de passionnés tous litoriens...
(Tiens, Litor, ça devient quoi, ces jours-ci ? C'est mort ? En tout cas, c'est gravement les vacances...)
Et justement, autre chose, ça me titillait d'en parler, depuis plus d'un an, mais pas le temps et toujours hésitation, on touche un sujet sensible, hautement subjectif, remettons à plus tard. Et de plus tard en plus tard, une bonne année a passé, et Cerisy, justement, pour faire la preuve du contraire.
Comment choisir mes mots, tellement c'est subjectif, furtif, basé sur des micro-secondes torves dans des regards, des fréquences fantômes dans des inflexions de voix, et du silence, beaucoup de silence, par absence de conversation, de téléphone ou de courriel, ce qui n'est pas toujours pour me déplaire. Faudrait-il parler de mépris, de méfiance, de discrédit, de mise à l'index ? Ou est-ce un effet pervers de mon attente vague d'effets induits et qui ne s'induisent pas comme dans mes rêves ? Parce que moi conscient, je le jure, je ne souhaite rien induire...
Oui, pardon, je n'ai pas dit que quoi il s'agit, désolé, vous relirez quand vous saurez, comme ça vous saurez un peu ce qu'on appelle un conditionnement du lecteur...
Or, choisir les mauvais mots entraînerait tout de suite du malentendu et du ressentiment. Ce que je ne souhaite pas ajouter, bien sûr. C'est déjà assez compliqué comme ça.
En fait, la première expression qui m'est venue et qui m'a parue pertinente et qui, je crois bien, l'est encore, elle revient de loin et je n'ai pas dû l'entendre ni l'employer depuis une quinzaine d'années, c'était de me demander si je sentais le pâté ou quoi ?
C'est à cause du JLR, bien sûr, et de cette diffusion permanente, journalière, que personne de mon entourage ne peut ignorer et dont je me dois par honnêteté d'informer toute personne nouvelle en essayant de savoir à quel degré de connivence elle se trouve avec ça et jusqu'à quel point elle m'autorisera à parler d'elle dans la livraison du soir. Et puis si, il y a près de trois ans, les gens pensaient que c'était sans conséquence, que le blog n'était qu'une mode dont ils ne voyaient d'ailleurs pas vraiment la réalité ni évidemment la puissance, les choses ont bien évolué depuis et presque tout le monde sait ce que c'est et avec plus ou moins de pertinence ce qu'il faut en attendre ou en craindre.
Or j'ai comme l'impression que des gens m'évitent qui auparavant ne m'évitaient pas. Bien sûr cela peut ne rien avoir à voir avec le blog. Ils ont peut-être découvert que j'étais un imbécile, un fat, un faux-cul, comme dit l'autre, et en tirent des conséquences sans rien m'en dire, poliment. Ou bien mes travaux ne rendaient pas le son ronflant qu'il faudrait qu'ils rendent pour leur convenir (dans l'université, vous savez, il y a beaucoup de ça — alors que moi, justement, c'est du ronflant que je veux me débarrasser ; voir à stature avant-hier, par exemple). Ou alors je ne suis pas dans les bons réseaux (MAE, agrégés, anciens de telle école, etc.) et me fréquenter ne sert à rien. Là encore, je préviens que je ne suis pas en train de me plaindre, mais d'exposer de vagues sensations dont je ne sais pas moi-même si elles sont agréables ou désagréables, c'est hors de propos.
Donc cela peut aussi avoir directement à voir avec le blog. Je me souviens que JCB avait évoqué ce problème il y a quelques temps (ici peut-être, mais j'ai souvenir d'une autre fois...). Dans ce cas, ce serait une sorte de mépris pour celui qui s'est engagé là-d'dans (à prononcer avec dédain), au lieu de publier des choses sérieuses... Ou une méfiance de principe, une peur de se retrouver croqué en deux lignes, voire photographié, voire interpellé sur une chose mal dite mal faite, et un droit de réponse tellement compliqué à mettre en œuvre... Ou parfois quand il m'arrive d'évoquer le JLR à tel ou tel propos, ce que j'évite le plus souvent, une pointe d'exaspération que je sens chez certains...
C'est même plus grave car j'ai comme l'impression de vases communicants : tandis que des liens se nouent patiemment par le JLR et les blogs voisins sur la base d'affinités que je crois véritables (dont il faut redire malgré tout la fragilité : les départs récents de Bartlebooth et d'Arte m'ont peiné comme ils ont peiné K — alors que d'autres s'en trouvent soulagés, tant mieux pour eux...), bref tandis que ces liens se nouent, d'autres liens dits "réels" qui existaient pour certains depuis cinq ou dix ans en dehors de l'internet s'amenuisent, voire disparaissent sans qu'aucune raison ne soit perceptible, et donc pas nécessairement plus le blog qu'autre chose, le temps qui passe, la vie qui s'en va ailleurs...
Que personne ne se sente visé, ni obligé de se défendre ou de modifier son attitude, je ne parle que d'un phénomène dont je veux laisser la minute pour de futurs besoins de comprendre. D'ailleurs, la plupart des personnes concernées ne lisent pas ces pages.
(C'est ce que je me disais quand, après un gros orage en milieu d'après-midi, j'entamai la préparation de ce qui est maintenant une belle ratatouille — déjà à moitié mangée.)
Pour ce qui est de l'aspect scientifique, ce n'est pas à moi d'en juger. On a déjà les communications audio, on aura bientôt le livre (cet hiver). Mais pour ce qui est de l'aspect humain, je voudrais dire ou redire combien cette semaine phalanstérienne m'a profondément contenté, régénéré, amusé, sans une ombre de stress autre que celui de savoir si le réseau fonctionnerait au moment où on en avait besoin (petit stress qui fait partie de l'entraînement des membres d'Hubert de Phalèse depuis la fondation de l'équipe). Avec le recul d'un an, et l'embellissement, forcément, j'aurais tendance à penser que c'est même la seule fois où je me suis senti bien avec plus de 20 personnes avec lesquelles je suis obligé de rester durant une semaine. À l'exclusion peut-être d'un ou deux stages de Shiga-Kogen, ces formations de jeunes enseignants de FLE japonais où j'ai assuré les cours d'informatique & FLE & littérature quatre années de suite, qui se déroulaient sur près de deux semaines dans un hôtel relativement isolé des Alpes japonaises — hôtel aujourd'hui détruit, avons-nous appris l'an dernier. Encore fallait-il, à Shiga-Kogen, supporter certaines des soirées de fête ou certaines cérémonies protocolaires, voire certains dîners quand les voisins de table étaient peu causants, alors que rien de tout cela, évidemment, à Cerisy, au milieu de passionnés tous litoriens...
(Tiens, Litor, ça devient quoi, ces jours-ci ? C'est mort ? En tout cas, c'est gravement les vacances...)
Et justement, autre chose, ça me titillait d'en parler, depuis plus d'un an, mais pas le temps et toujours hésitation, on touche un sujet sensible, hautement subjectif, remettons à plus tard. Et de plus tard en plus tard, une bonne année a passé, et Cerisy, justement, pour faire la preuve du contraire.
Comment choisir mes mots, tellement c'est subjectif, furtif, basé sur des micro-secondes torves dans des regards, des fréquences fantômes dans des inflexions de voix, et du silence, beaucoup de silence, par absence de conversation, de téléphone ou de courriel, ce qui n'est pas toujours pour me déplaire. Faudrait-il parler de mépris, de méfiance, de discrédit, de mise à l'index ? Ou est-ce un effet pervers de mon attente vague d'effets induits et qui ne s'induisent pas comme dans mes rêves ? Parce que moi conscient, je le jure, je ne souhaite rien induire...
Oui, pardon, je n'ai pas dit que quoi il s'agit, désolé, vous relirez quand vous saurez, comme ça vous saurez un peu ce qu'on appelle un conditionnement du lecteur...
Or, choisir les mauvais mots entraînerait tout de suite du malentendu et du ressentiment. Ce que je ne souhaite pas ajouter, bien sûr. C'est déjà assez compliqué comme ça.
En fait, la première expression qui m'est venue et qui m'a parue pertinente et qui, je crois bien, l'est encore, elle revient de loin et je n'ai pas dû l'entendre ni l'employer depuis une quinzaine d'années, c'était de me demander si je sentais le pâté ou quoi ?
C'est à cause du JLR, bien sûr, et de cette diffusion permanente, journalière, que personne de mon entourage ne peut ignorer et dont je me dois par honnêteté d'informer toute personne nouvelle en essayant de savoir à quel degré de connivence elle se trouve avec ça et jusqu'à quel point elle m'autorisera à parler d'elle dans la livraison du soir. Et puis si, il y a près de trois ans, les gens pensaient que c'était sans conséquence, que le blog n'était qu'une mode dont ils ne voyaient d'ailleurs pas vraiment la réalité ni évidemment la puissance, les choses ont bien évolué depuis et presque tout le monde sait ce que c'est et avec plus ou moins de pertinence ce qu'il faut en attendre ou en craindre.
Or j'ai comme l'impression que des gens m'évitent qui auparavant ne m'évitaient pas. Bien sûr cela peut ne rien avoir à voir avec le blog. Ils ont peut-être découvert que j'étais un imbécile, un fat, un faux-cul, comme dit l'autre, et en tirent des conséquences sans rien m'en dire, poliment. Ou bien mes travaux ne rendaient pas le son ronflant qu'il faudrait qu'ils rendent pour leur convenir (dans l'université, vous savez, il y a beaucoup de ça — alors que moi, justement, c'est du ronflant que je veux me débarrasser ; voir à stature avant-hier, par exemple). Ou alors je ne suis pas dans les bons réseaux (MAE, agrégés, anciens de telle école, etc.) et me fréquenter ne sert à rien. Là encore, je préviens que je ne suis pas en train de me plaindre, mais d'exposer de vagues sensations dont je ne sais pas moi-même si elles sont agréables ou désagréables, c'est hors de propos.
Donc cela peut aussi avoir directement à voir avec le blog. Je me souviens que JCB avait évoqué ce problème il y a quelques temps (ici peut-être, mais j'ai souvenir d'une autre fois...). Dans ce cas, ce serait une sorte de mépris pour celui qui s'est engagé là-d'dans (à prononcer avec dédain), au lieu de publier des choses sérieuses... Ou une méfiance de principe, une peur de se retrouver croqué en deux lignes, voire photographié, voire interpellé sur une chose mal dite mal faite, et un droit de réponse tellement compliqué à mettre en œuvre... Ou parfois quand il m'arrive d'évoquer le JLR à tel ou tel propos, ce que j'évite le plus souvent, une pointe d'exaspération que je sens chez certains...
C'est même plus grave car j'ai comme l'impression de vases communicants : tandis que des liens se nouent patiemment par le JLR et les blogs voisins sur la base d'affinités que je crois véritables (dont il faut redire malgré tout la fragilité : les départs récents de Bartlebooth et d'Arte m'ont peiné comme ils ont peiné K — alors que d'autres s'en trouvent soulagés, tant mieux pour eux...), bref tandis que ces liens se nouent, d'autres liens dits "réels" qui existaient pour certains depuis cinq ou dix ans en dehors de l'internet s'amenuisent, voire disparaissent sans qu'aucune raison ne soit perceptible, et donc pas nécessairement plus le blog qu'autre chose, le temps qui passe, la vie qui s'en va ailleurs...
Que personne ne se sente visé, ni obligé de se défendre ou de modifier son attitude, je ne parle que d'un phénomène dont je veux laisser la minute pour de futurs besoins de comprendre. D'ailleurs, la plupart des personnes concernées ne lisent pas ces pages.
Commentaires
1. Le samedi 12 août 2006 à 15:04, par isa :
bien cher berlol et admirable homme des réseaux
le blog t'a stariseR
j'espère que tu nous invites à ton prochain stage
2. Le samedi 12 août 2006 à 16:52, par Mth Peyrin :
"Ou est-ce un effet pervers de mon attente vague d'effets induits et qui ne s'induisent pas comme dans mes rêves ? Parce que moi conscient, je le jure, je ne souhaite rien induire...".
Vous avez les réponses à vos questions Berlol. Mais vous n'allez pas encore au bout de votre interrogation sur les départs que vous déplorez. Et vous avez suffisamment fait savoir d'abord implicitement puis plus clairement que vous laissiez "le monde courir à sa perte".Le blog fait partie du monde, il en a toutes les qualités et tous les défauts. Votre seul tort à mes yeux est d'avoir cru , ou voulu croire que les affinités basées sur des connivences d'ordre privé ( ce que j'appelle votre garçonnière) pouvaient facilement se mélanger avec des contenus plus intellectuels avec un haut niveau de réflexion tel que vous le pratiquez dans vos lectures et dans vos textes personnels. Vos "copains" de blog ont très mal pris de ne pas pouvoir vous garder au chaud dans la connivence avec les effets escomptés de participation privilégiée à la cooptation des contributeurs ou contributrices si possible excitantes... Vous avez été trop loin dans la dérision ou la désinvolture( je ne dis pas le mépris car ce n'est pas ce qui vous caractérise) . Vous avez été rattrapé par vos ambivalences et vous n'avez pas pu faire autrement que de trancher brutalement dans les liens dont vous dites qu'ils vous tenaient à coeur. J'ai souvent discuté en off avec JCB de ce qui se passait ici et à chaque fois sa méthode m'est apparue la meilleure : différencier la vitrine, des coulisses . J'en ai tiré parti pour mon propre blog et je reste persuadée que le ou les trolls qui tentent encore de venir y poser leurs déjections viennent d'ici, parmi les plus virulents qui justement n'y viennent plus( ne veulent ou n'osent plus s'y risquer et vous en veulent de les avoir semoncés). Ceci est le dernier message que je poste sur votre site et j'espère vous retrouver ailleurs mais pas sur un blog ( si vous publiez quelque chose j'en parlerai) et en meilleure compagnie rapprochée. J'enlèverai sur mon site le lien correspondant qui ne renvoie pour moi (hormis le début) qu'à des expériences extrêmement désagréables dans lesquelles votre passivité a joué un rôle de caution bien regrettable. Néanmoins je vous remercie de m'avoir fait découvrir Cayrol et quelques autres.
3. Le samedi 12 août 2006 à 17:40, par Bikun :
Tout comme un promeneur en maillot de bain se trouverait choqué sur une plage de naturiste, se mettre à nu, ou presque, sur un blog, provoque forcément des réactions de gens outrés par ce "manque" de pudeur. Moi, personnellement je m'en fou, à poils ou en short avec une raquette à la main, le Berlol c'est le même
Il y a beaucoup d'intellectuels qui devrait arrêter de trop intellectualiser leur soupe et de redescendre sur terre, parmi le petit peuple.
D'ailleurs je parie qu'il y en a plein des gens soi-disant partis qui, en cachette, le lisent ton blog!
Enfin bon, qu'est-ce qu'on s'en fou, y'a d'autres malheurs sur terre bien plus graves pour s'apitoyer sur le départ de certain, l'attitude dédaigneuse d'autre.
4. Le samedi 12 août 2006 à 18:26, par Berlol :
"Promène-toi comme un jasmin au milieu de tous" (Giono).
5. Le samedi 12 août 2006 à 18:34, par le consul :
eh ben pas facile la vie.......
6. Le samedi 12 août 2006 à 18:45, par Berlol :
À l'heure des réseaux électroniques, je suis convaincu que la dichotomie vitrine-coulisse n'est plus pertinente (si elle l'a jamais été). Ni pour la compréhension des individus, ni pour la création. Je récuse cette simplification qui ne sert, au mieux, qu'à se protéger derrière des apparences et de fausses certitudes. J'assume mon hybridité et mes contradictions. D'ailleurs, ce n'était pas le sujet du billet...
7. Le dimanche 13 août 2006 à 01:29, par Mth Peyrin :
"Reprendre du poil de la bête une certitude bienfaisante" (Sourire hors-sujet)
8. Le dimanche 13 août 2006 à 01:57, par Berlol :
Merci Isa. Prochain stage ?... on y réfléchit... Mais... à quel titre t'inviter ?
Bikun, tu as raison. Mais tu sais, pour les autres malheurs sur la terre, je ne peux pas faire grand-chose... Alors que pour mon journal, ma foi, je suis aux commandes.
Vous reprendrez bien du poil de la bête ?...
9. Le dimanche 13 août 2006 à 06:25, par grapheus tis :
Décidément, Berlol, l'août vous entraîne aux songeries un brin tristounettes quant aux commentaires ou non.
Déjà, en août 2004...!
À quand un Cerisy II ? J'aurais peut-être l'audace du "grand Âge" !
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