Hein ? Quoi ? Déjà le 12 ! Ça veut dire que ça fait un an qu'on était à la veille de commencer l'Internet Littéraire Francophone de Cerisy ! J'y crois pas...
(C'est ce que je me disais quand, après un gros orage en milieu d'après-midi, j'entamai la préparation de ce qui est maintenant une belle ratatouille — déjà à moitié mangée.)

Pour ce qui est de l'aspect scientifique, ce n'est pas à moi d'en juger. On a déjà les communications audio, on aura bientôt le livre (cet hiver). Mais pour ce qui est de l'aspect humain, je voudrais dire ou redire combien cette semaine phalanstérienne m'a profondément contenté, régénéré, amusé, sans une ombre de stress autre que celui de savoir si le réseau fonctionnerait au moment où on en avait besoin (petit stress qui fait partie de l'entraînement des membres d'Hubert de Phalèse depuis la fondation de l'équipe). Avec le recul d'un an, et l'embellissement, forcément, j'aurais tendance à penser que c'est même la seule fois où je me suis senti bien avec plus de 20 personnes avec lesquelles je suis obligé de rester durant une semaine. À l'exclusion peut-être d'un ou deux stages de Shiga-Kogen, ces formations de jeunes enseignants de FLE japonais où j'ai assuré les cours d'informatique & FLE & littérature quatre années de suite, qui se déroulaient sur près de deux semaines dans un hôtel relativement isolé des Alpes japonaises — hôtel aujourd'hui détruit, avons-nous appris l'an dernier. Encore fallait-il, à Shiga-Kogen, supporter certaines des soirées de fête ou certaines cérémonies protocolaires, voire certains dîners quand les voisins de table étaient peu causants, alors que rien de tout cela, évidemment, à Cerisy, au milieu de passionnés tous litoriens...
(Tiens, Litor, ça devient quoi, ces jours-ci ? C'est mort ? En tout cas, c'est gravement les vacances...)

Et justement, autre chose, ça me titillait d'en parler, depuis plus d'un an, mais pas le temps et toujours hésitation, on touche un sujet sensible, hautement subjectif, remettons à plus tard. Et de plus tard en plus tard, une bonne année a passé, et Cerisy, justement, pour faire la preuve du contraire.
Comment choisir mes mots, tellement c'est subjectif, furtif, basé sur des micro-secondes torves dans des regards, des fréquences fantômes dans des inflexions de voix, et du silence, beaucoup de silence, par absence de conversation, de téléphone ou de courriel, ce qui n'est pas toujours pour me déplaire. Faudrait-il parler de mépris, de méfiance, de discrédit, de mise à l'index ? Ou est-ce un effet pervers de mon attente vague d'effets induits et qui ne s'induisent pas comme dans mes rêves ? Parce que moi conscient, je le jure, je ne souhaite rien induire...
Oui, pardon, je n'ai pas dit que quoi il s'agit, désolé, vous relirez quand vous saurez, comme ça vous saurez un peu ce qu'on appelle un conditionnement du lecteur...
Or, choisir les mauvais mots entraînerait tout de suite du malentendu et du ressentiment. Ce que je ne souhaite pas ajouter, bien sûr. C'est déjà assez compliqué comme ça.
En fait, la première expression qui m'est venue et qui m'a parue pertinente et qui, je crois bien, l'est encore, elle revient de loin et je n'ai pas dû l'entendre ni l'employer depuis une quinzaine d'années, c'était de me demander si je sentais le pâté ou quoi ?
C'est à cause du JLR, bien sûr, et de cette diffusion permanente, journalière, que personne de mon entourage ne peut ignorer et dont je me dois par honnêteté d'informer toute personne nouvelle en essayant de savoir à quel degré de connivence elle se trouve avec ça et jusqu'à quel point elle m'autorisera à parler d'elle dans la livraison du soir. Et puis si, il y a près de trois ans, les gens pensaient que c'était sans conséquence, que le blog n'était qu'une mode dont ils ne voyaient d'ailleurs pas vraiment la réalité ni évidemment la puissance, les choses ont bien évolué depuis et presque tout le monde sait ce que c'est et avec plus ou moins de pertinence ce qu'il faut en attendre ou en craindre.
Or j'ai comme l'impression que des gens m'évitent qui auparavant ne m'évitaient pas. Bien sûr cela peut ne rien avoir à voir avec le blog. Ils ont peut-être découvert que j'étais un imbécile, un fat, un faux-cul, comme dit l'autre, et en tirent des conséquences sans rien m'en dire, poliment. Ou bien mes travaux ne rendaient pas le son ronflant qu'il faudrait qu'ils rendent pour leur convenir (dans l'université, vous savez, il y a beaucoup de ça — alors que moi, justement, c'est du ronflant que je veux me débarrasser ; voir à stature avant-hier, par exemple). Ou alors je ne suis pas dans les bons réseaux (MAE, agrégés, anciens de telle école, etc.) et me fréquenter ne sert à rien. Là encore, je préviens que je ne suis pas en train de me plaindre, mais d'exposer de vagues sensations dont je ne sais pas moi-même si elles sont agréables ou désagréables, c'est hors de propos.
Donc cela peut aussi avoir directement à voir avec le blog. Je me souviens que JCB avait évoqué ce problème il y a quelques temps (ici peut-être, mais j'ai souvenir d'une autre fois...). Dans ce cas, ce serait une sorte de mépris pour celui qui s'est engagé là-d'dans (à prononcer avec dédain), au lieu de publier des choses sérieuses... Ou une méfiance de principe, une peur de se retrouver croqué en deux lignes, voire photographié, voire interpellé sur une chose mal dite mal faite, et un droit de réponse tellement compliqué à mettre en œuvre... Ou parfois quand il m'arrive d'évoquer le JLR à tel ou tel propos, ce que j'évite le plus souvent, une pointe d'exaspération que je sens chez certains...
C'est même plus grave car j'ai comme l'impression de vases communicants : tandis que des liens se nouent patiemment par le JLR et les blogs voisins sur la base d'affinités que je crois véritables (dont il faut redire malgré tout la fragilité : les départs récents de Bartlebooth et d'Arte m'ont peiné comme ils ont peiné K — alors que d'autres s'en trouvent soulagés, tant mieux pour eux...), bref tandis que ces liens se nouent, d'autres liens dits "réels" qui existaient pour certains depuis cinq ou dix ans en dehors de l'internet s'amenuisent, voire disparaissent sans qu'aucune raison ne soit perceptible, et donc pas nécessairement plus le blog qu'autre chose, le temps qui passe, la vie qui s'en va ailleurs...
Que personne ne se sente visé, ni obligé de se défendre ou de modifier son attitude, je ne parle que d'un phénomène dont je veux laisser la minute pour de futurs besoins de comprendre. D'ailleurs, la plupart des personnes concernées ne lisent pas ces pages.