dimanche 13 août 2006
Celles et ceux qui lisent les poètes à livre ouvert
Par Berlol, dimanche 13 août 2006 à 23:58 :: General
Jour avec après jour sans — sortie. Aujourd'hui, c'est grand sport,
à Shibuya, à deux. Puis déjeuner au Café
bleu, salade et pasta sans reproche.
Moins de monde dans les transports en commun ; beaucoup sont partis. Comme chaque année, nous avons eu droit aux informations sur les mouvements de population (aéroports, gares, péages d'autoroutes sont à 150 % de leur maximum théorique, ou de leur moyenne, on ne sait pas très bien, ces choses ne sont pas expliquées, ou c'est moi qui ne comprends rien...).
Rien à voir avec les informations sur les aéroports anglais et européens. Après les passagers, la pagaille devrait largement nuire aux compagnies aériennes et au commerce de duty free. Cela peut-il durer longtemps ?
L'extension des contrôles et des fouilles, la réduction drastique des bagages en cabine, les scanners poussés des valises enregistrées, nous savons que tout cela n'empêchera pas la possibilité d'attentats. En revanche, cela rendra docile l'ensemble des passagers qui sont à répartir en deux et seulement deux catégories : ceux qui craignent de mourir dans un attentat ou d'être pris pour des terroristes, ceux qui sont des terroristes. Il n'y a pas d'autres catégories. Si : ceux qui renoncent à voyager. Il n'y a plus d'hommes libres.
Bien sûr, on ne peut contester le bien fondé des arrestations préventives... C'est pour notre bien... On peut cependant douter. On attend les preuves. La police est-elle en train de les rassembler, de les obtenir, ou est-elle en train de les fabriquer ? Un grand nombre de gens doutent de la véracité de tout cela...
Le discrédit envers la police et les mesures antiterroristes pourraient bien avoir plus d'importance qu'on ne le croit.
Poil de Carotte, début de préparation du cours d'octobre-décembre. Avec Beckett, se posait la question de comment découper des extraits pertinents sans trahir l'œuvre ; avec le livre de Jules Renard, c'est presque l'inverse : comment associer judicieusement les chapitres à étudier.
La netteté de l'expression renardienne tranche sur le brumeux tâtonnant de Sereine Berlottier. Non que l'un soit meilleur que l'autre, ce serait stupide de comparer de la sorte. Le contraste — dû seulement au hasard de mes lectures — interroge l'écart entre des entreprises littéraires.
Chez l'un, adopter « tout naturellement les mouvements complexes de l'affectivité juvénile », comme le résume Henri Béhar en conclusion de sa préface (p. 23 de l'édition Pocket, 1990, 1998). Chez l'autre, approcher l'idée d'un poète de manière paradoxale, « désapprendre, strate après strate, épisode après épisode, image après image », « laisser pour l'instant les livres à eux-mêmes, accepter cette somnolence et ne pas forcer le passage, accepter l'écart même d'un éloignement, d'une distance, et le curieux sentiment de surdité qui s'empare de toi, quand tu feuillettes, quand tu tournes les pages, quand la tête s'évade par la fenêtre » (Sereine Berlottier, Nu précipité dans le vide, p. 94)
Cette surdité me dit quelque chose.
Je l'éprouve depuis toujours par longues intermittences à l'égard de la poésie.
Rester longtemps sans comprendre un traitre mot.
Et un jour faire ma traversée du sens.
Le lendemain rien.
Un autre jour croire tout capter.
Et l'effarement devant celles et ceux qui lisent les poètes à livre ouvert.
Font-ils semblant ?
Suis-je déficient ?
D'où viennent les certitudes des autres quand je reste irrésolu et vacillant ?
Moins de monde dans les transports en commun ; beaucoup sont partis. Comme chaque année, nous avons eu droit aux informations sur les mouvements de population (aéroports, gares, péages d'autoroutes sont à 150 % de leur maximum théorique, ou de leur moyenne, on ne sait pas très bien, ces choses ne sont pas expliquées, ou c'est moi qui ne comprends rien...).
Rien à voir avec les informations sur les aéroports anglais et européens. Après les passagers, la pagaille devrait largement nuire aux compagnies aériennes et au commerce de duty free. Cela peut-il durer longtemps ?
L'extension des contrôles et des fouilles, la réduction drastique des bagages en cabine, les scanners poussés des valises enregistrées, nous savons que tout cela n'empêchera pas la possibilité d'attentats. En revanche, cela rendra docile l'ensemble des passagers qui sont à répartir en deux et seulement deux catégories : ceux qui craignent de mourir dans un attentat ou d'être pris pour des terroristes, ceux qui sont des terroristes. Il n'y a pas d'autres catégories. Si : ceux qui renoncent à voyager. Il n'y a plus d'hommes libres.
Bien sûr, on ne peut contester le bien fondé des arrestations préventives... C'est pour notre bien... On peut cependant douter. On attend les preuves. La police est-elle en train de les rassembler, de les obtenir, ou est-elle en train de les fabriquer ? Un grand nombre de gens doutent de la véracité de tout cela...
Le discrédit envers la police et les mesures antiterroristes pourraient bien avoir plus d'importance qu'on ne le croit.
Poil de Carotte, début de préparation du cours d'octobre-décembre. Avec Beckett, se posait la question de comment découper des extraits pertinents sans trahir l'œuvre ; avec le livre de Jules Renard, c'est presque l'inverse : comment associer judicieusement les chapitres à étudier.
La netteté de l'expression renardienne tranche sur le brumeux tâtonnant de Sereine Berlottier. Non que l'un soit meilleur que l'autre, ce serait stupide de comparer de la sorte. Le contraste — dû seulement au hasard de mes lectures — interroge l'écart entre des entreprises littéraires.
Chez l'un, adopter « tout naturellement les mouvements complexes de l'affectivité juvénile », comme le résume Henri Béhar en conclusion de sa préface (p. 23 de l'édition Pocket, 1990, 1998). Chez l'autre, approcher l'idée d'un poète de manière paradoxale, « désapprendre, strate après strate, épisode après épisode, image après image », « laisser pour l'instant les livres à eux-mêmes, accepter cette somnolence et ne pas forcer le passage, accepter l'écart même d'un éloignement, d'une distance, et le curieux sentiment de surdité qui s'empare de toi, quand tu feuillettes, quand tu tournes les pages, quand la tête s'évade par la fenêtre » (Sereine Berlottier, Nu précipité dans le vide, p. 94)
Cette surdité me dit quelque chose.
Je l'éprouve depuis toujours par longues intermittences à l'égard de la poésie.
Rester longtemps sans comprendre un traitre mot.
Et un jour faire ma traversée du sens.
Le lendemain rien.
Un autre jour croire tout capter.
Et l'effarement devant celles et ceux qui lisent les poètes à livre ouvert.
Font-ils semblant ?
Suis-je déficient ?
D'où viennent les certitudes des autres quand je reste irrésolu et vacillant ?