Celles et ceux qui lisent les poètes à livre ouvert
Par Berlol, dimanche 13 août 2006 à 23:58 :: General :: #358 :: rss
Jour avec après jour sans — sortie. Aujourd'hui, c'est grand sport,
à Shibuya, à deux. Puis déjeuner au Café
bleu, salade et pasta sans reproche.
Moins de monde dans les transports en commun ; beaucoup sont partis. Comme chaque année, nous avons eu droit aux informations sur les mouvements de population (aéroports, gares, péages d'autoroutes sont à 150 % de leur maximum théorique, ou de leur moyenne, on ne sait pas très bien, ces choses ne sont pas expliquées, ou c'est moi qui ne comprends rien...).
Rien à voir avec les informations sur les aéroports anglais et européens. Après les passagers, la pagaille devrait largement nuire aux compagnies aériennes et au commerce de duty free. Cela peut-il durer longtemps ?
L'extension des contrôles et des fouilles, la réduction drastique des bagages en cabine, les scanners poussés des valises enregistrées, nous savons que tout cela n'empêchera pas la possibilité d'attentats. En revanche, cela rendra docile l'ensemble des passagers qui sont à répartir en deux et seulement deux catégories : ceux qui craignent de mourir dans un attentat ou d'être pris pour des terroristes, ceux qui sont des terroristes. Il n'y a pas d'autres catégories. Si : ceux qui renoncent à voyager. Il n'y a plus d'hommes libres.
Bien sûr, on ne peut contester le bien fondé des arrestations préventives... C'est pour notre bien... On peut cependant douter. On attend les preuves. La police est-elle en train de les rassembler, de les obtenir, ou est-elle en train de les fabriquer ? Un grand nombre de gens doutent de la véracité de tout cela...
Le discrédit envers la police et les mesures antiterroristes pourraient bien avoir plus d'importance qu'on ne le croit.
Poil de Carotte, début de préparation du cours d'octobre-décembre. Avec Beckett, se posait la question de comment découper des extraits pertinents sans trahir l'œuvre ; avec le livre de Jules Renard, c'est presque l'inverse : comment associer judicieusement les chapitres à étudier.
La netteté de l'expression renardienne tranche sur le brumeux tâtonnant de Sereine Berlottier. Non que l'un soit meilleur que l'autre, ce serait stupide de comparer de la sorte. Le contraste — dû seulement au hasard de mes lectures — interroge l'écart entre des entreprises littéraires.
Chez l'un, adopter « tout naturellement les mouvements complexes de l'affectivité juvénile », comme le résume Henri Béhar en conclusion de sa préface (p. 23 de l'édition Pocket, 1990, 1998). Chez l'autre, approcher l'idée d'un poète de manière paradoxale, « désapprendre, strate après strate, épisode après épisode, image après image », « laisser pour l'instant les livres à eux-mêmes, accepter cette somnolence et ne pas forcer le passage, accepter l'écart même d'un éloignement, d'une distance, et le curieux sentiment de surdité qui s'empare de toi, quand tu feuillettes, quand tu tournes les pages, quand la tête s'évade par la fenêtre » (Sereine Berlottier, Nu précipité dans le vide, p. 94)
Cette surdité me dit quelque chose.
Je l'éprouve depuis toujours par longues intermittences à l'égard de la poésie.
Rester longtemps sans comprendre un traitre mot.
Et un jour faire ma traversée du sens.
Le lendemain rien.
Un autre jour croire tout capter.
Et l'effarement devant celles et ceux qui lisent les poètes à livre ouvert.
Font-ils semblant ?
Suis-je déficient ?
D'où viennent les certitudes des autres quand je reste irrésolu et vacillant ?
Moins de monde dans les transports en commun ; beaucoup sont partis. Comme chaque année, nous avons eu droit aux informations sur les mouvements de population (aéroports, gares, péages d'autoroutes sont à 150 % de leur maximum théorique, ou de leur moyenne, on ne sait pas très bien, ces choses ne sont pas expliquées, ou c'est moi qui ne comprends rien...).
Rien à voir avec les informations sur les aéroports anglais et européens. Après les passagers, la pagaille devrait largement nuire aux compagnies aériennes et au commerce de duty free. Cela peut-il durer longtemps ?
L'extension des contrôles et des fouilles, la réduction drastique des bagages en cabine, les scanners poussés des valises enregistrées, nous savons que tout cela n'empêchera pas la possibilité d'attentats. En revanche, cela rendra docile l'ensemble des passagers qui sont à répartir en deux et seulement deux catégories : ceux qui craignent de mourir dans un attentat ou d'être pris pour des terroristes, ceux qui sont des terroristes. Il n'y a pas d'autres catégories. Si : ceux qui renoncent à voyager. Il n'y a plus d'hommes libres.
Bien sûr, on ne peut contester le bien fondé des arrestations préventives... C'est pour notre bien... On peut cependant douter. On attend les preuves. La police est-elle en train de les rassembler, de les obtenir, ou est-elle en train de les fabriquer ? Un grand nombre de gens doutent de la véracité de tout cela...
Le discrédit envers la police et les mesures antiterroristes pourraient bien avoir plus d'importance qu'on ne le croit.
Poil de Carotte, début de préparation du cours d'octobre-décembre. Avec Beckett, se posait la question de comment découper des extraits pertinents sans trahir l'œuvre ; avec le livre de Jules Renard, c'est presque l'inverse : comment associer judicieusement les chapitres à étudier.
La netteté de l'expression renardienne tranche sur le brumeux tâtonnant de Sereine Berlottier. Non que l'un soit meilleur que l'autre, ce serait stupide de comparer de la sorte. Le contraste — dû seulement au hasard de mes lectures — interroge l'écart entre des entreprises littéraires.
Chez l'un, adopter « tout naturellement les mouvements complexes de l'affectivité juvénile », comme le résume Henri Béhar en conclusion de sa préface (p. 23 de l'édition Pocket, 1990, 1998). Chez l'autre, approcher l'idée d'un poète de manière paradoxale, « désapprendre, strate après strate, épisode après épisode, image après image », « laisser pour l'instant les livres à eux-mêmes, accepter cette somnolence et ne pas forcer le passage, accepter l'écart même d'un éloignement, d'une distance, et le curieux sentiment de surdité qui s'empare de toi, quand tu feuillettes, quand tu tournes les pages, quand la tête s'évade par la fenêtre » (Sereine Berlottier, Nu précipité dans le vide, p. 94)
Cette surdité me dit quelque chose.
Je l'éprouve depuis toujours par longues intermittences à l'égard de la poésie.
Rester longtemps sans comprendre un traitre mot.
Et un jour faire ma traversée du sens.
Le lendemain rien.
Un autre jour croire tout capter.
Et l'effarement devant celles et ceux qui lisent les poètes à livre ouvert.
Font-ils semblant ?
Suis-je déficient ?
D'où viennent les certitudes des autres quand je reste irrésolu et vacillant ?
Commentaires
1. Le dimanche 13 août 2006 à 10:18, par brigetoun :
surdité très fréquente. Et je me contente des mots, en espérant vaguement que de leur musique naîtra le sens ou au moins l'émotion. Si musique il n'y a pas pour moi, je referme le livre. J'aime beaucoup votre citation
2. Le dimanche 13 août 2006 à 13:31, par k :
Dans la forêt le champignon, chante un chant mignon , Connaissez vous le chant mignon du champignon de la forêt, peu sont ceux qui l'entendent, et pourtant il existe,
mias, je l'ai entendu moi, le chant mignon de chanpignon nignonde la forêt,sauf quand,
bon, il des fois y a un moustique qui fait iech et qui fait
ZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZ
3. Le lundi 14 août 2006 à 01:14, par Emmanuelle Pagano :
J'ai toujours eu du mal avec la poésie. Par un concours de circonstances, je me retrouve à lire Jacques Dupin et à écrire "sur" lui. Mais j'ai accepté de la faire à cause/grâce à Joël Bastard, qui m'a réconciliée avec la poésie : ce qu'il écrit m'est direcement compréhensible, j'ai même l'impression que nous parlons la même langue. Du coup, je me sens "prête" à lire les poètes, comme si la lecture de Bastard me servait d'intermédiaire. Lorsque je ne comprends plus rien, je reprends un de ses livres, et tout est lisible.
4. Le lundi 14 août 2006 à 01:56, par vinteix :
mais ce sentiment de ne pas ou rien comprendre, cette surdite, cet empechement, etc., ne sont-ils pas "normaux", inevitables, communs ? L'obscurite de la poesie renvoie a l'obscurite de l'etre lui-meme et a celle du langage, et comme la poesie (au sens large du terme, au-dela de formes convenues... il suffit par exemple de songer a tant de recits "poetiques", pour le dire vite, de Hardellet, Henein, Guigues, Duits, Fardoulis-Lagrange, Haddad, etc.) demeure malgre tout la forme d'ecriture qui me semble le plus travailler en profondeur le "mystere" du langage, pousser aux limites ses possibles, ses ressources cachees, on se trouve inevitablement confronte a une sorte de sans fond face a ce qui demeure "le grand objet exterieur" par excellence.
5. Le lundi 14 août 2006 à 03:32, par Berlol :
Merci, Emmanuelle. Sur Dupin, ça m'intéresse. Je ne connaissais pas J. Bastard, je viens de trouver son embryon de blog... À suivre.
D'accord avec toi, cher Vinteix. Mais si ce "sentiment" ou cette "perception" sont "normaux", d'où vient que des gens (que j'envie) sont si à l'aise avec tous les textes, si familiers d'écritures complexes ? Il doit quand même y avoir, en plus du "travail", bien sûr, des "dispositions" naturelles ou culturelles, ou quoi ?
6. Le lundi 14 août 2006 à 11:14, par Emmanuelle Pagano :
Ah oui, le blog de Bastard, il est pas très "riche" : tu trouveras plus de citations de lui dans mon "cahier" (car je le cite à chaque occasion...).
ici :
www.lescorpsempeches.net/...
et là :
www.lescorpsempeches.net/...
par exemple
Je ne connaissais pas Dupin, je le découvre grâce à une "commande" de Cosculluela.
7. Le mardi 15 août 2006 à 03:50, par Berlol :
Emmanuelle, suis allé revoir ton site dont j'avais déjà apprécié le graphisme et la sobriété il y a quelques mois. Les textes me plaisent bien, aussi, ils témoignent d'une existence décomplexée dans le bain littéraire, sans se forcer comme on voit certains pour "faire" style. Et sans rameuter. Et sans publicité, bien sûr. Tous ces choix sont signifiants (je dis cela pour tous ceux dont les sites clignotent de partout, y compris la presse, mon Dieu, comme c'est insupportable !). Mais pourquoi diable n'y a-t-il de fil RSS que pour les commentaires ?
8. Le mardi 15 août 2006 à 07:15, par Emmanuelle Pagano :
Heu je ne sais pas : mon webmaster est occupé à "faire" le bois (encore une quinzaine de tonnes à débiter et fendre avant les premières neiges).
merci de ce que tu écris : oui ça je suis "décomplexée", mais c'est aussi que j'ai la chance comme toi de vivre loin de Paris, avec des priorités bien loin du "bain littéraire" (et pourtant très près de la littérature : je veux dire, près du travail et pas du clignotement dont tu parles). Ce qui ne m'empêche pas de faire des découvertes, mais loin du battage médiatique (d'où Bastard, mais aussi Revaz, Kramer, et d'autres encore).
9. Le mardi 15 août 2006 à 14:16, par cg :
" d'où vient que des gens (que j'envie) sont si à l'aise avec tous les textes, si familiers d'écritures complexes ? Il doit quand même y avoir, en plus du "travail", bien sûr, des "dispositions" naturelles ou culturelles, ou quoi ? "
je n'envie pas tellement les gens trop à l'aise avec la littérature : ils me semblent passer à côté de ce qui justement dans un texte (poésie ou pas) résiste au bavardage comme à l'analyse, et qui est peut-être l'essentiel
c'est la raison pour laquelle je "préfère ne pas" (comme dirait l'autre) l'enseigner, la littérature, et pour laquelle, même, je n'aime pas tellement en parler, car dans les deux cas on est trop souvent obligé de faire semblant de posséder sur les textes un savoir qui en général finit par devenir une certitude
plutôt rester "irrésolu et vacillant" comme tu l'écris fort bien ...
10. Le mercredi 16 août 2006 à 03:12, par vinteix :
Je ne sais pas si il y a tant de gens que cela si a l'aise avec les textes "complexes"... S'ils sont "si a l'aise", je doute... Un seul exemple de texte illisible, quand bien meme on le lit un peu : Guyotat. Peut-on etre a l'aise avec ce texte ?
Pardon pour le francais peu orthodoxe, sans accent... Ordi a la maison malade depuis une semaine... depannage sporadique chez Kinko's
11. Le mercredi 16 août 2006 à 05:20, par Berlol :
Ben, quand même, moi, dans les universités ou les colloques, j'en vois pas mal. Certains font part des difficultés avec sincérité et humilité (et l'enseignent comme ça, chère CG, si si, il y en a), mais d'autres donnent l'impression d'être comme des poissons dans l'eau (solubles)... Bah, qu'importe, j'assume mon errance lecturale.
Bonne chance pour réparer l'ordi !
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