samedi 19 août 2006
Chlore (de) l'œuvre
Par Berlol, samedi 19 août 2006 à 23:57 :: General
Coiffeur (J'ai sorti et déplié mon vélo pour aller
chez le —).
Mon coiffeur de Kagurazaka. Notre coiffeur, devrais-je dire, puisque Bikun y va aussi quand il est à Tokyo (je le soupçonne de ne venir à Tokyo que pour se faire couper les cheveux — ça fait cher la coupe, c'est très snob, ce qui est un compliment). C'est d'ailleurs lui qui m'a fait connaître ce salon de coiffure, au début de la première à gauche après Bisha Monten en montant Kagurazaka. Plaisir, comme toujours pour moi, d'entendre et de ressentir la coupe clairsemante des ciseaux... Rôôônronnement des neurones. Ça me fait penser, repenser à des trucs.
Par exemple que les expulsions de squats arrivent presque à la même date (seconde moitié d'août) que l'incendie d'un immeuble vétuste l'an dernier, toujours pendant les vacances des futurs électeurs. Ou encore — je ne sais pas si vous l'avez entendue, celle-là — que la NASA a égaré les vidéos originales des hommes sur la lune... Ce qui me fait repenser aux dessous de l'affaire de Caroline et à Capricorn One... De semaine en semaine, mon scepticisme ne fait qu'augmenter ; tel le héros de Matrix accédant au code, j'aperçois (ou je crois apercevoir) les desseins que cachent les masques, les gesticulations, les paroles saoûlantes et les paroles d'épouvante — mais à la différence de Neo, je n'ai aucun moyen de lutter. Cependant, d'autres, comme moi, ne sont pas dupes, et le montrent de diverses façons.
Déjeuner au SM (Yukie nous présente sa nièce de seize ans devant une pièce de poulet ficelée serré...). Nous rejoignons deux connaissances de T., l'une ayant une boutique et décidée depuis un an à suivre des cours de français à l'Institut (et le mérite d'avoir tenu bon). Pour moi aussi, c'est poulet-frites.
Vers 15 heures, je vais à l'Institut franco-japonais pour rencontrer une personne qui m'était parfaitement inconnue jusqu'à hier. M'ayant écrit au sujet de recherches sur le français langue étrangère, ce jeune chercheur se trouve être à Tokyo, et disponible comme moi cet après-midi, alors pourquoi pas. En fait, il est de l'Université Laval, au Québec, où justement une étudiante de ma fac va partir dans quelques jours.
On discute bien, on voit d'autres collègues, un bon moment. On devrait même se revoir.
À un moment, SM (ce sont réellement ses initiales) me demande si je réponds toujours aux courriels que des inconnus m'adressent. Je le rassure : non. Mais je sens parfois quelque chose dans l'écriture, à quoi je dis oui. Et je n'ai jamais été déçu.
Depuis quelques jours, je vois pas mal de photos de nuages sur quelques blogs voisins (Paumée, Tokyo), et elles sont plutôt réussies. Mais est-ce moi qui y fais plus attention, sont-ce eux que j'ai influencé, ou est-ce le fruit du hasard ?
(En tout cas aucun reproche dans cette remarque, au contraire : réticulons dans les nuages...)
Chlore (de) l'œuvre.
Depuis quelques jours, je me prends, non de pitié ni d'admiration, mais d'intérêt pour le blog de Michel Houellebecq (si c'est bien le sien). Qu'il décide de s'exprimer librement par ce moyen est un imprévu considérable dans le monde des lettres (monde dont en effet il n'arrive pas socia(b)lement à faire partie).
Ayant peu apprécié ses deux derniers livres, je n'avais pas non plus apprécié la chasse, la curée presque, qui avait eu lieu l'automne et l'hiver derniers. Jusqu'à rechercher en effet les femmes dans sa vie... Une liberté de journalistes qui se disent critiques littéraires mais qui est avant tout l'indice d'une grande vulgarité. Et dont la motivation n'est pas claire — comme si les succès de vente de Houellebecq (voire l'estime de son lectorat) privaient personnellement ces personnes de quelque chose qui aurait dû leur revenir ? Je n'ai pas compris...
Un jeu de mains qui est tout le contraire d'un jeu de vilains.
L'existence même du volley féminin est un baume. Plus difficilement
qu'hier, les Japonaises gagnent encore aujourd'hui, contre des Coréennes
certes moins grandes que les Cubaines mais mieux organisées. Il n'était
pas rare que les points durassent une vingtaine de secondes, ce qui est exceptionnel
au volley et correspond en gros à ce que le ballon passe de main en
main une quinzaine de fois. Celles qui gagnent ne sont pas celles qui frappent
le plus fort (quoique...), ni celles qui misent tout sur une star (Kana, pourtant...
加奈かなああ...) mais celles qui manifestent le plus intelligemment leur
cohésion de groupe.
La télévision japonaise a très bien compris l'importance sociale de cette cohésion (inhérente, dit-on, au groupe dans ce pays). Par conséquent, la couverture de la compétition (qui va durer jusqu'au 3 septembre) est exceptionnelle (nombre de caméras, portraits des joueuses de l'équipe, etc.). Pour une fois, et malgré le dicton que j'arbore, je suis mainstream. Désolé...
============
Dérive négationniste au Japon, par Michaël Prazan, dans Libération du 18 août 2006.
« Pour la sixième fois depuis le début de son mandat de Premier ministre, Junichiro Koizumi s'est rendu, dans le vêtement d'apparat officiel japonais, au temple Yasukuni honorer la mémoire des plus illustres combattants nippons parmi lesquels se trouvent quatorze criminels de guerre ( Libération de mercredi). Comme à chaque fois, cette visite, théoriquement réprouvée par les termes de la Constitution pacifiste (qui, depuis le début de la gouvernance Koizumi, a pris du plomb dans l'aile), a suscité un tollé de la Chine et de la Corée du Sud, pour qui le souvenir des guerres d'invasion, puis de l'occupation par le Japon nationaliste, demeure un traumatisme brûlant. Mais, cette fois, la visite du Premier ministre japonais, dans le contexte actuel, prend une valeur symbolique plus forte et plus scandaleuse qu'à l'accoutumée. D'abord parce que c'est la première fois qu'elle a lieu le 15 août, date anniversaire en Extrême-Orient de la fin de la Seconde guerre mondiale ; ensuite parce qu'elle constitue en quelque sorte le testament politique d'un Premier ministre qui a oeuvré durant son mandat pour une remilitarisation de l'archipel, encourageant le regain des sentiments nationalistes ; enfin, parce que cette visite au temple Yasukuni célèbre en négatif l'anniversaire du «viol de Nankin», épouvantable massacre de la population civile de l'ancienne capitale chinoise, perpétré par les armées du Mikado il y a soixante-dix ans. C'est ce dernier point, avec l'affaire des «femmes de réconfort» en Corée (ces jeunes femmes enrôlées de force dans les bordels itinérants de l'armée japonaise) qui constitue un enjeu de mémoire, autant historique que politique. En 1937, après un débarquement sur la baie de Hangzhou, les bataillons qui progressent vers la capitale exterminent tous les civils qui se trouvent sur leur passage, violant les femmes, incendiant les villages et les villes. L'entrée des troupes japonaises dans les derniers mois de l'année 1937 à Nankin ressemble à un cauchemar qui n'a rien à envier aux pires crimes nazis. Si l'on connaît parfaitement le nombre des victimes dans les villages (plus faciles à dénombrer grâce aux témoignages des survivants), celui de l'ancienne capitale demeure assez imprécis, la fourchette variant de 180 000 à 300 000 morts. C'est justement sur cette imprécision qu'un courant négationniste, clairement renforcé depuis la gouvernance Koizumi, a fait son lit. Depuis 1982, date de la première édition de livres scolaires faisant l'impasse sur les crimes du Japon nationaliste et en particulier sur «le viol de Nankin», la Tsukurukaï, un groupe d'intellectuels d'extrême droite, dont certains sont membres du PLD, le parti de Koizumi, s'échine à nier une histoire qu'elle considère comme «masochiste», oeuvrant pour la réhabilitation de la «fierté nationale». Figure de proue de ce groupe, qui entretient des liens avec le monde politique, l'extrême droite et la mafia, Yoshinori Kobayashi, auteur de mangas à succès, multiplie les bandes dessinées qui rendent hommages aux fiers soldats d'une époque affirmée comme héroïque, tout en argumentant, documents (tronqués ou sélectionnés) à l'appui, sur l'impossibilité des crimes imputés au Japon. Kobayashi vend chaque année plusieurs centaines de milliers de ces «manifestes» idéologiques destinés à l'embrigadement d'une jeunesse en proie à une amnésie savamment entretenue par le pouvoir. Et, en dépit d'une bataille juridique partiellement gagnée il y a quelques années par les militants japonais de la vérité historique, le négationnisme, et son corollaire nationaliste, gagnent du terrain. Le populiste Ishihara Shintaro, actuel et très populaire maire de Tokyo, qui tient depuis des années, de manière, certes, plus subtile, un discours semblable à celui de la Tsukurukaï, en est le principal révélateur autant que le symptôme. Pour s'en convaincre, il suffisait de se rendre à l'exposition sur le massacre de Nankin qui s'est tenue il y a deux semaines à Osaka : allées vides, colloques clairsemés... C'est que les tenants japonais de la réalité des crimes de guerre sont considérés dans leur pays comme des activistes d'extrême gauche, discrédités, mis au banc de la société depuis le milieu des années 60.
C'est à l'aune de ce contexte qu'il faut comprendre l'indignation des anciens pays occupés, Corée du Sud et Chine. Cette dernière, qui n'est pas exempte d'arrière-pensées géopolitiques, ne perdant pas une occasion de flatter le sentiment antijaponais de ses citoyens, encourageant de monstrueuses manifestations motivées par la plaie encore vive que suscite le souvenir du «viol de Nankin». La courageuse édition d'un manuel d'histoire nippo-coréen, censé rétablir la vérité auprès de deux populations séparées par les haines et le statu quo mémoriel, semble, hélas, ne pas faire grand poids dans cette situation qui voit, dans la région, renaître les nationalismes les plus inquiétants.
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Mon coiffeur de Kagurazaka. Notre coiffeur, devrais-je dire, puisque Bikun y va aussi quand il est à Tokyo (je le soupçonne de ne venir à Tokyo que pour se faire couper les cheveux — ça fait cher la coupe, c'est très snob, ce qui est un compliment). C'est d'ailleurs lui qui m'a fait connaître ce salon de coiffure, au début de la première à gauche après Bisha Monten en montant Kagurazaka. Plaisir, comme toujours pour moi, d'entendre et de ressentir la coupe clairsemante des ciseaux... Rôôônronnement des neurones. Ça me fait penser, repenser à des trucs.
Par exemple que les expulsions de squats arrivent presque à la même date (seconde moitié d'août) que l'incendie d'un immeuble vétuste l'an dernier, toujours pendant les vacances des futurs électeurs. Ou encore — je ne sais pas si vous l'avez entendue, celle-là — que la NASA a égaré les vidéos originales des hommes sur la lune... Ce qui me fait repenser aux dessous de l'affaire de Caroline et à Capricorn One... De semaine en semaine, mon scepticisme ne fait qu'augmenter ; tel le héros de Matrix accédant au code, j'aperçois (ou je crois apercevoir) les desseins que cachent les masques, les gesticulations, les paroles saoûlantes et les paroles d'épouvante — mais à la différence de Neo, je n'ai aucun moyen de lutter. Cependant, d'autres, comme moi, ne sont pas dupes, et le montrent de diverses façons.
Déjeuner au SM (Yukie nous présente sa nièce de seize ans devant une pièce de poulet ficelée serré...). Nous rejoignons deux connaissances de T., l'une ayant une boutique et décidée depuis un an à suivre des cours de français à l'Institut (et le mérite d'avoir tenu bon). Pour moi aussi, c'est poulet-frites.
Vers 15 heures, je vais à l'Institut franco-japonais pour rencontrer une personne qui m'était parfaitement inconnue jusqu'à hier. M'ayant écrit au sujet de recherches sur le français langue étrangère, ce jeune chercheur se trouve être à Tokyo, et disponible comme moi cet après-midi, alors pourquoi pas. En fait, il est de l'Université Laval, au Québec, où justement une étudiante de ma fac va partir dans quelques jours.
On discute bien, on voit d'autres collègues, un bon moment. On devrait même se revoir.
À un moment, SM (ce sont réellement ses initiales) me demande si je réponds toujours aux courriels que des inconnus m'adressent. Je le rassure : non. Mais je sens parfois quelque chose dans l'écriture, à quoi je dis oui. Et je n'ai jamais été déçu.
Depuis quelques jours, je vois pas mal de photos de nuages sur quelques blogs voisins (Paumée, Tokyo), et elles sont plutôt réussies. Mais est-ce moi qui y fais plus attention, sont-ce eux que j'ai influencé, ou est-ce le fruit du hasard ?
(En tout cas aucun reproche dans cette remarque, au contraire : réticulons dans les nuages...)
Chlore (de) l'œuvre.Depuis quelques jours, je me prends, non de pitié ni d'admiration, mais d'intérêt pour le blog de Michel Houellebecq (si c'est bien le sien). Qu'il décide de s'exprimer librement par ce moyen est un imprévu considérable dans le monde des lettres (monde dont en effet il n'arrive pas socia(b)lement à faire partie).
Ayant peu apprécié ses deux derniers livres, je n'avais pas non plus apprécié la chasse, la curée presque, qui avait eu lieu l'automne et l'hiver derniers. Jusqu'à rechercher en effet les femmes dans sa vie... Une liberté de journalistes qui se disent critiques littéraires mais qui est avant tout l'indice d'une grande vulgarité. Et dont la motivation n'est pas claire — comme si les succès de vente de Houellebecq (voire l'estime de son lectorat) privaient personnellement ces personnes de quelque chose qui aurait dû leur revenir ? Je n'ai pas compris...
Un jeu de mains qui est tout le contraire d'un jeu de vilains.
L'existence même du volley féminin est un baume. Plus difficilement
qu'hier, les Japonaises gagnent encore aujourd'hui, contre des Coréennes
certes moins grandes que les Cubaines mais mieux organisées. Il n'était
pas rare que les points durassent une vingtaine de secondes, ce qui est exceptionnel
au volley et correspond en gros à ce que le ballon passe de main en
main une quinzaine de fois. Celles qui gagnent ne sont pas celles qui frappent
le plus fort (quoique...), ni celles qui misent tout sur une star (Kana, pourtant...
加奈かなああ...) mais celles qui manifestent le plus intelligemment leur
cohésion de groupe.La télévision japonaise a très bien compris l'importance sociale de cette cohésion (inhérente, dit-on, au groupe dans ce pays). Par conséquent, la couverture de la compétition (qui va durer jusqu'au 3 septembre) est exceptionnelle (nombre de caméras, portraits des joueuses de l'équipe, etc.). Pour une fois, et malgré le dicton que j'arbore, je suis mainstream. Désolé...
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Dérive négationniste au Japon, par Michaël Prazan, dans Libération du 18 août 2006.
« Pour la sixième fois depuis le début de son mandat de Premier ministre, Junichiro Koizumi s'est rendu, dans le vêtement d'apparat officiel japonais, au temple Yasukuni honorer la mémoire des plus illustres combattants nippons parmi lesquels se trouvent quatorze criminels de guerre ( Libération de mercredi). Comme à chaque fois, cette visite, théoriquement réprouvée par les termes de la Constitution pacifiste (qui, depuis le début de la gouvernance Koizumi, a pris du plomb dans l'aile), a suscité un tollé de la Chine et de la Corée du Sud, pour qui le souvenir des guerres d'invasion, puis de l'occupation par le Japon nationaliste, demeure un traumatisme brûlant. Mais, cette fois, la visite du Premier ministre japonais, dans le contexte actuel, prend une valeur symbolique plus forte et plus scandaleuse qu'à l'accoutumée. D'abord parce que c'est la première fois qu'elle a lieu le 15 août, date anniversaire en Extrême-Orient de la fin de la Seconde guerre mondiale ; ensuite parce qu'elle constitue en quelque sorte le testament politique d'un Premier ministre qui a oeuvré durant son mandat pour une remilitarisation de l'archipel, encourageant le regain des sentiments nationalistes ; enfin, parce que cette visite au temple Yasukuni célèbre en négatif l'anniversaire du «viol de Nankin», épouvantable massacre de la population civile de l'ancienne capitale chinoise, perpétré par les armées du Mikado il y a soixante-dix ans. C'est ce dernier point, avec l'affaire des «femmes de réconfort» en Corée (ces jeunes femmes enrôlées de force dans les bordels itinérants de l'armée japonaise) qui constitue un enjeu de mémoire, autant historique que politique. En 1937, après un débarquement sur la baie de Hangzhou, les bataillons qui progressent vers la capitale exterminent tous les civils qui se trouvent sur leur passage, violant les femmes, incendiant les villages et les villes. L'entrée des troupes japonaises dans les derniers mois de l'année 1937 à Nankin ressemble à un cauchemar qui n'a rien à envier aux pires crimes nazis. Si l'on connaît parfaitement le nombre des victimes dans les villages (plus faciles à dénombrer grâce aux témoignages des survivants), celui de l'ancienne capitale demeure assez imprécis, la fourchette variant de 180 000 à 300 000 morts. C'est justement sur cette imprécision qu'un courant négationniste, clairement renforcé depuis la gouvernance Koizumi, a fait son lit. Depuis 1982, date de la première édition de livres scolaires faisant l'impasse sur les crimes du Japon nationaliste et en particulier sur «le viol de Nankin», la Tsukurukaï, un groupe d'intellectuels d'extrême droite, dont certains sont membres du PLD, le parti de Koizumi, s'échine à nier une histoire qu'elle considère comme «masochiste», oeuvrant pour la réhabilitation de la «fierté nationale». Figure de proue de ce groupe, qui entretient des liens avec le monde politique, l'extrême droite et la mafia, Yoshinori Kobayashi, auteur de mangas à succès, multiplie les bandes dessinées qui rendent hommages aux fiers soldats d'une époque affirmée comme héroïque, tout en argumentant, documents (tronqués ou sélectionnés) à l'appui, sur l'impossibilité des crimes imputés au Japon. Kobayashi vend chaque année plusieurs centaines de milliers de ces «manifestes» idéologiques destinés à l'embrigadement d'une jeunesse en proie à une amnésie savamment entretenue par le pouvoir. Et, en dépit d'une bataille juridique partiellement gagnée il y a quelques années par les militants japonais de la vérité historique, le négationnisme, et son corollaire nationaliste, gagnent du terrain. Le populiste Ishihara Shintaro, actuel et très populaire maire de Tokyo, qui tient depuis des années, de manière, certes, plus subtile, un discours semblable à celui de la Tsukurukaï, en est le principal révélateur autant que le symptôme. Pour s'en convaincre, il suffisait de se rendre à l'exposition sur le massacre de Nankin qui s'est tenue il y a deux semaines à Osaka : allées vides, colloques clairsemés... C'est que les tenants japonais de la réalité des crimes de guerre sont considérés dans leur pays comme des activistes d'extrême gauche, discrédités, mis au banc de la société depuis le milieu des années 60.
C'est à l'aune de ce contexte qu'il faut comprendre l'indignation des anciens pays occupés, Corée du Sud et Chine. Cette dernière, qui n'est pas exempte d'arrière-pensées géopolitiques, ne perdant pas une occasion de flatter le sentiment antijaponais de ses citoyens, encourageant de monstrueuses manifestations motivées par la plaie encore vive que suscite le souvenir du «viol de Nankin». La courageuse édition d'un manuel d'histoire nippo-coréen, censé rétablir la vérité auprès de deux populations séparées par les haines et le statu quo mémoriel, semble, hélas, ne pas faire grand poids dans cette situation qui voit, dans la région, renaître les nationalismes les plus inquiétants.
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