Pour aller à la gare d'Austerlitz et au déjeuner familial (partiel, tout le monde n'est pas là), je traverse le jardin des Plantes dans la cour duquel un étrange dinosaure, vaguement nikidesaint-phallesque, est venu s'installer. Il plaît beaucoup aux enfants. Puis la roseraie, que les sillages des joggers empuantissent.

Chez ma grand-mère, où je suis allé rechercher quelques affaires, que je ne trouve pas, je mets la main sur une pile de revues Minuit gondolées, partiellement moisies, collées entre elles. Sans doute un petit dégât des eaux dans un carton. Je les enveloppe et les emporte, ainsi qu'un Cahier noir de Forez, une étude sur les Contes de Madame d'Aulnoy que T. aura plaisir à revoir, un petit poste de radio...
Puis je m'en vais retrouver Bikun devant la fontaine Saint-Michel. Nous marchons un peu en devisant, passons place Monge pour déposer mes affaires. Il fait assez bon quoique l'on sente le temps changeant, il faut avoir plusieurs solutions sur soi. Ce qui n'est pas commode dans mon cas. On se décide à aller au cinéma, si une séance veut bien de nous. Allons jusqu'à Odéon.
Selon Charlie dans moins de dix minutes, parfait. Film dense sur une base de croisements d'aventures masculines au sein d'une petite ville de province. Un fond à la Chabrol, une trame à la Belvaux, mais un film bien de Nicole Garcia dans la façon de regarder les joies, les déboires et les hésitations des hommes, avec des silences éloquents (notamment celui de l'enfant Charlie qui joue pivot narratif) et des relations sociales bien frappées (Bacri excellent en maire, Magimel tout en retenue, Poelvoorde en sous-truand foireux que sauve le gong et le boomerang...
Je ne peux pas m'empêcher de voir ce film — outre ses évidentes qualités intrinsèques — comme une sorte de réponse (cinématographique, esthétique et en acte) au Huit femmes d'Ozon : sept hommes, filmés en décor naturel, dans des histoires vécues en direct, objectent assurément quelque chose à ces huit femmes faites de paroles dans un décor théâtral.

Au début du film, le maire de la ville fait une remarque désabusée sur les voyages des romanos, que l'on a autorisés à s'installer à l'écart de la ville. Quand on lui dit qu'au moins eux ils voyagent (sans doute par rapport à l'encroûtement provincial), il se demande s'ils partent vraiment quelque part puisqu'ils restent toujours entre eux. C'est très bref, très pertinent.

Bikun et moi discutons de divers aspects du film en prenant le métro juqu'à Saint-Denis, chez A. et Dom, où Bikun a pris ses quartiers d'été. Joyeux dîner de retrouvailles où il est question de Japon, de personnel des institutions culturelles, de T., des bagages et de la cuisine... Car on me fait manger excellemment : artichaut vinaigrette, charcuterie supérieure, filet mignon à l'aigre-doux, plateau de fromages et tarte aux pommes. Chacun y a mis du sien... et découvrira sans doute dans la nuit les qualités ventilatoires de l'artichaut.