Il faut avoir plusieurs solutions sur soi
Par Berlol, dimanche 27 août 2006 à 23:55 :: General :: #373 :: rss
Pour aller à la gare d'Austerlitz et au déjeuner familial (partiel,
tout le monde n'est pas là), je traverse le jardin des Plantes dans
la cour duquel un étrange dinosaure, vaguement nikidesaint-phallesque,
est venu s'installer. Il plaît beaucoup aux enfants. Puis la roseraie,
que les sillages des joggers empuantissent.Chez ma grand-mère, où je suis allé rechercher quelques affaires, que je ne trouve pas, je mets la main sur une pile de revues Minuit gondolées, partiellement moisies, collées entre elles. Sans doute un petit dégât des eaux dans un carton. Je les enveloppe et les emporte, ainsi qu'un Cahier noir de Forez, une étude sur les Contes de Madame d'Aulnoy que T. aura plaisir à revoir, un petit poste de radio...
Puis je m'en vais retrouver Bikun devant la fontaine Saint-Michel. Nous marchons
un peu en devisant, passons place Monge pour déposer mes affaires.
Il fait assez bon quoique l'on sente le temps changeant, il faut avoir plusieurs
solutions sur soi. Ce qui n'est pas commode dans mon cas. On se décide
à aller au cinéma, si une séance veut bien de nous.
Allons jusqu'à Odéon.Selon Charlie dans moins de dix minutes, parfait. Film dense sur une base de croisements d'aventures masculines au sein d'une petite ville de province. Un fond à la Chabrol, une trame à la Belvaux, mais un film bien de Nicole Garcia dans la façon de regarder les joies, les déboires et les hésitations des hommes, avec des silences éloquents (notamment celui de l'enfant Charlie qui joue pivot narratif) et des relations sociales bien frappées (Bacri excellent en maire, Magimel tout en retenue, Poelvoorde en sous-truand foireux que sauve le gong et le boomerang...
Je ne peux pas m'empêcher de voir ce film — outre ses évidentes qualités intrinsèques — comme une sorte de réponse (cinématographique, esthétique et en acte) au Huit femmes d'Ozon : sept hommes, filmés en décor naturel, dans des histoires vécues en direct, objectent assurément quelque chose à ces huit femmes faites de paroles dans un décor théâtral.
Au début du film, le maire de la ville fait une remarque désabusée sur les voyages des romanos, que l'on a autorisés à s'installer à l'écart de la ville. Quand on lui dit qu'au moins eux ils voyagent (sans doute par rapport à l'encroûtement provincial), il se demande s'ils partent vraiment quelque part puisqu'ils restent toujours entre eux. C'est très bref, très pertinent.
Bikun et moi discutons de divers aspects du film en prenant le métro juqu'à Saint-Denis, chez A. et Dom, où Bikun a pris ses quartiers d'été. Joyeux dîner de retrouvailles où il est question de Japon, de personnel des institutions culturelles, de T., des bagages et de la cuisine... Car on me fait manger excellemment : artichaut vinaigrette, charcuterie supérieure, filet mignon à l'aigre-doux, plateau de fromages et tarte aux pommes. Chacun y a mis du sien... et découvrira sans doute dans la nuit les qualités ventilatoires de l'artichaut.
Commentaires
1. Le lundi 28 août 2006 à 00:22, par brigetoun :
j'ai entendu d'assez mauvaises critiques - et j'ai envie de le voir - sans relation automatique entre les deux phrases
2. Le lundi 28 août 2006 à 02:56, par le consul :
la pire critique lue sur ce film :
www.chronicart.com/cine/c...
pas vu le film, mais pour en avoir vu d'autres de N.Garcia, je suis tenté de les croire...
3. Le lundi 28 août 2006 à 04:31, par Berlol :
Les professionnels de la profession, qui ont a priori une dent contre N. Garcia (et je me demande bien pourquoi...), peuvent dire ce qu'ils voudront, ce film est une intéressante distraction, sans bien sûr être du grand cinéma. Mais pourquoi tant de haine ? Et le film que je mets en balance, "Huit Femmes", qui a eu lui, en son temps, de bonnes critiques, est-il moins creux que ce que l'on dit de Selon Charlie ? Je ne le crois pas. Et ce théâtre filmé d'Ozon est-il techniquement si original ? Je ne le crois pas non plus. Et les numéros ostensibles d'actrices sont-ils moins critiquables de ceux des acteurs de Selon Charlie ? Je le crois encore moins. La dureté même des propos de JP Tessé dans l'article cité de Chronic'art est un indice de quelque chose qui cloche dans la réception de ce film et de cette réalisatrice, bien avant Cannes 2006 dont Chronic'art rappelle à chaque occasion (lubie, fixette) son avis négatif... Bref beaucoup de non-dits et de comptes à régler qui ne concernent guère le public "normal" des films (dont je fais partie).
4. Le mardi 29 août 2006 à 06:47, par le consul :
sauf que je crois qu'il y a eu un moment une sur-estimation de Nicole Garcia... mais c'est un autre débat. Et comme vous le dites, vous y avez pris plaisir et que vous vous êtes distrait... et je crois que le cinéma est le seul art qui permette cette appréciation de valeur. et c'est là une de ses forces... au contraire de la littérature, qui ne peut se juger sur le plaisir seulement. Attention je n'ai pas dit, que l'ennui était le critère de valeur non plus.... on ne lit pas Proust pour se distraire... mais on peut y avoir du plaisir, et quel plaisir...
5. Le mardi 29 août 2006 à 08:12, par Berlol :
En effet. Et puis il faut savoir de quoi on est capable, en quoi on a une compétence d'analyse. Je peux dire si un pont est beau selon mon goût mais je ne saurai pas analyser s'il est plus solide / moderne / lourd / techniquement évolué qu'un autre. Je peux apprécier Chostakovitch ou Boulez mais je n'ai pas les connaissances me permettant de juger leurs oeuvres par rapport à d'autres. En revanche, en littérature, j'ai mes petits repères, mes références, pas mal de stock en mémoire et mes bouts de théorie. C'est ça qui fait la différence (et encore, ça ne donne pas vraiment de droit de "juger quelqu'un", comme je le vois faire méchamment pour (ou contre) Angot, Houellebecq et bien d'autres).
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