lundi 28 août 2006
Passé le portillon, son long imper
Par Berlol, lundi 28 août 2006 à 23:46 :: General
La matinée s'est perdue comme ça, téléphoner,
attendre, chercher sur le web. Faire tout ce qui est en mon pouvoir pour
joindre British Airways, service bagages. Et l'idée naissante que
s'il y a réellement organisation d'un système d'évitement
du contact contentieux de leur part, c'est une faute grave... Mais il faut
le prouver... Et le faire enregistrer par une autorité... Pas sûr
que ce soit à ma portée... À suivre.
Bas-fonds touchés, après déjeuner... Jusqu'à ce que je me décide à sortir. Après tout, j'ai acheté un coupon orange hebdomadaire. À moi Paris by bus !
Je suis à peu près sûr — si incroyable que cela puisse paraître — d'avoir aperçu Patrick Deville, juste à la fin de la pluie. Il arrivait peut-être de Saint-Michel, s'est engouffré dans l'escalier du métro Odéon, avec des sacs... J'allais le rejoindre et lui adresser la parole mais des voitures m'ont empêché de traverser le boulevard Saint-Germain à temps, et quand je suis arrivé en haut de l'escalier, il avait déjà passé le portillon, son long imper se tournait, se soulevait dans le mouvement, partait. J'ai pensé que ce n'était pas la peine de le poursuivre, que ce n'était pas le bon moment pour une rencontre.
Or, justement, parmi les livres que j'allais chercher chez Gibert, il y avait Pura Vida, que j'ai finalement trouvé à la librairie Compagnie. Je n'ai d'ailleurs acheté que ça, problème de bagages oblige...
Puis le 87 jusqu'au bout, Champ-de-Mars,
et retour. Lire un peu, regarder le paysage urbain, suivre des passants des
yeux, le soleil, les nuages. Puis autre itinéraire jusqu'à
place d'Italie pour chercher des polos (solution plus économique et
plus pratique que les chemises), mais je ne trouve pas ce que je veux au
Printemps. Je trouverai aux Galeries Lafayette de Montparnasse.
Ramener ça à la maison, me délester un peu et repartir vers Odéon, en deux bus, pour aller au cinéma. Séance dans moins d'une demie-heure, hop, un sandwich.
Pour un peu de douceur et de légèreté dans ce monde épais, un film sur la musique classique. Un peu de Bach et surtout, oui, du Chostakovitch. Mais la diabolique et edmond-dantèsque Tourneuse de pages réserve des surprises. La grande bourgeoise grande pianiste qu'incarne Catherine Frot n'en sortira pas indemne, si on peut appeler ça en sortir.
« Le petit jeune homme boitillant traîne sa gloire et son
orgueil fracassés au fond de l'une des baraques, dernier palais d'où
peut-être il chasse, comme je me plais à l'imaginer, à
l'instant de l'abandonner à son sort dix fois mérité,
quelque tapir ou tamanoir réfugié de la pluie tropicale. William
Walker arme son pistolet. C'est le 2 septembre 1860. Après tous ces
échecs, lorsque demeurent au bout de sept ans de combat l'excuse et
l'héroïsme sans doute d'avoir tenté l'impossible, il connaît
maintenant l'endroit de l'Amérique centrale où bientôt
s'achèvera sa déroute.» (Patrick Deville, Pura
Vida, Vie & mort de William Walker,
Seuil, 2004, p 16.)
Bas-fonds touchés, après déjeuner... Jusqu'à ce que je me décide à sortir. Après tout, j'ai acheté un coupon orange hebdomadaire. À moi Paris by bus !
Je suis à peu près sûr — si incroyable que cela puisse paraître — d'avoir aperçu Patrick Deville, juste à la fin de la pluie. Il arrivait peut-être de Saint-Michel, s'est engouffré dans l'escalier du métro Odéon, avec des sacs... J'allais le rejoindre et lui adresser la parole mais des voitures m'ont empêché de traverser le boulevard Saint-Germain à temps, et quand je suis arrivé en haut de l'escalier, il avait déjà passé le portillon, son long imper se tournait, se soulevait dans le mouvement, partait. J'ai pensé que ce n'était pas la peine de le poursuivre, que ce n'était pas le bon moment pour une rencontre.
Or, justement, parmi les livres que j'allais chercher chez Gibert, il y avait Pura Vida, que j'ai finalement trouvé à la librairie Compagnie. Je n'ai d'ailleurs acheté que ça, problème de bagages oblige...
Puis le 87 jusqu'au bout, Champ-de-Mars,
et retour. Lire un peu, regarder le paysage urbain, suivre des passants des
yeux, le soleil, les nuages. Puis autre itinéraire jusqu'à
place d'Italie pour chercher des polos (solution plus économique et
plus pratique que les chemises), mais je ne trouve pas ce que je veux au
Printemps. Je trouverai aux Galeries Lafayette de Montparnasse.Ramener ça à la maison, me délester un peu et repartir vers Odéon, en deux bus, pour aller au cinéma. Séance dans moins d'une demie-heure, hop, un sandwich.
Pour un peu de douceur et de légèreté dans ce monde épais, un film sur la musique classique. Un peu de Bach et surtout, oui, du Chostakovitch. Mais la diabolique et edmond-dantèsque Tourneuse de pages réserve des surprises. La grande bourgeoise grande pianiste qu'incarne Catherine Frot n'en sortira pas indemne, si on peut appeler ça en sortir.
« Le petit jeune homme boitillant traîne sa gloire et son
orgueil fracassés au fond de l'une des baraques, dernier palais d'où
peut-être il chasse, comme je me plais à l'imaginer, à
l'instant de l'abandonner à son sort dix fois mérité,
quelque tapir ou tamanoir réfugié de la pluie tropicale. William
Walker arme son pistolet. C'est le 2 septembre 1860. Après tous ces
échecs, lorsque demeurent au bout de sept ans de combat l'excuse et
l'héroïsme sans doute d'avoir tenté l'impossible, il connaît
maintenant l'endroit de l'Amérique centrale où bientôt
s'achèvera sa déroute.» (Patrick Deville, Pura
Vida, Vie & mort de William Walker,
Seuil, 2004, p 16.)