J'attends toujours !
Par Berlol, lundi 28 août 2006 à 11:53 :: General :: #374 :: rss
C'est assez invalidant. C'est aussi pas mal déprimant. Mais c'est
surtout rageant. Non pas tant d'un point de vue personnel ou intime (les affaires
qui manquent, les cadeaux non distribués, le temps perdu) que d'un
point de vue éthique ou social.
On peut supposer que des personnes s'occupent activement de retrouver et d'acheminer les bagages égarés et retardés. On peut aussi penser qu'ils s'en foutent royalement, parce que ça ne rapporte rien et parce que ça n'aura aucune incidence. Il n'est pas possible de le savoir. En effet, la compagnie British Airways s'est rendue injoignable, sur le sujet des bagages, tout en donnant toutes les apparences de la disponibilité (reliability) : numéros de téléphone, de fax, adresse web... Mais : le téléphone ne répond pas, le fax n'appelle pas de présence simultanée et la page web n'est qu'une façade (d'ailleurs, on ne m'a pas donné à l'aéroport de référence me permettant d'utiliser le service de traçage des bagages).
Tout d'abord, le numéro de téléphone du service bagages de British Airways à Roissy, le 08.00.18.10.00, délivre en boucle le message suivant : "Bonjour, toutes les lignes de votre correspondant sont occupées. Veuillez rappeler ultérieurement. Hello, all the lines of your correspondant are busy. Could you, please, call back later." Il ne s'agit pas d'un message d'attente mais d'une demande de rappel, ne donnant aucune autre solution et mettant celui qui appelle à la disponibilité du service. Le message ne contient aucune forme d'excuses. Au contraire le pluriel des "lignes" occupées montre combien ce service est occupé, sans doute à des choses d'une grande importance, et n'est donc pas disponible pour votre petite personne. On est là devant une façade, un artifice.
Ensuite le numéro de British Airways en France, à La Défense, qui n'est pas indiqué sur le document que l'on m'a donné à l'aéroport mais que j'ai trouvé, avec la même adresse postale, via le web, le 0825.892.892. Ce numéro avait samedi et dimanche le même message que le précédent. Ce lundi matin, c'est différent : plusieurs séquences préenregistrées s'enchaînent automatiquement, avec des différences de voix et sans doute des possibilités de modulation. Voici l'enchaînement de ce matin : "Votre appel a été transféré à une messagerie vocale... La boîte vocale appartenant à... est pleine... Ne quittez pas, on va vous répondre dans quelques instants... Nous sommes désolés mais aucun standardiste n'est disponible pour vous répondre en ce moment... J'attends toujours. Pour couper la communication, pressez le 1, pour appeler un autre numéro, pressez le 2... J'attends toujours. (idem)... Nous regrettons que vous ayez des difficultés. Veuillez réessayer un peu plus tard. Au revoir !" (Et ça coupe.)
On constate le même rabaissement du client par le degré d'importance de l'occupation du service (aucun standardiste n'est disponible). Ce qui diffère du message du numéro précédent, c'est qu'ici on laisse croire à la possibilité de joindre quelqu'un, ou de laisser un message... mais la boîte vocale est "pleine" (de messages importants qui de toute façon auraient à être traités avant le vôtre, dans l'éventualité où vous auriez pu en laisser un). On vous propose même gentiment d'arrêter de nous faire ch... en coupant vous-même la communication. L'hypocrisie atteint un sommet avec ce Nous regrettons que vous ayez des difficultés, puisqu'aucune possibilité visant à résoudre, voire seulement exposer ces difficultés n'est offerte. D'ailleurs, comment savent-ils que j'ai des "difficultés" ? Ils sont partis du principe que toute personne qui essaie de les appeler le fait parce qu'elle a des difficultés et ils ont concocté cette réponse qui signifie qu'ils n'ont aucune intention de résoudre ces difficultés. Cette phrase signifie donc précisément : "on se fout complètement de vos difficultés".
Le vrai langage qui nous est tenu apparaît d'ailleurs dans la phrase : J'attends toujours. En effet, moi, qui vous appelle, j'attends toujours. Ou bien je me décris en disant que j'attends toujours, oui, c'est vrai, comme vous dites, j'attends toujours. Mais en réalité, ce n'est pas moi qui le dis, c'est la voix préenregistrée, qui n'est pas ma voix, qui est une voix qui représente ce service de British Airways, et qui me dit qu'elle attend toujours. Mais que peut-elle attendre ?, me demandé-je, sinon que j'obéisse à son injonction de raccrocher ! Foutez-nous la paix, dit-elle en substance, raccrochez ! Alors, j'attends toujours ! Ma parole, mais quel boulet ! Vous êtes bouché ou quoi ?
L'appelant qui est chez lui et qui n'a qu'une ligne de téléphone, lui, est tiraillé : s'il essaie d'appeler différents numéros et de rester en ligne en attendant une hypothétique réponse, il se prive de la possibilité d'être appelé. Et s'il attend que le téléphone sonne sans rien demander à personne, aucune pression de quelque ordre ne risque de peser sur le service de réclamation. Que faire ?
Je demande à toutes les personnes de bonne volonté qui lisent ce billet de le faire connaître autant que possible dans le but de dénoncer cette hypocrisie, voire d'obliger British Airways à répondre réellement à ses obligations de service. Je souligne que tout le monde est concerné puisque ce type de façade peut être installé par toute entreprise commerciale qui ne souhaite pas réellement répondre aux réclamations légitimes de ses clients.
On peut supposer que des personnes s'occupent activement de retrouver et d'acheminer les bagages égarés et retardés. On peut aussi penser qu'ils s'en foutent royalement, parce que ça ne rapporte rien et parce que ça n'aura aucune incidence. Il n'est pas possible de le savoir. En effet, la compagnie British Airways s'est rendue injoignable, sur le sujet des bagages, tout en donnant toutes les apparences de la disponibilité (reliability) : numéros de téléphone, de fax, adresse web... Mais : le téléphone ne répond pas, le fax n'appelle pas de présence simultanée et la page web n'est qu'une façade (d'ailleurs, on ne m'a pas donné à l'aéroport de référence me permettant d'utiliser le service de traçage des bagages).
Tout d'abord, le numéro de téléphone du service bagages de British Airways à Roissy, le 08.00.18.10.00, délivre en boucle le message suivant : "Bonjour, toutes les lignes de votre correspondant sont occupées. Veuillez rappeler ultérieurement. Hello, all the lines of your correspondant are busy. Could you, please, call back later." Il ne s'agit pas d'un message d'attente mais d'une demande de rappel, ne donnant aucune autre solution et mettant celui qui appelle à la disponibilité du service. Le message ne contient aucune forme d'excuses. Au contraire le pluriel des "lignes" occupées montre combien ce service est occupé, sans doute à des choses d'une grande importance, et n'est donc pas disponible pour votre petite personne. On est là devant une façade, un artifice.
Ensuite le numéro de British Airways en France, à La Défense, qui n'est pas indiqué sur le document que l'on m'a donné à l'aéroport mais que j'ai trouvé, avec la même adresse postale, via le web, le 0825.892.892. Ce numéro avait samedi et dimanche le même message que le précédent. Ce lundi matin, c'est différent : plusieurs séquences préenregistrées s'enchaînent automatiquement, avec des différences de voix et sans doute des possibilités de modulation. Voici l'enchaînement de ce matin : "Votre appel a été transféré à une messagerie vocale... La boîte vocale appartenant à... est pleine... Ne quittez pas, on va vous répondre dans quelques instants... Nous sommes désolés mais aucun standardiste n'est disponible pour vous répondre en ce moment... J'attends toujours. Pour couper la communication, pressez le 1, pour appeler un autre numéro, pressez le 2... J'attends toujours. (idem)... Nous regrettons que vous ayez des difficultés. Veuillez réessayer un peu plus tard. Au revoir !" (Et ça coupe.)
On constate le même rabaissement du client par le degré d'importance de l'occupation du service (aucun standardiste n'est disponible). Ce qui diffère du message du numéro précédent, c'est qu'ici on laisse croire à la possibilité de joindre quelqu'un, ou de laisser un message... mais la boîte vocale est "pleine" (de messages importants qui de toute façon auraient à être traités avant le vôtre, dans l'éventualité où vous auriez pu en laisser un). On vous propose même gentiment d'arrêter de nous faire ch... en coupant vous-même la communication. L'hypocrisie atteint un sommet avec ce Nous regrettons que vous ayez des difficultés, puisqu'aucune possibilité visant à résoudre, voire seulement exposer ces difficultés n'est offerte. D'ailleurs, comment savent-ils que j'ai des "difficultés" ? Ils sont partis du principe que toute personne qui essaie de les appeler le fait parce qu'elle a des difficultés et ils ont concocté cette réponse qui signifie qu'ils n'ont aucune intention de résoudre ces difficultés. Cette phrase signifie donc précisément : "on se fout complètement de vos difficultés".
Le vrai langage qui nous est tenu apparaît d'ailleurs dans la phrase : J'attends toujours. En effet, moi, qui vous appelle, j'attends toujours. Ou bien je me décris en disant que j'attends toujours, oui, c'est vrai, comme vous dites, j'attends toujours. Mais en réalité, ce n'est pas moi qui le dis, c'est la voix préenregistrée, qui n'est pas ma voix, qui est une voix qui représente ce service de British Airways, et qui me dit qu'elle attend toujours. Mais que peut-elle attendre ?, me demandé-je, sinon que j'obéisse à son injonction de raccrocher ! Foutez-nous la paix, dit-elle en substance, raccrochez ! Alors, j'attends toujours ! Ma parole, mais quel boulet ! Vous êtes bouché ou quoi ?
L'appelant qui est chez lui et qui n'a qu'une ligne de téléphone, lui, est tiraillé : s'il essaie d'appeler différents numéros et de rester en ligne en attendant une hypothétique réponse, il se prive de la possibilité d'être appelé. Et s'il attend que le téléphone sonne sans rien demander à personne, aucune pression de quelque ordre ne risque de peser sur le service de réclamation. Que faire ?
Je demande à toutes les personnes de bonne volonté qui lisent ce billet de le faire connaître autant que possible dans le but de dénoncer cette hypocrisie, voire d'obliger British Airways à répondre réellement à ses obligations de service. Je souligne que tout le monde est concerné puisque ce type de façade peut être installé par toute entreprise commerciale qui ne souhaite pas réellement répondre aux réclamations légitimes de ses clients.
Commentaires
1. Le lundi 28 août 2006 à 03:49, par Lionel :
J'ose croire que tes bagages égarés dans l'autre sens, l'attitude de BA à Tokyo aurait été différente, plus réceptrice, plus respectueuse, même si une valise introuvable est une valise introuvable.
2. Le lundi 28 août 2006 à 04:00, par Berlol :
C'est ce que j'ai également tendance à croire, en effet. Tu fais bien de le souligner. L'attitude vis à vis du client est infiniment plus respectueuse au Japon. Désolé pour les Français qui croiraient encore à une quelconque excellence de leurs services !
3. Le lundi 28 août 2006 à 05:47, par Manu :
Justement, je suis étonné que tu n'aies pas essayé d'appeler Londres voire Tokyo. Ça se passerait sûrement mieux.

Pourquoi pas à la Bikun d'ailleurs, un expert en la matière qui retrouve sa valise tout seul en passant des coups de fil directement aux aéroports !
4. Le lundi 28 août 2006 à 07:56, par jf paillard :
Hello, Pourrais-tu me donner une adresse en France, je t'enverrais bien mon nouveau bouquin... JF Paillard
5. Le lundi 28 août 2006 à 09:01, par Berlol :
Merci, Jean-François !
Manu, je suis en train d'accumuler des numéros de téléphone de BA en France, déjà (des numéros avec répondeurs comme ceux cités dans le billet, qui sont donc des façades où l'on ne répond jamais). J'ai pu joindre des gens à d'autres services (clientèle, commercial, vente, etc., qui ont peut-être retransmis ma réclamation, ou peut-être pas, mais dont, de toute façon, ce n'est pas directement le boulot). En fait, je pense que l'absence de réponse au numéro des réclamations fourni sur le document qui m'a été donné vendredi soir est une grave erreur commerciale et contractuelle. J'envisage donc de porter plainte pour cette raison (et non pour le retard de la valise, qui dépend lui des mesures de sécurité, etc.). La suite au prochain épisode.
6. Le lundi 28 août 2006 à 10:55, par vinteix :
Bonne chance !
7. Le lundi 28 août 2006 à 10:55, par Dominique Fromentin :
liste des objets actuellement en transit à British Airways, tous mentionnés au moins une fois dans le JLR les 6 derniers mois, et contenus dans la valise non virtuelle :
- une bicyclette à rangement vertical
- une table de ping pong
- un citronnier apprivoisé
- 5 exemplaires d'une thèse en deux volumes
- un rasoir électrique sachant raser
- une paire de nouvelle chaussure en date du
- un costume fait sur mesure (en moleskine ? non, autre chose je ne me souviens plus, mais il y avait l'indication du tissu)
- un poulet frites emballé du saint-martin
- une histoire d'Antoine Volodine, laquelle ayant déteint sur le contenant a entraîné la perte obligatoire de la valise et le début de l'histoire non plus de Volodine mais de Berlol
je laisse aux autres visiteurs le soin de compléter (il y a aussi autre solution non évoquée plus haut : attendre 3 jours tranquillement, le temps qu'ils aient retrouvé la valise ?)
8. Le lundi 28 août 2006 à 10:56, par Bikun :
Berlol,
a mon arrivée à Paris (Orly) en Mai, constatant que la valise n'était pas la, je me suis adressé au service litiges bagage. Un service qui ne dépend d'aucune compagnie en particulier. Ils avaient saisie ma réclamation donc la description du bagage. C'est au bout d'une semaine que je me suis pris par la main pour appeller directement Tadjik airline à Istanbul. J'ai réussi à joindre quelqu'un après plusieurs essais mais ma chance dans l'histoire est que c'est une petite compagnie et qu'ils n'ont qu'un seul vol par semaine donc finalement si j'avais su dès le départ, j'aurais gagné du temps.
J'avais été très agacé moi aussi de l'incapacité des services à fournir la moindre réponse et surtout d'en faire le moins possible. On tape sur son écran, on appuie sur entrée et voila fini...
J'espère que ça va s'arranger.
9. Le lundi 28 août 2006 à 12:05, par brigetoun :
mon expérience d'une semaine en rentrant de Lisbonne, je crois que c'était Air France - nous vous remontons le moral ?
10. Le lundi 28 août 2006 à 13:45, par Berlol :
Oui, le moral s'améliore et c'est un peu grâce à vos commentaires, compréhensifs ou décalés, mais toujours amicaux. Merci. Je vais faire ma journée...
11. Le lundi 28 août 2006 à 19:03, par Dabichan :
Quel délicieux billet Berlol ! Du grand art ! Je me verrais presque en train de jouer la scène... monté sur mes ergots. On rirait du vaudeville, si précisément c'en était ! La complexité des réseaux et des procédures pousse le client lésé réduit à son infime individualité à abdiquer face au néant. Voilà encore un processus aussi pernicieux que la LBA (Lingua Britannicarum Aeroviarum) pour lentement et insidieusement nous faire prendre conscience qu'aujourd'hui il n'y a plus d'Homme libre mais des consommateurs indéterminés, bêlants et... tondables à souhait.
PS : Dominique, dans son bel inventaire à la Berlol a omis de mentionner, me semble-t-il, les voraces chenilles vertes et charnues du citronnier apprivoisé à qui il serait resté un petit creux. Elles se sont peut-être fait les mandibules sur ta valise...
12. Le lundi 28 août 2006 à 22:12, par Manu :
Berlol, je ne me fais pas trop de soucis pour ta valise. Je suis quasiment sûr que tu la retrouveras (juste à temps pour l'embarquer vers Tokyo ??? Un peu avant tout de même, espérons-le !), c'est seulement une question de temps.
Et je suis tout à fait d'accord avec toi : la qualité du service clientèle est inadmissible et porter plainte est sans doute la meilleure chose que tu puisses faire pour exprimer ton mécontentement et essayer de faire évoluer les choses (soyons optimistes !).
La mauvaise pub, c'est pas mal non plus !
Allez, bon courage !
13. Le jeudi 31 août 2006 à 21:30, par raphael :
Analyse très pertinente ... du message délivré ... et du service attenant. Tellement que je n'ai pas résisté à y faire allusion dans :
japon-2006.blogspot.com/2...
14. Le samedi 2 septembre 2006 à 03:19, par Beleg :
Bonne chance, cela fait 3 jours que je recherche mon bagage perdu il y a une semaine entre delhi et paris via londres. Et effectivement, je me heurte aux même difficultés que vous, y a til quelqu'un qui sera capable de nous renseigner.
le 0 825 825 400 est le seul numéro ou j'ai eu une personne, celle ci a sans doute transmis ma demande de numéro de suivi mais je crois pas trop recevoir un retour.
Prochaine étape, me déplacer Tour Kupka A 18 r Hoche 92800 PUTEAUX
Et sans doute à l'adresse indiqué sur la feuille du service bagage.
Bon courage.
15. Le samedi 2 septembre 2006 à 04:36, par Dominique Fromentin :
Cette valise-là attend depuis 60 ans (le Monde, hier) :
LE MONDE | 01.09.06 | 14h28 • Mis à jour le 01.09.06 | 14h28
L'évocation de cet "incroyable moment" commence par un long silence. Michel Lévi-Leleu cherche les mots pour le dire. "C'était en février 2005, dit-il doucement. Avec ma fille, nous étions en train de visiter l'exposition présentée au Mémorial de la Shoah à Paris. Je suis passé un peu vite devant une valise présentée derrière une vitrine. Claire s'est arrêtée. Puis elle m'a appelé pour me signaler qu'il y avait une étiquette sur laquelle figurait un nom : Pierre Lévi, celui de mon père. On ne savait plus quoi faire."
Le choc. Les souvenirs qui reviennent en désordre, et cet automne 1942, dernière image du père vivant pour un enfant alors âgé de 4 ans. La famille s'est séparée. Michel Lévi, sa mère et son frère se cachent en Haute-Savoie sous le nom d'emprunt de Leleu. "Je me souviens de mon père me disant que si on me demandait mon nom, je devais dire Leleu. Il m'a fait comprendre que c'était une affaire de vie ou de mort de ne pas dire qui j'étais", confie-t-il.
Pierre Lévi, négociant en pierres précieuses, réside dans la région d'Avignon. Il est arrêté en avril 1943 dans la gare de la Cité des papes, alors qu'il s'apprête à prendre le train pour aller voir sa femme et ses deux fils. Après un passage dans les camps de transit d'Orgeval et de Drancy, il est déporté à Auschwitz, dont il ne reviendra pas.
L'exposition présente sobrement l'objet comme une "valise appartenant à Pierre Lévi, déporté de France à Auschwitz". Le couvercle a disparu et la poignée de cuir donne des signes d'usure. Devant cet objet surgi du passé, Michel Lévi-Leleu a un moment d'hésitation. S'agit-il vraiment de celle ayant appartenu au disparu ? N'y a-t-il pas le risque d'une confusion avec un homonyme ?
Il observe attentivement l'écriture sur l'étiquette : "Il m'a semblé que c'était celle de maman", avoue-t-il. Dates et numéros de convoi correspondent. Il mène une enquête rapide ; elle le convainc que la valise appartient bel et bien à son père. "Peu de temps après, je me suis manifesté pour qu'elle reste au Mémorial", explique-t-il.
Cette décision déclenche un tohu-bohu inattendu. Car la valise appartient au Musée d'Auschwitz-Birkenau, en Pologne. L'institution l'a prêtée au Mémorial parisien, à titre temporaire.
Pour Michel Lévi-Leleu, mille raisons font qu'elle doit rester en France. Après avoir vécu toute sa vie d'adulte et d'ingénieur au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) sous l'identité de Michel Leleu, il vient d'engager une procédure pour reprendre son nom d'origine, " (se) réapproprier (son) passé".
Il lit les livres de Primo Levi, visionne des documentaires consacrés au sort des juifs pendant la seconde guerre mondiale, ainsi qu'un bout du film de Claude Lanzmann Shoah. "Je n'ai pas pu rester jusqu'à la fin. C'était trop douloureux", murmure-t-il. Bref, il se passionne pour une période noire ancrée dans son histoire personnelle. "Je ne suis pas un combattant ou un révolté, dit-il. Mais j'ai vu dans la valise quelque chose comme un signe. Je voulais qu'elle reste là, pas pour la mettre dans un placard chez moi, à l'abri de tous les regards, mais pour qu'elle soit exposée à tous à Paris. Je ne la voyais pas refaire le chemin qu'elle avait déjà accompli vers Auschwitz."
Il souhaite que, tout en conservant la propriété de la valise, le musée polonais accorde un prêt permanent au Mémorial. L'avocat Serge Klarsfeld, en tant que membre du bureau de la Fondation de la Shoah, entretient des relations directes avec le musée, situé sur le site du camp d'extermination. "J'avais insisté pour le prêt, indique-t-il. Je leur ai dit l'intérêt qu'il y avait à l'exposer à Paris." Après discussion et à titre exceptionnel, les responsables polonais consentent à prolonger de six mois le séjour en France de l'objet.
En raison de l'absence d'un nouvel accord au terme du délai, Michel Lévi-Leleu engage une procédure judiciaire en décembre 2005. Elle a pour conséquence immédiate la réquisition et la mise sous séquestre de la valise au Mémorial. Des courriers sont échangés. La direction du musée y plaide pour son retour en Pologne. "Elle fait partie de l'histoire du camp d'Auschwitz, écrit-elle notamment, et elle est une des preuves de la Shoah ; une preuve de caractère émotionnel mais surtout documentaire. Sa présence à notre exposition permanente visitée chaque année par des millions de gens venant du monde entier a une importance exceptionnelle."
Des personnalités sont mises à contribution. C'est ainsi que Simone Veil, ancienne ministre, ex-présidente du Parlement européen et déportée, reçoit une lettre en date du 28 février, signée du ministre des affaires étrangères polonais et du président du Conseil international d'Auschwitz ; elle est également adressée à Michel Lévi.
Cette fois, c'est le risque de la création d'un précédent qui est mis en avant. "Sur ce lieu du plus grand crime, affirment les auteurs, absolument tout a des propriétaires d'avant-guerre, et tout pourrait être restitué. Ce serait certainement un danger pour la mémoire et un achèvement cruel de soixante années de travail des rescapés et d'anciens prisonniers pour la maintenance de ce site."
Michel Lévi-Leleu résiste. Il se dit convaincu que sa démarche reste exceptionnelle. "Je ne vais pas vider le Musée d'Auschwitz, promet-il. Et je regrette que cela se passe comme ça. C'est lamentable, après ce qu'a vécu le père, que le fils doive se battre pour que la valise reste en France." Le directeur du Mémorial, Jacques Freidj, partage cette tristesse. Il s'est entremis pour obtenir une solution à l'amiable. En vain. Et, depuis le début du contentieux, il n'a plus aucune relation avec les Polonais. "Il s'agit vraiment d'un cas particulier, proteste-t-il. Si cela avait été traité avec plus de sensibilité, ç'aurait été un non-événement. C'est vraiment dommage."
De fait, le musée n'a que très peu de chances de revoir la valise. Il doit remettre des conclusions à la justice française à la mi-septembre. A partir du moment où l'objet a bien été identifié comme propriété de Pierre Lévi, il paraît peu probable que les juges en dépossèdent son fils et héritier direct. Pour Me Klarsfeld, la publicité donnée à l'affaire doit même fournir l'occasion d'enrichir la mémoire des événements tragiques de la déportation : "Quand les gens étaient arrêtés, ils laissaient derrière eux des biens, des valises. Ils étaient stockés dans les mairies. Il faudrait lancer un appel. On retrouverait sans doute des tas de choses."
Michel Lévi-Leleu n'a pas le sentiment d'avoir vécu une histoire exemplaire. Encore une fois, il cherche ses mots. Pour lever un coin de voile sur l'intime. "Vous savez, dit-il, j'ai eu longtemps des difficultés dans mes rapports avec mes enfants à me situer comme père. Aujourd'hui, j'ai compris tout ce que ça voulait dire." Peut-être l'image d'un homme, parti un jour, une valise à la main.
Pascal Ceaux
Article paru dans l'édition du 02.09.06
16. Le samedi 2 septembre 2006 à 15:35, par Berlol :
Dominique, merci. C'est fou ce qu'on ouvre dès qu'il est question de valise. C'est qu'on s'en traîne, dans l'histoire collective !
Beleg, j'ai ma valise depuis hier soir (voir billets postérieurs à celui-ci) et on ne peut pas dire qu'elle était au mieux de sa forme. Dans mon cas et compte tenu des "réactions officielles" en France, j'ai jugé après trois jours qu'il valait mieux attendre d'être appelé par eux plutot que d'essayer indéfiniment de les appeler, moi. Et en effet, c'est ce qui s'est passé. Sinon c'est, en plus de la valise absente, le meilleur moyen de se pourrir le séjour...
17. Le lundi 4 septembre 2006 à 03:30, par william :
pareil pour moi :
paris londres tokyo le 16 aout.
toujours pas de nouvelles de ma valise et meme impossibilite de joindre ces voleurs de british airways, pourtant j ai tout essaye!!!
extremement rageant... surtout que maintenant je suis rentre du japon, ou j etais pour raisons prof. et en vacances toujours sans bagages...
William
18. Le mercredi 6 septembre 2006 à 10:41, par extraballe :
On savait que les anglais faisaient une cuisine à la limite de la torture, on sait maintenant qu'en plus ils ne savent pas ranger leur chambre...
Nos valise sont perdues dans le gigantesque trou noir d'Heathrow... le même qui a avalé mon humour et qui régurgite des messages robotiques dignes d'un mauvais roman de Norman Spinrad : faites comme moi, imaginez leur têtes au pub quand, menant 1-0 face à la France au championnat d'Europe de Football il y a deux ans, à 1 minute de la fin ils prirent deux buts...
19. Le mercredi 6 septembre 2006 à 15:13, par Berlol :
William et Extraballe, je compatis sincèrement. D'autant que je vais me relancer dans le flipper géant dès dimanche et que la même mésaventure pourra se reproduire... Tenez-nous au courant quand même.
20. Le lundi 11 septembre 2006 à 07:14, par Clement :
Oh nous sommes nombreux à avoir perdu des bagages à Londres, je crois.
Perso, je mets le calendrier de mes démarches avec British Airways sur mon blog : si ça peut donner des idées à ceux dans mon cas... :
fr.blog.360.yahoo.com/sei...
Bonne chance de votre côté,
Clément.
21. Le mercredi 13 septembre 2006 à 10:36, par caroline :
bon on est le 13 septembre et, cher Berlol, ca fait une semaine que tu n'as pas donne de nouvelles! ou en es tu? as tu retrouver ta valise? car je suis dans le meme stress que toi, ca fait deux semaine que je suis rentre et toujours pas de baggage.
Beleg, es tu aller au siege de la defense de british? sinon j'irai bien egalement. ainsi que porter plainte!
22. Le mercredi 13 septembre 2006 à 17:56, par Berlol :
Pour Caroline (qui n'est pas Caroline de Tout à fait décousu) : il faut regarder les pages des jours suivants, le problème de la valise est fini depuis pas mal de temps (voir jeudi 31, vendredi 1er septembre, mardi 5 et mercredi 6). Ma chance, je crois, est d'avoir eu une négociatrice hors pair qui a pu régler le problème au Japon, dans un pays où des gens répondent au téléphone...
23. Le mercredi 18 octobre 2006 à 02:41, par zabou :
En faisant une vielle documentaire sur BA, j'ai découvert ces échanges.
Il est une réponse simple à laquelle aucun d'entre vous n'a pensée. Il n'y a plus de personnel BA pour traiter ces problèmes. Tout est sous traité et les contrats des sous traitants changent régulièrement, c'est la technique du moins au franc.
Pour vous en IDF sachez qu'il n'y a plus de personnel BA dans les aéroports, juste des gens en CDD non renouvelables, mal payés et malheureusement incapables de répondre à vos demandes spécifiques car polyvalents sur plusieurs compagnies.
Tous les appels clients derrière les numéros 08.....vont dans un mois recevoir un traitement depuis un lointain pays. Les derniers salariés qui assuraient le service client sont en cours de licenciement.
Les billets d'avion low-cost sont une supercherie, nous consommateurs devont assumer l'absence de prestations de services.
Votre démarche est positive, j'ai eu la même il y a quelques semaines avec un fournisseur d'accés internet...
Bon courrage vous aurez gain de cause....
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