mardi 29 août 2006
Poids fous de se croire quelqu'un
Par Berlol, mardi 29 août 2006 à 23:55 :: General
C'est merveilleux. Je reviens vingt-cinq ans en arrière. Il est trois
heures du matin. J'ai dormi une heure et me suis réveillé parce
que j'allais avoir du mal à digérer, qu'il valait mieux rester
à la verticale. J'écoute Radio Nova sur un vrai poste de radio
et j'écris. Le programme musical est somptueux, cette nuit. Comme
il y a très longtemps. C'est merveilleux, je reviens en arrière.
Je le dois à Cécile et à Marguerite. Et aussi à Christine. Ou à deux Christine. Ou trois.
À Cécile avec qui j'ai déjeuné de pâtes, rue Saint-Jacques, alors qu'il pleuvait sur Paris et avec qui la conversation est agréable et fournie, connivente depuis la première fois, depuis ses premiers commentaires au JLR. À Marguerite, avec qui j'ai excellement dîné Au bon Accueil, rue Montessuy, après un superbe coucher de soleil que j'ai encore reçu comme un signe (païen) entre l'église Sainte-Cécile et la rue Saint-Dominique, et avec qui la conversation est agréable et fournie, connivente aussi depuis la première fois au dîner organisé par Christine à l'Argo, à Tokyo.
Je ne les mets pas en concurrence. Je m'excuse si on pourrait le croire. Il faut relire. Il n'y a pas de concurrence, c'est un hasard du calendrier. Un hasard provoqué. Ce sont des rencontres littéraires, qui deviennent de la vie. Nous parlons de littérature au milieu d'autres choses, et c'est notre vie qui s'y joue. C'est ce qui m'amène à la deuxième Christine, Angot.
Ne dormant pas, pour être plutôt vertical qu'horizontal
et que la digestion vienne, j'ai lu une heure Rendez-vous, quelques
dizaines de pages. Apparemment, je ne lis pas le même livre qu'Assouline
dont j'ai dit déjà la vulgarité du billet
y consacré. Il a relevé des choses du livre en effet, mais
il n'a pas dit comment elles s'inscrivaient, à côté de
quoi ou contre quoi, et comment alors ça faisait du sens tout différent
de ce qu'il a extrait (non, il a fait un mauvais jeu de mots sur verge,
a parlé des 400 pages à se cogner, a reproché
des conventions bourgeoises du roman qu'il utilise lui-même
à fond dans ses propres textes, etc.). C'est ça, la vulgarité,
de ne pas sentir ce qu'il ne faut pas départir, de croire qu'on peut
tout bouger comme on veut, pour servir à des trucs qu'on a à
dire soi. Ou rien à dire, juste nuire. Le manque de finesse. Les gros
sabots de la république des livres. Qui devient la raie publique où
tout le monde se délivre de dizaines de commentaires tous plus inutiles
les uns que les autres, infinie queue des caudataires qui se défoulent.
Et disant cela, je pourrais être vulgaire, mais je ne le crois pas,
ou pas de la même façon.
Bref. Impressionnant début de Rendez-vous, où la narratrice passe au niveau spéculaire suivant, celui où elle est auteur invitant un admirateur bien plus âgé qu'elle à une lecture, qui la reconnaît donc avant tout comme un écrivain avant de devenir son amant et de se mettre en concurrence avec son père pour la faire jouir. Perversion spéculaire qui provoque un choc qui lui fait intégrer, comme dans un jeu vidéo, le niveau supérieur de sa vie.
« Aucun ne s'était jamais mis en compétition avec mon père, et aucun ne l'avait donc délogé. Lui, le banquier, l'avait fait, le faisait, ce n'était donc pas une question d'admiration [...] J'avais d'ailleurs fait un rêve magnifique quelques jours plus tôt. Dans mon rêve, je me réveillais le matin dans ma chambre et je m'apercevais que tout l'appartement était jonché de pétales de fleurs. J'avais tout de suite compris le sens : la défloration. Tous ces pétales de fleurs qui jonchaient mon appartement signifiaient que j'avais enfin été déflorée. Le banquier m'avait déflorée, ce qu'aucun de mes précédents amants n'avait réussi à faire sur un plan abstrait.» (Christine Angot, Rendez-vous, Flammarion, 2006, p. 26)
L'important est bien sûr / sur un plan abstrait. Par les hasards du calendrier d'un homme sans valise, qui prend sa malle en patience comme me l'a écrit Jean-François Paillard, il n'y en avait que pour des femmes, aujourd'hui, et je n'ai pas pu voir Bikun comme je le lui avais pourtant proposé. Qu'il m'en excuse. Je n'aime pas décommander, ni déplacer, c'est vulgaire. Quand il m'arrive de l'être, je le regrette profondément.
Mais il y a plus malheureuse que moi, comme me l'a écrit
quelqu'un d'autre en m'envoyant l'info de cette athlète handicapée
allant à une compétition et dont la
prothèse a été perdue par British Airways, parce
que, du fait des mesures de sécurité, British Airways a forcé
cette femme à se séparer de sa prothèse pour embarquer.
Nous sommes tous embarqués, mais il y en a dont l'intégrité du corps est plus menacée que d'autres. Et où en arrive-t-on dans l'irrespect des personnes ? J'espère que British Airways fera faillite. Comme moi, T. que j'ai appelée de l'Opéra où je passai dans l'après-midi n'a aucune compassion suite aux explications que quelqu'un du service réservation de British Airways a bien voulu me donner ce matin par téléphone sur le plus grand déréglement de bagages jamais vu dans l'histoire, sur le fait que les employés, et même les managers, disait-elle, travaillent jour et nuit, sont épuisés, pour réacheminer vingt ou trente mille valises accumulées par l'over-réaction des autorités britanniques et l'under-réaction de la compagnie aérienne. Qui aurait dû embaucher, du jour au lendemain, des dizaines de personnes ne serait-ce que pour répondre au téléphone. Car qu'est-ce qu'on dit aux gens, sur un plan abstrait, en ne leur répondant pas ? Vous n'êtes rien, des fétus, des poids, peanuts, des poids fous de se croire quelqu'un...
Je le dois à Cécile et à Marguerite. Et aussi à Christine. Ou à deux Christine. Ou trois.
À Cécile avec qui j'ai déjeuné de pâtes, rue Saint-Jacques, alors qu'il pleuvait sur Paris et avec qui la conversation est agréable et fournie, connivente depuis la première fois, depuis ses premiers commentaires au JLR. À Marguerite, avec qui j'ai excellement dîné Au bon Accueil, rue Montessuy, après un superbe coucher de soleil que j'ai encore reçu comme un signe (païen) entre l'église Sainte-Cécile et la rue Saint-Dominique, et avec qui la conversation est agréable et fournie, connivente aussi depuis la première fois au dîner organisé par Christine à l'Argo, à Tokyo.
Je ne les mets pas en concurrence. Je m'excuse si on pourrait le croire. Il faut relire. Il n'y a pas de concurrence, c'est un hasard du calendrier. Un hasard provoqué. Ce sont des rencontres littéraires, qui deviennent de la vie. Nous parlons de littérature au milieu d'autres choses, et c'est notre vie qui s'y joue. C'est ce qui m'amène à la deuxième Christine, Angot.
Ne dormant pas, pour être plutôt vertical qu'horizontal
et que la digestion vienne, j'ai lu une heure Rendez-vous, quelques
dizaines de pages. Apparemment, je ne lis pas le même livre qu'Assouline
dont j'ai dit déjà la vulgarité du billet
y consacré. Il a relevé des choses du livre en effet, mais
il n'a pas dit comment elles s'inscrivaient, à côté de
quoi ou contre quoi, et comment alors ça faisait du sens tout différent
de ce qu'il a extrait (non, il a fait un mauvais jeu de mots sur verge,
a parlé des 400 pages à se cogner, a reproché
des conventions bourgeoises du roman qu'il utilise lui-même
à fond dans ses propres textes, etc.). C'est ça, la vulgarité,
de ne pas sentir ce qu'il ne faut pas départir, de croire qu'on peut
tout bouger comme on veut, pour servir à des trucs qu'on a à
dire soi. Ou rien à dire, juste nuire. Le manque de finesse. Les gros
sabots de la république des livres. Qui devient la raie publique où
tout le monde se délivre de dizaines de commentaires tous plus inutiles
les uns que les autres, infinie queue des caudataires qui se défoulent.
Et disant cela, je pourrais être vulgaire, mais je ne le crois pas,
ou pas de la même façon.Bref. Impressionnant début de Rendez-vous, où la narratrice passe au niveau spéculaire suivant, celui où elle est auteur invitant un admirateur bien plus âgé qu'elle à une lecture, qui la reconnaît donc avant tout comme un écrivain avant de devenir son amant et de se mettre en concurrence avec son père pour la faire jouir. Perversion spéculaire qui provoque un choc qui lui fait intégrer, comme dans un jeu vidéo, le niveau supérieur de sa vie.
« Aucun ne s'était jamais mis en compétition avec mon père, et aucun ne l'avait donc délogé. Lui, le banquier, l'avait fait, le faisait, ce n'était donc pas une question d'admiration [...] J'avais d'ailleurs fait un rêve magnifique quelques jours plus tôt. Dans mon rêve, je me réveillais le matin dans ma chambre et je m'apercevais que tout l'appartement était jonché de pétales de fleurs. J'avais tout de suite compris le sens : la défloration. Tous ces pétales de fleurs qui jonchaient mon appartement signifiaient que j'avais enfin été déflorée. Le banquier m'avait déflorée, ce qu'aucun de mes précédents amants n'avait réussi à faire sur un plan abstrait.» (Christine Angot, Rendez-vous, Flammarion, 2006, p. 26)
L'important est bien sûr / sur un plan abstrait. Par les hasards du calendrier d'un homme sans valise, qui prend sa malle en patience comme me l'a écrit Jean-François Paillard, il n'y en avait que pour des femmes, aujourd'hui, et je n'ai pas pu voir Bikun comme je le lui avais pourtant proposé. Qu'il m'en excuse. Je n'aime pas décommander, ni déplacer, c'est vulgaire. Quand il m'arrive de l'être, je le regrette profondément.
Mais il y a plus malheureuse que moi, comme me l'a écrit
quelqu'un d'autre en m'envoyant l'info de cette athlète handicapée
allant à une compétition et dont la
prothèse a été perdue par British Airways, parce
que, du fait des mesures de sécurité, British Airways a forcé
cette femme à se séparer de sa prothèse pour embarquer.Nous sommes tous embarqués, mais il y en a dont l'intégrité du corps est plus menacée que d'autres. Et où en arrive-t-on dans l'irrespect des personnes ? J'espère que British Airways fera faillite. Comme moi, T. que j'ai appelée de l'Opéra où je passai dans l'après-midi n'a aucune compassion suite aux explications que quelqu'un du service réservation de British Airways a bien voulu me donner ce matin par téléphone sur le plus grand déréglement de bagages jamais vu dans l'histoire, sur le fait que les employés, et même les managers, disait-elle, travaillent jour et nuit, sont épuisés, pour réacheminer vingt ou trente mille valises accumulées par l'over-réaction des autorités britanniques et l'under-réaction de la compagnie aérienne. Qui aurait dû embaucher, du jour au lendemain, des dizaines de personnes ne serait-ce que pour répondre au téléphone. Car qu'est-ce qu'on dit aux gens, sur un plan abstrait, en ne leur répondant pas ? Vous n'êtes rien, des fétus, des poids, peanuts, des poids fous de se croire quelqu'un...