Chic si toc
Par Berlol, samedi 9 septembre 2006 à 23:59 :: General :: #387 :: rss
Peu
voire rien
à dire de cette journée
déjà entre deux uni
vers
D'abord rien
puis peu
puis quelque chose
qui prend son temps
pour se faire taper
Ai pris des bus
mon présent repasse
sur des séquences
de mémoire
mortes
Dans un 24
de Madeleine à Saint-Michel
un couple se sert
du champagne
chic si toc
voire rien
à dire de cette journée
déjà entre deux uni
vers
D'abord rien
puis peu
puis quelque chose
qui prend son temps
pour se faire taper
Ai pris des bus
mon présent repasse
sur des séquences
de mémoire
mortes
Dans un 24
de Madeleine à Saint-Michel
un couple se sert
du champagne
chic si toc
« Et alors les freux débarquent et les corneilles et j'ose croire que vous ne les aurez pas malgré les toxiques dont vous aspergez vos labours industriels, j'écris troupe et régiment, grande armée pacifique certainement, d'un pacifisme écœurant comme ces 20 millions de pinsons du Nord déboulés un hiver dans le Jura, nous autres c'est Verdun l'empilement des cadavres nous autres c'est perdu et remplacé pour reperdre encore un coup d'autres millions de corps avec de la poésie tout autour pour s'arranger avec les mauvaises odeurs, nous autres avec un peu de musique un peu de chanson un peu d'art d'artiste pas choucas des tours pour arrondir les angles du galetas pour hypnotiser mieux pour croire que rien n'est perdu tout remplacé.» (Dominique Meens, Choucas, canard, pouillot, Éditions Contre-Pied, 2004, p. 7)
Dominique Meens est reparti à la campagne. Il s'y est installé pour volontairement n'avoir plus de connexion et écrire. Je recevrai de ses nouvelles un de ces jours par le facteur.
Et puis, changeant de bus, je change de livre.
« Qu'est-ce que c'est qu'ça ? me murmuré-je.
Une sorte de chiffon en caoutchouc bleu ciel jauni, peut-être translucide à l'origine, froncé d'un élastique distendu. J'identifie une odeur synthétique à forte charge sexuelle, me souviens des protège-cahiers en plastique, non, renifle encore et récupère un très ancien souvenir de barboteuse en plastique que ma mère me mettait par-dessus ma couche et dans laquelle, même, me changeant, m'ôtant ma couche, elle me laissait nu et les fesses mouillées le temps de je ne sais plus quoi. Là était le bon de l'affaire car je profitais de ce moment pour ramper sous les chaises, sous la table, ramassais et enfournais dans ladite barboteuse les sous-vêtements que je trouvais sur mon chemin, les chaussettes, les culottes de toute la famille abandonnées en se déshabillant la veille. Me frottant, ils me séchaient, faisaient paquet contre moi et me laissaient peu à peu dans une impuissance ravie, enivré de leur odeur de sale. L'entassant contre moi, le linge s'imbibait d'urine et exhalait ensuite des relents suaves, et je refaisais le tour encore des meubles dans l'aurore, portant aux fesses le parfum du jour précédent, la mémoire familiale dûment taxée.
— Bah, c'est un bonnet de douche, dit mon ex-beau-père.
Je jette le bonnet.» (Alain Sevestre, Le Slip, p. 83)
Moi qui ai très mauvaise mémoire, je suis à la fois incrédule et bluffé par de telles — vraisemblables (outre le romanesque et la provocation du thème) — occurrences de mémoire olfactive involontaire. Même si l'objet (l'ob-jeu) n'est pas le bon, le souvenir, lui, remonte bel et bien. Il m'arrive parfois de capter des odeurs qui me rappellent quelque chose de très lointain, ressens-je, mais je ne peux jamais déterminer précisément quoi. Je hume, je hume, comme l'autre jour avec T. sur le chemin d'Akasaka, mais aucune image ne vient.
Justement, le chemin d'Akasaka, je le reprends demain matin...
Commentaires
1. Le dimanche 10 septembre 2006 à 01:13, par brigetoun :
les souvenirs : des bus parisiens oui mais sans champagne - d'enfance : étant donné la perplexité de mes jeunes soeurs je me les recrée sans doute - olfatiques : me restent les gares du temps des trains à vapeur - l'ail sauvage - les bateaux un peu rouillés au fond de ports mais cela n'amène aucun souvenir précis juste une ambiance, une aura.
et je vous maudis de me donner autant d'envies de lectures
Ajouter un commentaire