Tout se passe à peu près bien à Roissy. (En arrivant avec près de quatre heures d'avance, c'est quand même normal.) Quand je demande si le vol British Airways partira normalement, on prend l'air mi-étonné mi-courroucé pour me demander ce que je veux dire par là... Plus pertinente, l'explication sur les bagages : on me dit qu'il reste des bagages du mois dernier non encore restitués, qu'ils sont traités à part, mais que les nouveaux sont traités normalement (sous-entendu, en temps réel et à vitesse normale).
Et alors après, que faire pendant les deux heures qui restent ? Des achats (avec les restrictions connues sur toutes les formes de liquide...) ? Se plonger dans un livre, avec le risque de ne pas entendre d'importants messages concernant mon vol, la sécurité, etc. ? Je fais bien un peu de sociologie des voyageurs mais je suis vite dégoûté. Non, il vaut mieux s'abstraire. À moins d'être un homme d'affaire qui révise ses contrats ou envoie des courriels au prix de la wifi d'aéroport, il convient de se laisser glisser dans un mode d'existence atonique. Les droits acquis ne le sont plus vraiment (n'importe quel individu badgé peut vous donner des ordres), les services ne sont plus garantis (retards, dysfonctionnements, discourtoisie proche de la soldatesque), la temporalité devient arbitraire (et même quand aucun horaire n'est respecté, il est possible que l'avion arrive à l'heure) et l'espace se réduit (aéroport, puis zone d'enregistrement, salle d'embarquement, couloirs et place d'avion). Une fois la ceinture bouclée, le corps ceinturé à quoi je suis réduit (comme tout un chacun, ici) n'a plus aucun pouvoir de décision — cette vérité n'est pas nouvelle mais la façon de la ressentir s'accentue du fait des menaces et des mesures de sécurité. Dans ces conditions, même faire une photo des nuages survolés est au-dessus de mes forces...

J'achète quand même deux disques. Une double compilation de Christophe (à cause des bandes-annonces de Quand j'étais chanteur qui m'ont rendu l'émotion première des Paradis perdus... et fait regretter de partir trois jours trop tôt) et le dernier disque de Jean-Louis Murat, Taormina (dont je lisais une bonne critique, hier, au crépuscule, à la terrasse du Barnum, devant la Mutualité — car une journée n'est jamais complètement racontée...).

Je déambule morose
Le crépuscule est grandiose
Mais...

À Heathrow, tout le temps passe en queues et contrôles. Dans le calme et l'obéissance. Le calme. L'obéissance. Des panneaux préviennent d'ailleurs que tout acte de protestation sera interprété comme une menace (sous-entendu, un acte terroriste). La ceinture aussi. Bientôt tout nu, passer le seuil...
Ça tombe bien, je n'avais pas l'intention d'acheter quoi que ce soit dans les boutiques duty free de ce p... d'aéroport. Mes mesures de représailles.

Films vus dans l'avion Londres-Tokyo : Da Vinci Code, lourd et lent. Nacho libre, excellent, aucune réserve, à diffuser mondialement. Confidence (2003), trop bavard. Wah-wah (2005), émouvant et très original. Tout cela, vu en mode atonique, donc peu fiable...

À compléter... Complété.