Un concombre reste un concombre
Par Berlol, jeudi 14 septembre 2006 à 23:59 :: General :: #392 :: rss
« On écoutera avec attention la volée que se prend Chloé dans Les Mardis littéraires du 5 septembre. Elle fait moins la fière, là ! »
Il faut attendre la modération pour la mise en ligne, ce qui devrait n'être qu'une formalité pour mon commentaire. Et puis, pendant le dîner, ça me turlupine, cette histoire de liste d'auteurs innovants de moins de 40 ans... Alors je regarde dans mon index du JLR, et j'en trouve un bon nombre qui doivent être en deçà de l'âge de la décrépitude selon Delaume. Donc, je me fends royalement d'un deuxième commentaire, pas spécialement méchant, je pense.
« Rien qu'en regardant dans mon
index,
je trouve au moins une trentaine de noms d'auteurs dont l'écriture est
innovante, disons, selon les critères de Chloé Delaume (de Frédérique Clémençon
à Olivia Rosenthal, en passant par Laure
Limongi, tiens, pour ne
citer que des jeunes auteures). Et je crois qu'à plusieurs on pourrait
facilement doubler ou tripler ce nombre. La question est : pourquoi Chloé
réduit-elle la liste à 20 ? (et corollairement, pourquoi notre hôte la
réduit-il à 3 ?)
Sans doute pour, sans y paraître, occuper elle-même beaucoup plus de place dans
le panorama qu'elle nous propose (et notre hôte lui servant la soupe en rajoute
dans le zèle).
Sur ce coup-là, et par son absence d'argumentation devant Thomas Clerc dans
l'émission que je citai tout à l'heure, elle m'a beaucoup déçu, Chloé. Et la
vulgarité n'arrange rien. Savez-vous ce qu'elle répond à Thomas Clerc sur
l'accusation de ne pas avoir su exploiter la valeur poétique de la télévision ?
Elle lui demande quel est son livre préféré de la rentrée, comme quoi ça
éclairerait bien des choses... Le questionnement esthético-littéraire de l'un
se réduit ainsi à un hit-parade des dernières nouveautés. Lamentable, non ? »
Eh bien, aucun de ces commentaires ne sera publié. Le
concombre
masqué de La Littérature nous sort quinze minutes après le
commentaire suivant : « Petite précision sur les commentaires qui sont
postés sous ce billet : SVP arrêtez de taper sur Chloé Delaume. Si vous avez
des trucs à lui dire, allez lui dire en face directement sur son blog.
(obligé de refuser plusieurs commentaires trop critiques et parfois injurieux
contre elle) »
Il est drôle, le concombre masqué ! Il lance un pavé dans la mare, et puis
il s'étonne que la mare se rebiffe ! De plus, il essaie de nous faire croire
que Chloé Delaume accepte les commentaires sur son blog. Arrfff, lol ! Ça se
saurait ! (ce que je lui ai répondu, d'ailleurs, mais ça non plus n'a pas été
publié, ce qui n'empêche pas qu'il se soit tout pris dans les dents, le
blogueur mystère — voir
mon principe
de l'anonym@t non protecteur contre les blessures narcissiques).
Nouvelle question : qu'est-ce qui, dans mes deux commentaires, serait trop
critique ou injurieux ? Je ne vois rien. Rien qui soit moins
injurieux, en tout cas, que de dire qu'il n'y a que trois bons auteurs vivants
ayant moins de 40 ans. Je crois surtout que ce blogueur novice censure parce
qu'il ne souhaite pas que tout le monde soit informé de l'existence d'une
émission de radio qui risque de ternir un peu celle qu'il veut faire briller...
Voire de brouiller l'image de son blog.
C'est bien beau de mettre un masque, le feu et de se prétendre La
Littérature, mais un concombre reste un concombre. Moi, je dis.
Après ça, quel beau moment j'ai passé avec
Yves Simon !
Non, il n'était pas à Tokyo (je ne l'y ai pas
vu depuis 1996), mais à la
radio, dans le précis et intelligent
Hasards, rencontres et création des Histoires d'écoute d'hier.
Oublié de dire (ça m'a mis dans le désordre, cette censure masquée), que
j'ai déjeuné avec Christine, à la crêperie Le Bretagne de Kagurazaka, en face
de Bisha Monten. Entre deux averses, il faisait plus frais et j'ai enfin pu
m'habiller décemment (autre chose que short et polo). Je lui ai passé le cadeau
que Marguerite m'avait donné pour elle et Thomas ce même mardi 5 (dans la
matinée duquel je n'avais pas pu écouter en direct Gailliot, Delaume et Limongi
chez Pascale Casanova puisque j'allais aux Galeries Lafayette pour ne pas
trouver de valise...), avant que nous allions voir cette daube, disais-je, tout
à l'heure en substance à Christine, cette daube de Particules élémentaires,
film aussi plat qu'un épisode de l'Inspecteur
Derrick, à quoi Christine me répliqua en finesse, je résume, que
c'était sans doute en accord avec du Houellebecq, ce derrickisme.
Ah, j'ai oublié de te dire, Christine, Marguerite m'a dit de te dire que tu me
le passes après l'avoir vu, ton cadeau... (et que je te le rendrai après, bien
sûr).
Commentaires
1. Le jeudi 14 septembre 2006 à 08:38, par vinteix :
"Hisashiburi"... "Okaerinasai"...
Je ne suis pas au courant de tous les débats et discussions que tu évoques... notamment autour de C.Delaume, et de plus, tu connais beaucoup mieux que moi les "jeunes" (on s'en fout d'ailleurs) auteurs contemporains...
mais parmi les femmes, je te suggères le nom de Laure Fardoulis (la fille de Michel Fardoulis-Lagrange), publiée chez Joelle Losfeld...
2. Le jeudi 14 septembre 2006 à 08:43, par vinteix :
je vais jeter un coup d'oeil aux liens que tu indiques... mais de toute façon, je ne lis pratiquement aucun roman contemporain... et en général, on parle avant tout de ce que l'on appelle "roman"... enfin, je ne sais plus trop ce que je voulais dire à l'instant...
Bon, bonne nuit.
3. Le jeudi 14 septembre 2006 à 08:48, par Berlol :
Bon retour, cher Vinteix. Encore un peu brouillon... Ça ira mieux demain. Merci d'être passé. J'ajoute, tu y réfléchiras demain, que ce qu'on appelle "roman" est aujourd'hui très large, empiète largement sur l'essai, le journal ou la poésie.
4. Le jeudi 14 septembre 2006 à 10:58, par brigetoun :
lu tous les commentaires et pas trouvé le vôtre, je comprends pourquoi. Je me suis amusée, je n'y connais rien ne lisant guère de romans sauf des policiers anglais. Fait une liste de noms à tout hasard - et si je trouve que j'aime assez Emmanelle Pagano
5. Le jeudi 14 septembre 2006 à 18:06, par Berlol :
Chloé, dans la nuit, fait une mise au point et recadre, plus pour les zélotes que pour les antis, à mon avis. Et franchement, ça va mieux en le disant soi-même qu'en laissant je ne sais qui broder. Attention, son billet est beaucoup plus long que ce que j'en cite ici :
« Quand je dis : il n’y a que vingt auteurs de littérature contemporaine dont le travail m’intéresse vraiment, profondément, c’est vrai. J’aurais dû préciser : dans l’expérimental. Je parlais d’écrivains qui font œuvre, qui commencent leur œuvre. Je ne parlais pas des confirmés. D’ailleurs les confirmés qui font de l’expérimental, on les assimilent [sic] souvent aux poètes. Genre Lucot. Chez les confirmés, les très confirmés et les archi confirmés en littérature, il y a beaucoup d’auteurs dont j’aime suivre le travail. Mais il est évident que c’est davantage Salvayre, Guyotat, Surya, Desbiolles, Marie Nimier ou Jauffret que Catherine Cusset et Alexandre Jardin. Désolée.
Si j’ai un infini mépris pour les produits issus de la littérature industrielle, je n’ai aucun dédain pour les écrivains narratifs. Il y en a de très sérieux, avec une écriture brillante, singulière et tout le tralala, je ne suis pas bornée ou idiote. C’est juste que ça ne m’intéresse pas, en tant que lectrice, de retrouver des données ancestrales, de croiser du néoclassique, du néoréalisme, des vieilles recettes qui marchent, même très bien maîtrisées. Chez les très confirmés je préfère François Bon ou Antoine Volodine aux vieux de chez Grasset. Parce qu’un Marcel Moreau ou un Schuhl, c’est quand même autre chose qu’une histoire rondement menée. Je n’aime pas les histoires et je connais mes classiques. Je n’éprouve rien si la phrase se contente de transmettre des informations, si dans chaque interstice, adjectifs ponctuation il ne se passe rien, que de l’encadrement. C’est physique, depuis longtemps. Gamine déjà ça me tombait des mains.»
6. Le jeudi 14 septembre 2006 à 18:33, par Chloé :
J'ai répondu sur mon site, Berlol.
J'ajoute deux points en semi-off, ici :
1) Il n'y aura jamais de commentaires chez moi. Si tu avais une idée des problèmes que j'ai eu avec des lecteurs officiellement dérangés ces dernières années, je pense que tu comprendrais mieux le pourquoi. Je ne tiens pas à provoquer des situations communiquantes qui s'achèvent au commissariat et à l'Hotel Dieu pour moi, et à l'HP pour eux. C'est aussi perturbant que désagréable.
2) "Sans doute pour, sans y paraître, occuper elle-même beaucoup plus de place dans le panorama qu'elle nous propose ". Si je ne me bougeait pas autant le cul pour transmettre des manuscrits de jeunes auteurs ci et là, si je ne participais pas très activement à la défense d'un tas de gens méconnus du grand public, voire des initiés, le doute serait peut-être possible. Pendant que chacun défend exclusivement son petit bout de terrain, je fais partie des rares cruches qui ont un rayonnage de leur bibliothèque consacré exclusivement au dépôt de catalogues de petites maisons d'édition. Ces exemplaires me sont confiés pour que je les donne systématiquement aux journalistes et aux professionnels que je croise dans le cadre du travail, et qui seraient succeptibles d'y être attentifs. Quand je fais une lecture quelque part, j'ai toujours dans mon sac un ou deux livres de poésie ou d'expé méconnus et mal diffusés, afin des les donner au libraire en lui expliquant lourdement combien c'est important et combien il est nécessaire qu'il prenne le risque d'en commander au moins une poignée d'exemplaires. Donc si je tenais à m'imposer, à réécrire le "panorama" à mon profit, je pense que je me contenterais de parler exclusivement de mon boulot au lieu de prendre l'option sauvons le monde quand on a la taille d'une fourmi. Je passerais moins pour une emmerdeuse auprès de mes interlocuteurs. Je me fâcherais avec moins de gens, aussi. Ce serait beaucoup plus lâche mais bien plus confortable.
Jamais je n'ai tenu de propos, ou mis en place un dispositif sournois, qui laisserait sous entendre que je me place ou souhaite me placer sur le haut du panier. Je suis parfaitement lucide, je ne suis pas importante, j'intéresse peu de monde, mais ce n'est pas ce que je cherche. Je veux juste travailler en paix. Arlix, Pireyre, Noui, Bouvet, Limongi, pour prendre des exemples concrets, font un travail nettement supérieur au mien, infiniment plus intéressant, tout comme Gaillot ou Bertina. Non seulement je n'aspire pas à feindre une occupation de terrain en les occultant, mais même si j'étais animée par une telle vanité, je ne le pourrais pas. Leurs textes suffisent à la démonstration.
Je trouve ta réflexion vraiment, mais alors injuste. Et je ne le dis pas sur le ton de Caliméro. J'en tire néanmoins une leçon : il semblerait qu'il y ait un profond décalage entre ce que je fais et ce qui en est perçu. A moi d'y prendre garde.
7. Le jeudi 14 septembre 2006 à 18:38, par Chloé :
Et oui, effectivement, comme j'écris au kilomètre, je fais des fautes partout et y compris ici.
8. Le jeudi 14 septembre 2006 à 19:00, par Berlol :
Bien vu que tu avais répondu puisque je te cite ci-dessus, pour te rendre justice. Dont acte, Chloé. OK pour les (absences de) commentaires, puisque les tarés sont ce qu'ils sont. Ton "l'option sauvons le monde quand on a la taille d'une fourmi" me paraît à la fois comique et bien réel. Le problème du décalage est aussi celui de la récupération (de tes propos) par de soi-disant professionnels de la profession qui font caisse de résonance (et peu de raisonnance).
9. Le vendredi 15 septembre 2006 à 00:33, par vinteix :
Naturellement, suis bien d'accord avec ta définition large ou "élargie" du "roman" contemporain... mais c'est vrai que moi aussi, les "histoires" m'emmerdent un peu en général... Cela me rappelle Céline qui fustigeait déjà les raconteurs d'histoires, disant que des histoires, y'en a plein, plein les journaux, plein les commissariats, etc., tout le monde a une histoire.
10. Le vendredi 15 septembre 2006 à 00:40, par Berlol :
Ben, si tu veux, vue ma fréquentation intense du Nouveau Roman, je suis plus que d'accord, et sur ce point Chloé a totalement mon assentiment personnel (au cas où ça ne serait pas clair). Il y a longtemps que je ne m'intéresse qu'aux aventures des écritures (pour paraphraser Ricardou encore une fois).
11. Le vendredi 15 septembre 2006 à 01:20, par vinteix :
Joliment dit, "les aventures des écritures".
12. Le vendredi 15 septembre 2006 à 02:18, par jean-françois paillard :
Pour aller dans le sens de Berlol, publier une liste de 20 auteurs et dire : ceux-là je les suis, je les couve, et pas les autres, na. Franchement. On a envie de faire marcher la machine à claques du bon vieil Henri, non ? Excusez-moi, mais ça me fait bondir. Sapristi. D’abord cette évidence : comment peut-on tout connaître de la production des écrivains actuels, ou prétendre y parvenir, ou même prétendre vouloir y parvenir (prétendre, quoi, toujours prétendre, comme si le métier de lire et d’écrire devait être forcément d’aruspice, faisait pousser le cou et arrachait la tête de l’océan des millions d’écritures qui nous submergent en permanence. Or, tout le contraire : lire, c’est choisir de s’enfoncer dans l’angoisse de l’ignorance, c’est évoluer dans un monde de plus en plus opaque, fourmillant, riche, inconnu, plein de découvertes ahurissantes ! Plus on lit, plus on est sûr de rien, non ? Alors prétendre ne s’attacher qu’à vingt jeunezauteurspasundeplus : d’un bête ! ), même si l’on n'affecte de ne s'intéresser qu'aux écrivains expérimentaux, aux jeunes, aux femmes, aux chauves, aux borgnes : absurde, complètement absurde. Il y en aura toujours un, le vrai, le seul, qui manquera, c'est évident. On en découvre tous les jours : ici, là, derrière, des oubliés, sans parler de ceux qu'on ne " découvrira " (quel mot détestable, hein ?) jamais. Tiens, au hasard, une " découverte " que j'ai faite, tout récemment : Gwenaëlle Stubbe. Il y a six mois, j’aurais escamoté cette pépite de mon petit panthéon perso de christophe colomb des lettres, bêtement, si j’avais publié sur quelque blog ma liste. Quelle honte aujourd’hui. Ah ! Prétendre… Prétendre et juger en taupe qu’on est au centre du monde… C’est Berlol, un des intérêts de ton site de ne point tomber dans ce troula-là. Pour finir, s’agissant de ce blog Littérature dont tu parles, je suis tombé sur le même hic que toi : il y a quelques jours, une intervention mienne (il est vrai une autopromotion sauvage de mon bouquin avec renvoi sur des blogs qui en parlent, façon de dire et moi les gars, oh, j’existe aussi, comme des centaines de gars et de gates qui se jeunezautorisent à écrire ) n’a pas été publiée par le modéraptor. Il manque sûrement d’une bonne dose d’humour, celui-là. A moins qu’il n’ait lu, lui aussi, tous les livres…
13. Le vendredi 15 septembre 2006 à 05:52, par Berlol :
Merci Jean-François. S'il y a d'autres recalés des commentaires du blog "La Littérature" qui passent par ici, signalez-vous, on poura bientôt faire une "class action", comme disent les Ricains...
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