Moi-même dans le filigrane
Par Berlol, vendredi 15 septembre 2006 à 23:46 :: General :: #393 :: rss
Puis travail à la médiathèque de l'Institut (je n'ai pas encore de catalogue en tube permettant de tout faire à la maison...), avec dans les oreilles, alternativement et pour comparaison, le Radio Blog Club et le Blogmusik...
Afin d'éviter de prendre racine sur nos fauteuils, nous allons marcher une bonne heure, et dîner à Jimbocho, au restaurant italien Buona Maia, qui n'est pas mal et sert de la bière blanche.
« Je ne suis toujours pas Chloé Delaume. Je suis encore plus que son
corps et j'ai des choses à ajouter. Des choses comme. Si j'ai perdu le foie
j'ai conservé la langue. Quinze centimètres carrés de tissus musculeux nervures
volontaristes. Quinze centimètres carrés c'est tellement peu pour me défendre.
Ma langue râpeuse papier de verre est isolée dernier bastion de résistance. Et
puis. Surtout. J'ai peur de perdre mes mots. Les miens. A moi toute seule.»
(Chloé Delaume, La Vanité des somnambules, Ed. Léo Scheer / Farrago,
2002, p. 77)
« L'os
de ma langue »
(Dominique Meens, Eux, et nous, Ed. Allia, 1996, p. 125)
Ah, oui, j'oubliais. Nathalie m'a dit qu'elle travaillait maintenant à
Florilettres avec Corinne
Amar, dont elle savait qu'elle avait habité à Tokyo. Je me souviens, oui. Je ne
la connaissais pas vraiment, mais je me souviens d'elle, de l'avoir croisée,
d'avoir échangé quelques mots.
Dans la médiathèque de l'Institut, je trouve son livre...
« En rentrant
chez moi, je longe le canal d'Iidabashi. Je passe devant Kagurazaka, mon
Mouffetard à moi. Il y a toujours du monde. Des groupes, des couples, des
groupies, sur les trottoirs, dans les brasseries, les bars à sushi, les
boui-boui à saké... Toute la vie nippone est là, rouge aussitôt d'ivresse
tranquille, et bruyante, et moi je me sens toute noire...» (Corinne Amar,
L'Acte d'amour, Gallimard / L'Arpenteur, 1999, p. 12)
Plus loin dans le texte (entre dépouillé et romantique, qui me rappelle un peu
le style d'Yves Simon, justement), sentiment étrange d'être moi-même dans le
filigrane de l'histoire... En effet, elle évoque le Salon du Livre de Tokyo de
janvier 1998, où la France était invitée (et où j'ai fait
travailler mes
apprenants d'une formation sur les outils informatiques), puis le colloque
Genet de mars 1998 (pour lequel j'ai
fait des pages web et du
graphisme).
De même pour le vol ANA 206, je
l'ai déjà pris et je le reprendrai, mais ça, c'est déjà beaucoup plus
courant....
Hier soir, avant de dormir, je m'interrogeai encore une fois sur ce qui me fait apprécier Le Slip. Je me suis rendu compte qu'avec son air de rien, ce que je prends pour une politesse supérieure en littérature, Alain Sevestre avait tantôt du Sarraute, tantôt du Pinget, sans qu'on sorte du Sevestre, car c'est ça le but du jeu, bien sûr. Je me demande combien de lecteurs, voire d'éditeurs aperçoivent ça. J'y reviendrai.
« Dans leur
appartement tout frais acheté, la moquette coquille d'œuf se révélera
cache-misère à un plancher pourri, taché, troué, aux lattes disjointes mais, en
attendant dans la cuisine, ils s'enflamment pour ce placard d'une joie non
partageable. Leur enthousiasme dépasse, selon moi, l'objet qui le provoque.
J'ai du mauvais en moi, je suis difficile mais vraiment ce placard, comment
l'encenser ? Bricolé autour du conduit d'évacuation des eaux usées qui, avec
bruit, traverse de haut en bas la pièce, il ne calfeutre pas, on s'en rend
compte au cours de la soirée, le fracas des chasses des niveaux supérieurs.
Bien au contraire, il fait guitare. C'est un assemblage de planches peintes et
repeintes pour masquer. Rien de plus, je vous assure. Oh non, même pas ça, ils
me font bénéficier d'une complicité alors que nous ne sommes pas amis et que je
suis amoureux de Sandrine. Déjà, ce placard, ils se ravissent de l'ouvrir un
jour et qu'il sente les confitures et les fruits, les herbes ou les épices, et
toute une ribambelle d'aliments vomitoires à destination commémorative
(quatre-heures gourmands, repas fins, crème d'amis) et de provenance
littéraire. Ou plutôt je me sens mal. J'entends même Sandrine répondre à la
question de ce que j'ai.
— Oh ! tu sais, Alain se vexe pour un oui ou pour un non.» (Alain Sevestre,
Le Slip, p. 119)
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