Vingt-trois heures et déjà un peu difficile d'arquer. Et même assis pour taper, avec les épaules douloureuses, ce n'est pas évident. Mon retour au sport a été magnifique et j'ai l'impression que je vais le payer cher. Donc, le plus tôt au lit sera le mieux.

Ce matin, reprise de contact avec Patrice Julien, en poste à l'Institut quand j'arrivais au Japon, aujourd'hui exerçant un métier indéfinissable... et fascinant. En quelque sorte, professeur de vie. Mais je ne dis pas cela pour me moquer de lui, au contraire. J'ai de l'amitié pour lui et de l'admiration pour sa ténacité dans une voie pas évidente il y a dix ans. Hier, 4 pages dans le journal Asahi, sur lui et son épouse ; T. me les a données. Sorte de publi-reportage où l'on associe conseils culinaires, art de vivre et... publicités pour les produits et les instruments (kitchen design shop, services à thé, Alaska Seafood, moutarde Pommery ou grossiste de viande de porc).
La plupart des magazines font ça, me direz-vous. Avec une personnalité à qui on fait endosser tous les rôles moyennant cachet. Mais avec PJ, c'est différent, car c'est assurément à partir du mode de vie qu'il s'est créé et qu'il enseigne que s'est construit le publi-reportage. Après quoi, j'ai visité son nouveau site web, puis son blog. Il est un peu plus loin sur la voie où je l'avais laissé la dernière fois, il y a deux ou trois ans... et ça m'a fait très plaisir. On va se voir.

Après le déjeuner, achat de champagne Mumm à Yamaya de Shibuya, bouteilles que je porte au restaurant Lever son verre en prévision de mardi...

Puis au sport, où je transpire beaucoup en pédalant 40 minutes et en continuant Le Slip, avant d'aller déplacer des poids dans divers sens durant une petite heure. Pas trop de monde, moins en tout cas que sur la bretelle suspendue au-dessus du carrefour devant les baies vitrées — bien que ce soit samedi, il y a toujours autant de trafic sur cette avenue.
Dans les pages que je lis, je retrouve plusieurs exercices sevestriens de soirées trop arrosées. Même si je n'ai pas d'exemple à l'esprit (de bonnes âmes en apporteront peut-être), je suis sûr que c'est un topos littéraire (avec déroulement de soirée, entrées et sorties, attitudes, conversations, disputes, dénombrement de bouteilles, de nourritures et autres substances, fins de parties). Alain Sevestre s'en tient toujours à la subjectivité de son narrateur : un récit fragmentaire, partial, frustré et interrompu par la sortie brutale ou la perte de mémoire... L'Affectation  et Revolver offraient aussi ce genre de scène, avec pas mal de similitudes.
C'est tout de même paradoxalement la difficulté de communication du personnage-narrateur qui est toujours au centre de l'écriture : il ne trouve pas les bonnes personnes, ou les bons mots au bon moment, il est ivre et maladroit, ou déconneur à contretemps, et il souffre souvent de voir les autres fusionner. Mais globalement, c'est quand même quelque chose qui semble lui plaire, où il croit toujours pouvoir réussir ce qu'il a raté la fois précédente. Je ne suis pas psychanalyste — de l'auteur et du personnage, je ne sais d'ailleurs pas qui devrait passer sur le divan. Mais c'est dans ces scènes que le ton et le phrasé me rappellent ceux de Robert Pinget.

« Randall fouille la poubelle, renverse tout, mange des sushis poissés de marc de café et de grains de riz raclés dans les assiettes débarrassées. Sur chacune de ses chaussures, un petit terril de café est tombé. Simon lui demande de ne pas bouger, bouge pas, donne-moi tes chaussures, et les lui passe sous le robinet. Maintenant, il a les pieds trempés. Bien fait. Quelqu'un sonne à la porte. Simon descend ouvrir, remonte sourcils en vrac, suivi de Tony et Roberte, le pas pompeux. C'est une entrée. Fiévreux, sarcastique, Tony rejoint un bout de la table, sort un carnet de chèques en tremblant d'un énième cartable en Nylon.
— À combien tu estimes la location de ta chambre du bas ?
— Arrête, Tony, dit Simon.
— J'ai dit à combien tu estimes mon séjour ? Voilà, je suis entré en novembre et je suis parti en avril. Ça fait six mois ?
Tito lui dit d'arrêter, qu'il est lourd.
— Toi, le turfiste, j't'ai rien demandé, fait Tony. [...] »
(Alain Sevestre, Le Slip, p. 172-173)