À bon port, ma valise d'Orléans et moi
Par Berlol, lundi 25 septembre 2006 à 23:59 :: General :: #403 :: rss
« C'est indiscutablement un grand livre. Accidentellement,
[Christophe] Bataille
nous précise à la fin qu'il a commencé ce livre en 1998 pour le finir en
2005. Sept ans d'écriture pour un livre assez bref, au fond — 1998, en
fait, c'est l'année où il rentre chez Grasset, n'est-ce pas. Et en fait, ce
livre est pour moi un grand tombeau de l'édition, dans le genre littéraire
du tombeau. C'est un grand tombeau de l'édition dans ce sens où peut-être
que ce phénomène que là Bataille nous décrit d'une manière tellement
vertigineuse, ce phénomène de l'édition n'a peut-être existé que quelques
décennies. Autour de quelques personnages comme ce Bernard Grasset,
mais aussi Gaston Gallimard, il faudrait parler de Jacques Julliard et
quelques autres... Il y a eu un moment où Paris était le centre de
l'intelligence et où il y avait quelques types comme ça qui faisaient
commerce, en fait, des plus belles intelligences et des plus belles
sensibilités que le monde a peut-être jamais portées.
Et dans ce commerce, il y avait quelque chose de maudit. Et cette malédiction
de l'édition, c'est de cela dont nous parle Bataille — ce qu'il a dû
éprouver peut-être lui-même le premier jour où il est rentré chez
Grasset. C'était effectivement ça, il allait devenir un vendeur, il allait
faire commerce du commerce de l'intelligence. Et ça, c'est évidemment
abyssal. Au fond, on pourrait dire, Grasset, c'est évidemment Bataille.
Peut-être que si Christophe Bataille était entré chez Gaston Gallimard,
il nous aurait offert le portrait de Gaston Gallimard, qui aurait beaucoup à
faire avec les fameuses lettres de Céline à Gallimard. Oui, l'édition,
c'est quelque chose entre la démiurgie, créer des mondes, et le fait d'être
un maquignon, vraiment de foire, en train de palper des croupes. Et le
mélange des deux est un mélange à la fois abominable et suave; Et c'est
cette folie que le livre de Bataille non pas raconte, mais exprime, donne,
livre, d'une manière tellement impudique et obscène que ça en devient
quasiment génial, réellement, dans le style, dans la scansion, dans le
rythme, etc. C'est un exorcisme ! Ce livre est un immense exorcisme et en
même temps, c'est un livre à la gloire de quelque chose qui est peut-être
révolu... Nous portons, n'est-ce pas, les soleils de l'édition comme des
soleils révolus...» (Jean-François Colosimo, à propos de Quartier
général du bruit de Christophe Bataille, Paris : Grasset, 2006)
Et les autres interventions sur ce livre sont aussi élogieuses, ce qui est
rarement le cas. Le second livre que je retiens s'intitule Courir dans les
bois sans
désemparer (Sylvie Aymard, Éd. Maurice Nadeau, 2006).
Arrivé à Nagoya, je vais au Bic Camera pour acheter une montre pas chère,
ma Tissot s'étant encore arrêtée hier (elle est bonne pour la
réparation...). David me rejoint pour déjeuner dans le quartier, nous
échangeons les dernières informations sur la reprise des cours ainsi que nos
impressions sur la soutenance de T., puis il me ramène à bon port, ma valise
d'Orléans et moi.
Après, c'est travail de bureau et réunion de département. Puis sport, d'où
je pédale pour m'évader encore vers l'Amérique centrale de Patrick
Deville...
« À la consternation du général Trinidad Muñoz, qui
s'apprêtait à achever les blessés légitimistes à la baïonnette, le jeune
médecin en redingote noire [, William Walker,] ordonne à son chirurgien de
campagne, le docteur Jones, de les soigner. Puis la troupe reprend sa marche
vers l'est, et le général Walker, qui s'offre dans ses Mémoires des
apartés géographiques dans le style d'Alexandre de Humboldt, consigne dans
un carnet la végétation sauvage, prend le temps de décrire les plantations
de cacaoyers aux feuilles velues. Il grimpe au sommet d'une colline [...]
William Walker ordonne une nouvelle fois de soigner les blessés ennemis, et
cette coutume, exotique en Amérique centrale, finit par porter ses
fruits : un soldat légitimiste, le musicien Acebedo, lui apprend que
Granada, la capitale du président Chamorro, est quasiment sans défense, et
que ses mille soldats font route à marche forcée vers le sud et Rivas qui
leur semble la plus menacée.» (Patrick Deville, Pura Vida,
104-105)
Commentaires
1. Le lundi 25 septembre 2006 à 08:43, par Thierry :
Finalement, le monde de l'édition n'est pas plus obscène que les blogs.
2. Le lundi 25 septembre 2006 à 09:41, par brigetoun :
mon écoute aurait elle été plus attentive, aurais-je retenu autre chose à propos du livre de Bataille que "pas envie de le lire" - pas sure,
mais quant à dire pourquoi.. je ne sais plus - une impression désagréable de futilité, peut-être due à mon éloignement de ce monde
3. Le mardi 26 septembre 2006 à 06:09, par dinO :
et mr berlol look: trouville, 10 ans déja
Samedi 7 octobre 2006
15h30 - Hôtel de Ville LES CHEMINS DE LA MEMOIRE Un auteur, des rencontres : dialogues croisés Alain Vircondelet.............lire la suite chez moi
4. Le mardi 26 septembre 2006 à 06:37, par Berlol :
En effet, ça a l'air très intéressant. Sauf que le 7 octobre, je n'ai hélas aucune chance de me trouver sur la Côte fleurie. Vous ne voudriez pas m'en enregistrer des bouts ? En tout cas, profitez-en bien ! Et prenez le temps de marcher longuement sur la plage...
5. Le mardi 26 septembre 2006 à 09:29, par diNo :
Je n'attends pas ce moment pour marcher sur cette plage deserte, sous la pluie je la préfère, je comprends pourquoi md l'aimait, elle a un air asiatique sous la brume. Je vous aurais bien enregistré un bout, mais j'ai rien pour le faire.............DSL, bien à vous
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