« Pour entrer dans le soir, je vous invite à lire mes textes comme formant une seule et même tentative, celle de situer, sur chaque face des œuvres ou des problèmes étudiés, la brisure symbolique entre l’élément plastique et l’élément graphique de la pensée. Je cherche en effet à lier la question de la structure différentielle de la forme et, à l'inverse, celle de la structure formelle de la différence à l'énigme du rapport entre figure et écriture. Je tente de comprendre, avec toute la constance dont je suis capable, les relations de transformation entre les deux et la raison pour laquelle le dialogue entre forme et écriture s'impose justement comme une structure (Catherine Malabou, La Plasticité au soir de l’écriture / Dialectique, destruction, déconstruction, Paris : Éditions Léo Scheer, 2005, p. 16)

Quand j'ai lu ça, je n'y croyais pas. Je me suis frotté les yeux. J'ai relu, plusieurs fois (faites-le aussi, vous verrez). J'étais posté devant le grand Laox d'Akihabara, j'attendais Jean et Masako pour acheter quelques babioles électroniques, et ce que je lisais était en train de me transpercer de part en part de sa justesse, de m'éclairer de l'intérieur sur mon propre questionnement mieux que ne le faisait le soleil caressant de la fin septembre. Des foules traversaient l'avenue, puis cédaient la place perpendiculairement aux voitures qui à leur tour...

J'ai vécu le reste de la journée dans la tranquillité de cette révélation. Jean a choisi un I-River d'un giga de mémoire et équipé d'un micro (j'ai vu d'ailleurs ce que je pourrai bientôt ramener à Cécile). Nous avons rejoint T. au Saint-Martin où il n'y avait plus de poulet-frites mais du très consolant gigot d'agneau. Un voyage en Grèce s'est esquissé pour l'année prochaine (Jean travaille à Athènes, où il retourne demain), ce qui a atténué la tristesse de se quitter quelques instants plus tard. Puis je suis revenu à la maison et me suis enfermé pour travailler.

J'en suis sorti pour dîner et regarder l'émission Ce soir ou Jamais d'hier soir. Fred Vargas était là, un peu décevante, pour parler de Battisti et non de littérature — elle voudrait surtout que cette affaire finisse pour ne plus avoir à s'instrumentaliser elle-même. Amusement (non moqueur) ensuite des débats sur Emmanuelle, film qui a plus de trente ans... Sylvia Kristel, Just Jaeckin, Jean-Pierre Mocky, Catherine Breillat sont là, tentent d'en parler, de ce qui s'est passé (ou pas) depuis, mais on retombe vite dans le débat troll et stérile de la différence entre érotisme et pornographie. Alors je salue à la Dubuffet et je retourne à Malabou.