On ne fera pas que ça n'en sera plus
Par Berlol, samedi 30 septembre 2006 à 23:58 :: General :: #408 :: rss
Daniel Schneidermann dit un peu comme moi, dans ses « Rebonds » de Libé. Ça me fait de la peine que quelqu'un répète ce que j'ai déjà dit... (Je plaisante, là : au contraire, ça me conforte dans l'idée que ce que j'ai vu cette semaine dans l'émission Ce soir ou Jamais est en effet un nouveau ton, ou l'abandon d'outrances qu'Ardisson incarnait. En revanche, DS aurait pu écrire qu'il y avait un site web, rediffusion et forum... Lui qui est devenu totally wired, c'eut été la moindre des choses.)
À Waseda en vélo, beau temps, frais mais vite lourd. Pas se plaindre.
Laurent est arrivé, on s'est inscrit au colloque
Borderless Beckett.
Conférence d'Évelyne Grossman,
À la limite..., c'est son titre. Connaissant un peu Beckett, j'aurais pu
à la limite ne pas venir. J'en retiens tout de même — et je ne serais donc pas
venu pour rien — que pour Beckett le temps ne passe pas, il s'entasse dans
l'être, que l'être n'est pas fait de matière prise (issue de poussière et prête
à y retourner) mais d'infiniment de particules prises dans de minuscules
glissements, subreptices, sournois, comme si c'était interdit...
Et sur une table, le
volume
Beckett de l'ADPF, dû à Bruno
Clément et François Noudelmann, gracieusement offert (comme il se doit, alors
que
la Docu le vendait scandaleusement 20 euros !).
Déjeuner avec Laurent et notre collègue de Waseda, Fumio Chiba. Où il est
question aussi d'Antoine Volodine et de qui serait qualifié pour le traduire...
À l'occasion d'un rangement nécessité par le nettoyage professionnel du climatiseur, T. propose de changer tous les meubles de place, peu ou prou, dans notre salon salle à manger bureau. Deux heures plus tard, la forme de la pièce a complètement changé, mon poste de travail a traversé la pièce et je suis maintenant face à la porte-fenêtre, dans le chant des dernières cigales de l'été mourant.
Il
y a des formes, celles des choses qui nous entourent, par exemple. Une pomme,
une poire. Leur différence, en tant que formes, c'est... leur forme ! Ou leur
apparence plastique (volume, espaces, contours, couleurs, etc.). Nous
structurons notre connaissance du monde des formes en mémorisant nos rencontres
avec elles, puis y associons d'autres choses, personnelles et/ou au contraire
familiales, sociales, culturelles (pomme avec Adam ou Newton, poire avec crétin
ou belle Hélène...). Donc structures plastiques, OK ?
Par ailleurs, il y a des signes arbitraires que nous avons créés, qui ne
correspondent pas à des formes naturelles mais que nous avons chargés de
représenter ou de signifier des choses par convention (et qu'il faut apprendre
à l'école ou ailleurs) : les lettres p-i-e-d ne dessinent pas un pied (ni les
lettres j-o-u-i-r l'idée de jouir). Il y a donc une (des) structure(s)
graphique(s), et ça, partout dans le monde, y compris en Chine et en Égypte où
il y a peut-être eu d'abord des formes d'objets dessinées pour signifier mais
très rapidement simplifiées, stylisées, mêlées de signes arbitraires. Donc
structures graphiques, OK ?
Et comment ça se passe entre ces deux types de structures ? Indépendance,
parallélisme, rien à voir, ou au contraire entrelacs permanent, allers-retours
productifs de sens depuis des millénaires ? Quoi qu'il en soit, il y a et aura
toujours une différence entre les deux. Et donc, toujours, pour chaque chose,
deux faces, la graphique et la plastique, symboliquement séparées par
l'indicibilité du rapport entre elles. Et depuis longtemps, des générations,
ces passages dans nos sens, perceptions, discours, vies d'une face à l'autre
construisent une part importante de nos sociétés et de nos destins humains,
donc structures de structures, celles que Catherine Malabou, avec toute la
constance dont elle est capable, parce qu'il en faut, tente de comprendre.
C'est en tout cas une bonne partie de ce que j'ai compris, personnellement. Et
l'illumination (c'est une lumière intellectuelle et non religieuse) vient du
fait de dire cela clairement. De me dire cela clairement, maintenant, en
un temps, oui Vinteix, où je m'interroge sur ce que forme et construit ce
journal de bientôt trois ans, expérience que je mène pour la première fois de
ma vie et qui en change le sens et le cours (comme d'autres choses en changent
chaque jour le sens et le cours).
Or, comme nous avons un jour été au soir de vivre dans les arbres, ou au soir de faire des sacrifices humains, nous sommes maintenant au soir de l'écriture, sous la forme de l'écriture qui a été connue pendant quelques dizaines de siècles, simplement parce que l'emploi électrifié de 1 et de 0 dans des circuits propulse l'espèce humaine vers un autre matin (après peut-être une nuit de métamorphose qui ne s'annonce pas très gaie). Bien sûr, l'écriture que nous connaissons durera encore quelques dizaines ou centaines d'années, mais elle fera place à des formes de communication et de discours qui se passeront d'elle, de plus en plus.
On pourra toujours appeler ça écriture, si on veut — comme je dis écrire quand je tape sur mon clavier, ce qui est déjà une métaphore depuis vingt ans pour moi, comme des cinéastes, Mocky, pourquoi pas, peut dire écrire quand il filme — mais, de génération en génération, on ne fera pas que ça n'en sera plus #$%~¤_____ ___ __ _ erreur système _ hors service _ mode sauvegarde autom...
Commentaires
1. Le samedi 30 septembre 2006 à 09:31, par vinteix :
je comprends mieux... tout simplement vieux débat du cratylisme.
2. Le samedi 30 septembre 2006 à 09:42, par Berlol :
Tout simplement, dis-tu ! Ah, quel homme, décidément ! Cassez-vous le c... à conceptualiser ! Et l'autre arrive avec ses gros sabots, sauf vot' respect, hein, Vinteix, « tout simplement vieux débat du cratylisme », non mais je rêve... (et comme si je n'y avais pas pensé, ni Catherine Malabou ! Et après, une fois que tu as dit ça, on fait quoi ?)
Ceci dit, après le coup que tu nous as fait l'autre semaine, je commence à douter de ta lecture...
3. Le samedi 30 septembre 2006 à 10:25, par vinteix :
...mais un danger me semble de réduire les "formes" à la plastique, au visuel ; écrire n'est pas voir (Blanchot a écrit là-dessus des pages essentielles sur l'exigence optique de la lumière dans la tradition occidentale), sinon on en revient à la métaphore optique et au dualisme platonicien de l'expérience spéculaire (l'idée et son reflet sensible), et même s'il y a en effet ce hiatus pérenne et problématique entre les mots et les choses - ce qui reste une aporie, sauf à se lancer dans des paris délirants de sens comme J.P.Brisset -, le problème en littérature (écriture) me semble moins celui d'une adéquation entre les choses-formes et les mots-l'écriture-le graphique que celui d'un "langage vrai", au sens par exemple de Kafka, soupçon à l'égard du langage qui, certes, prend en compte cette (in)adéquation problématique entre les figures et leur graphie, mais, de toute façon, il apparaît quand même que le langage est une donnée biologique et dans le travail d'écriture un travail, une interrogation du langage sur lui-même... mais prend aussi en compte, autant que les "formes" plastiques, tout ce qui relève des sentiments, de la pensée, de "l'expérience intérieure"... au-delà du clivage entre visible et invisible. Ce clivage là est intéressant mais reste aporétique, posé et interrogé depuis Platon... cependant, en dehors de ces "formes", notre expérience, perception et connaissance du monde prend en compte plein d'autres choses (pour le dire vite et trivialement) ou percepts ou affects qui n'ont rien à voir avec les formes plastiques, même par rapport aux objets, que tu prenais pour exemple, par exemple l'odeur, l'ouie... et les sentiments que chacun peut y associer. Plus généralement, à vouloir structurer duellement - encore un autre problème pérenne (de logique) philosophique, que des gens comme Lupasco ont pourtant enterré - les problèmes, je trouve qu'on obscurcit davantage qu'on éclaire.
Ceci dit, quelle est donc "cette obscure clarté qui tombe des étoiles" ?
4. Le samedi 30 septembre 2006 à 10:32, par vinteix :
Quand je disais "tout simplement", je voulais dire "tout simplement" que la formulation de C.Malabou, pour autant ce que tu en citais, n'apportaient pas grand chose à un débat qui prend racine à l'aube de l'histoire de la philosophie. Décidément, Héraclite me parle et m'éclaire, et m'émeut de surcroît, bien davantage que ces vieux clivages platoniciens. Quel homme ? Ai-je l'air d'un dinosaure en disant cela...
Au passage, merci de revenir sur "le coup de l'autre semaine". Je croyais pourtant que d'un commun accord, l'affaire avait été relativement calmée et "enterrée" entre nous... Je vois qu'il reste en effet certaines crispations... dommage... Je reprécise néanmoins que les quiproquos n'étaient pas de mon seul fait, comme il en va des quiproquos...
5. Le samedi 30 septembre 2006 à 10:36, par vinteix :
Je crois bien qu'il s'agissait de mes derniers commentaires sur quelque blog que ce soit d'ailleurs ce soir, mais en réalité le tien est quasiment le seul que je lis régulièrement et où je m'exprime de temps à autre... Comme je le pensais d'ailleurs depuis un bon moment, cet espace (le blog en général) me semble trop vicié, pour tout un tas de raisons que j'ai d'ailleurs eu déjà l'occasion de dire en quelques mots ici-même... pour le dire vite, encore une fois, pardon.
Salve.
6. Le samedi 30 septembre 2006 à 10:39, par Berlol :
Bon, ça me va mieux ! Pas beaucoup de temps, pardon, je suis en train d'écrire autre chose... Vois quand même que chez Malabou, ces concepts ne sont pas à prendre au pied de la lettre comme tu le fais, je crois (en parlant de structuralisme, notamment), mais comme métaphores (de choses qui n'ont peut-être pas encore de nom, donc catachrèses). L'aspect "plastique" est une métaphore qu'exprime plus largement, CGAT avait raison de le rappeler, le concept de "plasticité" que Malabou développe (et qui inclut les affects et tout ce qui n'est pas purement visuel, évidemment). Il s'agit "d'entrevoir" l'avenir de l'homme, d'anticiper sa transformation, et pas de revenir sur de vieilles lunes déjà dégonflées. Merci du temps que tu as passé à revenir là-dessus. Sinon, côté crispation, je vois que tu en fais une belle sur Derrida et ses continuateurs...
7. Le samedi 30 septembre 2006 à 10:46, par Berlol :
Et je ne suis pas en train de te faire un procès. On discute, c'est tout. D'où vient que tout dissensus est interprété comme cri et haine, et qu'on se vexe pour trois fois rien. Arrêtons avec cela, nous sommes plus forts que ça, tout de même. Des rhèteurs, non ? (pas bretteurs, quand même) Ou alors, ça veut dire que le politiquement correct est partout, même intégré en nous !
8. Le samedi 30 septembre 2006 à 11:44, par vinteix :
Ok, mais tu as comme moi le souci des mots, et je trouvais quand même que certaines formulations - "Ah, quel homme, décidément ! Cassez-vous le c... à conceptualiser ! Et l'autre arrive avec ses gros sabots, sauf vot' respect (...) Ceci dit, après le coup que tu nous as fait l'autre semaine, je commence à douter de ta lecture..." - étaient quand même plutôt piquantes... Ce n'est pas la question du dissensus en soi, qui est plutôt bienvenu. Quant au "coup de l'autre semaine", comme je te l'ai déjà dit, je croyais m'être suffisamment excusé et expliqué là-dessus, même si en même temps les quiproquos étaient réciproques, comme il se doit... alors je ne vois pas vraiment l'intérêt de ressortir cela ce soir...
Pour les continuateurs, de Derrida ou autre, ils me séduisent rarement, en effet... que faire ? L'idée d'ailleurs de continuer en matière d'écriture ou de pensée ne me plaît guère... n'est-ce pas mieux d'inventer ? certes pas facile.
Quant à ma question de départ, surgie de l'alerte à Malabou, l'intérêt me semblait justement dans une probable répercussion de ces propos sur ta propre pensée de l'écriture du blog, car reposer le problème antique tel que ces trois phrases en tout cas le formulaient ne me semblait pas apporter grande eau au moulin... Disant cela, je suis bien conscient - surtout s'agisssant de telles phrases abstraites et isolées - qu'il peut être dangereux de penser et de se faire une opinion à partir de minces citations dont on ignore le contexte... mais tu proposais malgré tout de donner à penser à partir de cela.
Quant au blog en général, ma décision, pour l'instant encore un peu hésitante, dépasse largement le cadre de ce seul blog et prend racine dans ma petite expérience et une réflexion sur cet espace ou forme qui me semble trop vicié ou périlleux... comme je te l'ai déjà dit.
9. Le samedi 30 septembre 2006 à 13:03, par brigetoun :
et me voilà dépassée totalement une fois de plus, par mon manque de culture, et plutôt par le fait que je suis restée bloquée sur mon refus instinctif de ce que j'ai pris pour l'annonce de la fin de l'écriture. Cela n'a rien à voir avec le blog, qui peut dans les cas qui semblent vous retenir véhiculer de la pensée.
Je crois qu'il y aura toujours de l'écriture parce qu'elle ne se borne pas à la plasticité, à la codification de l'expression d'une chose ou de ce qui en dérive, mais qu'elle est un geste qui prend en effet une forme réglementée pour être comprise mais qui est en même temps une expression en elle-même qui peut déboucher comme en peinture sur une abstraction. Je veux dire le corps intervient, ce qu'il fait moins directement avec un clavier. Très mal exprimé - excusez moi, je passais
10. Le samedi 30 septembre 2006 à 19:17, par Berlol :
Chère Brigetoun, vos commentaires, vous les "écrivez" ou vous les tapez ? ... Donc, vous êtes déjà dans une métaphore de l'écriture. Si un jour un appareillage quelconque vous permet de voir s'écrire les mots que vous formez dans votre esprit sans taper sur un clavier, ce ne sera que l'extension de la métaphore, et je pourrais quand même vous lire de Tokyo (on peut d'ailleurs le faire par audio et vidéo, qui sont des dépôts de traces sans "écriture"). Rien ne vous empêchera pour votre plaisir de continuer à utiliser de l'encre et du papier. Mais pour les enfants de nos enfants, qui n'auront jamais connu ce plaisir du papier (ce qui est déjà le cas de bien des enfants), ils seront tout investis dans des processus de communication et de création qui seront des métaphores de plus en plus élargies de "l'écriture"... Donc, comme vous le dites justement, il y aura toujours "de l'écriture", mais plus de "l'écriture".
11. Le dimanche 1 octobre 2006 à 03:31, par Dom :
"Quoi qu'il en soit, il y a et aura toujours une différence entre les deux."
Il existe, aussi, et je la pense la plus féconde, une position qui voit tout au contraire une parfaite identité entre tes "structures plastiques" et tes "structures graphiques" : ce sont exactement les mêmes compétences cognitives qui sont mises en oeuvre dans notre relation à tous les aspects du monde, il n'y a aucune différence spécifique propre au langage ou à la "pensée" ou à la représentation. L'enjeu de cette position de pensée est à l'inverse de procéder à une naturalisation radicale de ces domaines de notre expérience dans une perspective attachée à comprendre ce que les hommes font et non ce que leurs "discours" "signifient" (seulement les hommes ? C'est une des dimensions très importantes du problème. Plutôt expérience de la vie animale et politique, en tant que telle, et que nous partageons avec les primates, dauphins, et toutes autres espèces "sociables" ?).
"Représentation", "structure", "sens", "adaequatio rei et intellectus", il y a là toute une constellation de notions dont la nécessité est empreinte d'une très fausse évidence et qui relève, effectivement, d'une très ancienne métaphysique, fondamentalement aporétique, ce qui n'est pas forcément une vertu, non ? Partir plutôt de ce que les hommes font en "signifiant" (et pas seulement au moyen du langage) (globalement, "harmonisation des perspectives" me semblerait un bon point de départ) que de la prétendue signification de ce qu'ils disent (il n'y a pas de mystère de la signification, il n'y a sans doute tout simplement pas de signification, du moins là où la placent les tenants de cette tradition métaphysique, c'est-à-dire "dans" le langage ou la "structure des représentations" (et comme il est essentiel à cette notion même de signification qu'elle réside là, autant dire plus énergiquement qu'il n'y a ni signification ni représentation, par un bon coup de rasoir d'Ockham)). Si mystère il faut, préférer alors chercher à comprendre, avec toute la constance dont on est capable, la sociabilité de l'homme.
Sans doute dans l'hypertrophie et l'hypervalorisation de telle prétendue différence spécifique au langage (qui s'épanouit très nécessairement dans tout un lassant pathos sur l'Ecriture) continue à se tapir toute une métaphysique spontanée des scribes. On l'aurait naguère dite "idéaliste", c'est bien aussi une autre dimension du problème.
Il faudrait évoquer encore d'autres mises en garde, par exemple méthodologiques (comme de ne pas aborder le problème de ce qu'il y a à comprendre dans le langage à partir des ultimes développements et conséquences [poésie, métaphysique, littérature], imprévues et imprévisibles, de ce qui ne fut sans doute à l'origine que le fruit de quelques inventions sporadiques et dispersées, dans quelques rares groupes humains, d'une technologie ni plus ni moins mystérieuse que la céramique, la domestication des céréales ou l'usage du premier outil (qui n'est pas, pour le coup, de notre fait, d'ailleurs)) ou conceptuelles (qu'apporte cet usage très libéral de "structure", voire de "structure de structures", sinon, malgré tout, un retour dans la matrice structuraliste et son immanence du sens dans un ordre d'effectivité transcendant à l'expérience de la vie "politique" (le "toujours-déjà-là" de l'"ordre symbolique"), qui interdit d'en penser l'émergence naturelle et le caractère profondément instrumental et second par rapport à l'exercice de la volonté de vivre ensemble, pour faire vite (comprendre, ce ne serait pas saisir une signification immanente dans un symbole, mais acquiescer à une proposition et à une revendication de validité dans le cadre d'un dialogue visant à coordonner ou à harmoniser nos perspectives respectives sur tel ou tel aspect du monde).
12. Le dimanche 1 octobre 2006 à 05:09, par Berlol :
Cher Dom, permets-moi de ne te répondre pour l'instant que sur tes premières lignes (après, il y a des choses un peu difficiles pour moi et j'ai besoin d'y réfléchir...). Mais sur ton ouverture donc : "mêmes compétences cognitives"... Rien n'est moins sûr, le cerveau a des secteurs, tu ne l'ignores pas. "Parfaite identité" des "structures" plastiques et graphiques, au prétexte que cela ferait agir les mêmes neurones, c'est cela que tu veux dire ? Si c'est cela, Waaaahh !... Dans un autre domaine, cela voudrait dire que manger mon steack ou tuer ma voisine, ça serait pareil parce que j'utilise le même couteau. (Comparaison qui ne me paraît pas malhonnête, qu'en penses-tu ?)
En revanche, tout à fait d'accord pour inscrire la sociabilité au rang des questions majeures (voire des mystères...). Dire "c'est l'instinct grégaire" ne suffit pas. Et que nous partageons des compétences ou aptitudes avec certains animaux, aucun problème pour moi. J'ai même failli le mettre dans le billet mais je ne voulais pas alourdir par trop d'incises et parenthèses... À suivre.
13. Le dimanche 1 octobre 2006 à 09:04, par Dom :
Bien sûr, des modules différents, mais pas essentiellement différents, simplement topologiquement ou morphologiquement différents. Pour illustrer une partie de ce que je voulais dire, il y a identité fondamentale entre "lire un ciel" et "lire un livre" (plutôt que steak et voisine...), et si métaphore il y a, elle va de "lire un ciel" à "lire un livre" et pas dans l'autre sens. Voir la sémiologie de Peirce et du côté des grammaires, les positions théoriques des grammairiens cognitivistes (qui ne sont d'ailleurs pas tous, très loin de là, anti-représentationalistes), dont voilà une très succincte présentation, in english :
"Cognitive Linguistics grew out of the work of a number of researchers active in the 1970s who were interested in the relation of language and mind, and who did not follow the prevailing tendency to explain linguistic patterns by means of appeals to structural properties internal to and specific to language. Rather than attempting to segregate syntax from the rest of language in a 'syntactic component' governed by a set of principles and elements specific to that component, the line of research followed instead was to examine the relation of language structure to things outside language: cognitive principles and mechanisms not specific to language, including principles of human categorization; pragmatic and interactional principles; and functional principles in general, such as iconicity and economy. (...)
One of the important assumptions shared by all of these scholars is that meaning is so central to language that it must be a primary focus of study. Linguistic structures serve the function of expressing meanings and hence the mappings between meaning and form are a prime subject of linguistic analysis. Linguistic forms, in this view, are closely linked to the semantic structures they are designed to express. Semantic structures of all meaningful linguistic units can and should be investigated.
These views were in direct opposition to the ideas developing at the time within Chomskyan linguistics, in which meaning was 'interpretive' and peripheral to the study of language. The central object of interest in language was syntax. The structures of language were in this view not driven by meaning, but instead were governed by principles essentially independent of meaning. Thus, the semantics associated with morphosyntactic structures did not require investigation; the focus was on language-internal structural principles as explanatory constructs. "
Les processus par lesquels nous partageons collectivement (stabilisons, harmonisons) le sens que nous donnons aux énonciations langagières ne sont pas essentiellement différents de ceux par lesquels nous partageons collectivement le sens que nous donnons aux autres phénomènes du monde que nous habitons. En outre, la composante émotive-corporelle-expressive de notre rapport au monde est tout autant imprégnée de "signification" que la composante cognitive-symbolique-abstraite. Au sens fort du terme, la lecture (interprétation des indices, principes d'économie et de pertinence, catégorisation et prototypes, etc.) précède en principe l'écriture, l'écriture n'étant bien peut-être qu'une espèce de lecture (= lecture de ses propres énonciations ?).
Bon, tout n'est toujours pas très clair, il faudrait que j'y travaille plus, et je n'en ai plus ni vraiment le loisir ni surtout l'envie. En plus, il se peut très bien, pour autant que je les comprenne, que les derridéens visent une position analogue à celle dont je me sens proche, mais qu'ils restent empêtrés dans la métaphysique de la représentation, par un souci de maintenir une posture philosophique qui les empêcherait d'accepter de déchoir dans les considérations triviales des neurosciences e tutti quanti ("structure différentielle de la forme" aurait alors à voir avec l'imbrication du sens dans les processus cognitifs spontanés de catégorisation, schématisation, abstraction, ... ?). Mais ce qui continue à me gêner, c'est la position privilégiée accordée à l'"élément graphique" de la pensée et le constat d'une "brisure symbolique". S'il faut garder ces termes imagés, alors, je dirais volontiers que tout est du côté de la "plastique", en quelque sorte.
14. Le dimanche 1 octobre 2006 à 15:07, par Berlol :
Je te rappelle le titre du livre de Catherine Malabou : "La Plasticité au soir de l'écriture"... À lire comme "l'avènement de la plasticité" ou "le devenir de la plasticité", alors que l'écriture en est à son soir dans le destin humain, c'est-à-dire au moment où il faut abandonner d'anciennes positions sur le primat de l'écriture... C'est vrai que les derridéens sont empêtrés dans la métaphysique, mais ils négocient pied à pied le tournant de leur histoire, sans la renier, car ce qui est construit, ce n'est pas tellement la vérité des choses, c'est l'historicité de la vérité des choses (le patrimoine que sont les chemins de la pensée). Sinon ce que tu cites, ça vient d'où ? De Pierce ? En tout cas, merci ! On avance...
PS : ton message était dans le filtre parce que j'ai été obligé de mettre des mots comme "that" ou "clear" ou "very" dans la liste des mots-spam...
15. Le lundi 2 octobre 2006 à 04:51, par Dom :
L'extrait provient du site de l'International cognitive linguistics association (www.cognitivelinguistics.org), je cherchais quelque chose de succinct et d'"autorisé".
Pour une tentative intéressante (technique) de décrire la "donation" de sens sans encodage/décodage (parce que finalement, c'est ce à quoi aboutissent toujours les approches représentationalistes), cf. les travaux de Gilles Fauconnier, par exemple un article assez éclairant, Conceptual integration and formal expression (lien à partir du petit stub qui lui est consacré dans wikipedia.org).
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