Tiens ! De nouveaux Mocky arrivent en dévédé ! J'espère que l'Institut va en mettre quelques-uns de plus dans ses rayonnages (il n'y en a eu que 5 ou 6, que j'ai vus dès leur apparition, l'an dernier, et puis plus rien...).

Daniel Schneidermann dit un peu comme moi, dans ses « Rebonds » de Libé. Ça me fait de la peine que quelqu'un répète ce que j'ai déjà dit... (Je plaisante, là : au contraire, ça me conforte dans l'idée que ce que j'ai vu cette semaine dans l'émission Ce soir ou Jamais est en effet un nouveau ton, ou l'abandon d'outrances qu'Ardisson incarnait. En revanche, DS aurait pu écrire qu'il y avait un site web, rediffusion et forum... Lui qui est devenu totally wired, c'eut été la moindre des choses.)

À Waseda en vélo, beau temps, frais mais vite lourd. Pas se plaindre. Laurent est arrivé, on s'est inscrit au colloque Borderless Beckett. Conférence d'Évelyne Grossman, À la limite..., c'est son titre. Connaissant un peu Beckett, j'aurais pu à la limite ne pas venir. J'en retiens tout de même — et je ne serais donc pas venu pour rien — que pour Beckett le temps ne passe pas, il s'entasse dans l'être, que l'être n'est pas fait de matière prise (issue de poussière et prête à y retourner) mais d'infiniment de particules prises dans de minuscules glissements, subreptices, sournois, comme si c'était interdit...
Et sur une table, le volume Beckett de l'ADPF, dû à Bruno Clément et François Noudelmann, gracieusement offert (comme il se doit, alors que la Docu le vendait scandaleusement 20 euros !).
Déjeuner avec Laurent et notre collègue de Waseda, Fumio Chiba. Où il est question aussi d'Antoine Volodine et de qui serait qualifié pour le traduire...

À l'occasion d'un rangement nécessité par le nettoyage professionnel du climatiseur, T. propose de changer tous les meubles de place, peu ou prou, dans notre salon salle à manger bureau. Deux heures plus tard, la forme de la pièce a complètement changé, mon poste de travail a traversé la pièce et je suis maintenant face à la porte-fenêtre, dans le chant des dernières cigales de l'été mourant.

Il y a des formes, celles des choses qui nous entourent, par exemple. Une pomme, une poire. Leur différence, en tant que formes, c'est... leur forme ! Ou leur apparence plastique (volume, espaces, contours, couleurs, etc.). Nous structurons notre connaissance du monde des formes en mémorisant nos rencontres avec elles, puis y associons d'autres choses, personnelles et/ou au contraire familiales, sociales, culturelles (pomme avec Adam ou Newton, poire avec crétin ou belle Hélène...). Donc structures plastiques, OK ?
Par ailleurs, il y a des signes arbitraires que nous avons créés, qui ne correspondent pas à des formes naturelles mais que nous avons chargés de représenter ou de signifier des choses par convention (et qu'il faut apprendre à l'école ou ailleurs) : les lettres p-i-e-d ne dessinent pas un pied (ni les lettres j-o-u-i-r l'idée de jouir). Il y a donc une (des) structure(s) graphique(s), et ça, partout dans le monde, y compris en Chine et en Égypte où il y a peut-être eu d'abord des formes d'objets dessinées pour signifier mais très rapidement simplifiées, stylisées, mêlées de signes arbitraires. Donc structures graphiques, OK ?
Et comment ça se passe entre ces deux types de structures ? Indépendance, parallélisme, rien à voir, ou au contraire entrelacs permanent, allers-retours productifs de sens depuis des millénaires ? Quoi qu'il en soit, il y a et aura toujours une différence entre les deux. Et donc, toujours, pour chaque chose, deux faces, la graphique et la plastique, symboliquement séparées par l'indicibilité du rapport entre elles. Et depuis longtemps, des générations, ces passages dans nos sens, perceptions, discours, vies d'une face à l'autre construisent une part importante de nos sociétés et de nos destins humains, donc structures de structures, celles que Catherine Malabou, avec toute la constance dont elle est capable, parce qu'il en faut, tente de comprendre.
C'est en tout cas une bonne partie de ce que j'ai compris, personnellement. Et l'illumination (c'est une lumière intellectuelle et non religieuse) vient du fait de dire cela clairement. De me dire cela clairement, maintenant, en un temps, oui Vinteix, où je m'interroge sur ce que forme et construit ce journal de bientôt trois ans, expérience que je mène pour la première fois de ma vie et qui en change le sens et le cours (comme d'autres choses en changent chaque jour le sens et le cours).

Or, comme nous avons un jour été au soir de vivre dans les arbres, ou au soir de faire des sacrifices humains, nous sommes maintenant au soir de l'écriture, sous la forme de l'écriture qui a été connue pendant quelques dizaines de siècles, simplement parce que l'emploi électrifié de 1 et de 0 dans des circuits propulse l'espèce humaine vers un autre matin (après peut-être une nuit de métamorphose qui ne s'annonce pas très gaie). Bien sûr, l'écriture que nous connaissons durera encore quelques dizaines ou centaines d'années, mais elle fera place à des formes de communication et de discours qui se passeront d'elle, de plus en plus.

On pourra toujours appeler ça écriture, si on veut — comme je dis écrire quand je tape sur mon clavier, ce qui est déjà une métaphore depuis vingt ans pour moi, comme des cinéastes, Mocky, pourquoi pas, peut dire écrire quand il filme — mais, de génération en génération, on ne fera pas que ça n'en sera plus #$%~¤_____ ___ __ _ erreur système _ hors service _ mode sauvegarde autom...