mercredi 4 octobre 2006
Mauvaise foi du sapeur
Par Berlol, mercredi 4 octobre 2006 à 23:59 :: General
Au-delà de la vulgarité de la chose, j'y vois une belle possibilité de sape, le jury devant nécessairement être un jour ou l'autre mis au courant des résultats progressifs du sondage — et en être influencé, ce qui à l'avenir deviendra un problème. Sans avoir lu aucun des titres en lice, je me suis tout de même permis d'être le troisième votant, d'apporter mon suffrage à Nancy Huston et de voir que les deux précédents votes s'étaient bêtement portés sur Littell. Puis, juste après, j'ai rechargé la page et constaté qu'un autre vote avait crédité Huston. J'ai réessayé deux autres fois et ça a ajouté deux autres points à Nancy. Autrement dit, c'est du total pipeau, tu cliques mille fois sur qui tu veux et tu le fais gagner.
Mais gagner quoi ?
Dans un bureau de Livres Hebdo :
« Eh, les mecs, c'est super cool ! Regardez, ça fait à peine trois heures qu'on l'a lancé et y a déjà 400 votes ! On va casser la baraque !
— Ouais, mais attends... T'as vu la tendance ? Fleischer et Huston ! C'est pas du tout ce qu'on avait prévu ! Le patron y va dire quoi ? »
Un troisième arrive en courant avec un accordéon en papier...
— Euh... On a un gros problème, là. Regardez les adresses IP, y'en n'a même pas dix différentes !...
— Qu'est-ce que ça veut dire ?
— Ça veut dire qu'y'a des petits rigolos qui reloadent à donf comme si c'était un shooting game !
— Comment ça, une même personne peut voter plusieurs fois ?
— Ben... en fait on n'avait pas pensé à ça quand on a programmé le truc... Chaque auteur a une page php et y'a pas de filtre pour éjecter les IP déjà enregistrées...
— Euh... rappelez-moi votre nom, déjà...»
Quelque part sur la planète :
« Dites donc, m'sieur Berlol, z'avez pas l'impression d'être en pleine incivilité, là ? Vous ne voyez pas que vous entravez la bonne marche d'un média national, que vous décrédibilisez un titre de presse ?
— Oh moi vous savez, les titres de presse... S'ils ont mal verrouillé leur page, ce n'est pas de ma faute. Moi, j'y allais naïvement. Mais en fait, voyez-vous, quelque part, je rends service à l'Académie Goncourt. Parce que le court-circuitage que fait Livres Hebdo, c'est pas du joli joli non plus...»
Retour au bureau de Livres Hebdo :
« Eh bah, mon gars, si tu veux garder ta place, tu vas aller faire F5 toute la journée pour Littell, hein !...
— Euh... je pourrais aussi enlever tous les reload qu'on a déjà !...
— Non, ça suffit les conneries, on va pas désincrémenter, ça se verrait !
— Bon, O.K., alors F5 ! c'est parti !...
— C'est ça ! F5 ou la porte !... »
Vers minuit...
La mauvaise foi du sapeur va même plus loin puisque le lien inséré
ci-dessus est celui du vote pour Nancy Huston. Sans même le savoir, des dizaines
centaines de personnes ont cliqué dessus à partir du billet court (version
de midi et quelques, heure française), dans leur fenêtre d'agrégateur, et
ont voté sans le savoir pour Ligne de faille. À l'heure qu'il est
(16h40 à Paris), on en est à 1016 votants et 56,6% pour NH...
Une belle boulette, pour Livres Hebdo.
À part ça.
J'ai passé la visite médicale. Le pire, c'est le liquide blanc et le liquide
rouge. Le liquide blanc, c'est ce qu'il faut boire avant d'aller se faire
photographier l'intérieur. Allongé dans un demi-cylindre, le type de la
cabine me demande de tourner deux fois sur moi-même alors que l'effervescence
de la poudre me fait roter — mais il ne faut pas roter et j'aurai droit à
du rab de poudre... Je m'en suis sorti quand même. Le liquide rouge, c'est
mon sang. Non seulement, je n'ai pas tourné de l'œil ni ressenti de passage
à vide après, mais je me suis forcé à regarder la piqûre et le sang
monter dans le tube. Et ça ne m'a rien fait. Je me suis dit :
« c'est joli, la couleur...» Après je me suis dit que la fille, elle
savait sacrément bien piquer parce que je n'ai rien senti et qu'il n'y a
déjà plus aucune trace.
Et une demi-heure après, j'étais en cours, à faire articuler bain, banc,
bon, main, ment, mon, son, sang, saint...
En dînant, j'ai regardé l'encore excellent Ce soir ou Jamais, celui d'hier soir. Trois débats bien balancés. D'entrée de jeu, Romain Goupil cravate Jean Baubérot, Jul et Caroline Fourest essaient de rattraper le coup, on s'accorde pour la survie de Redeker, et stigmatiser le mot islamophobie qui amalgame encore, là où c'est déjà assez compliqué comme ça. Deuxième temps avec quatre sociétaires du Français pour parler travail, jeu d'acteurs, concurrence de la télé et pas du tout polémique de direction. C'est bien, ça recadre sur l'essentiel. Troisième temps carrément cool, sur Cuba, musique (c'est bien), tourisme sexuel (c'est mal) à l'heure du tyran sur le déclin — pour moi, résonance spéciale avec de très belles pages post-exotiques du Pura Vida de Patrick Deville.
Hier, il était question des détournements de jeux vidéos. J'ai trouvé une création de séquences de Sims sur un air de Björk, Where is the Line ? Question posée sur l'art... Et moins il y a de réponse, mieux c'est.