Pour bien apprécier Poil de Carotte, et contrairement à ce que l'on pourrait croire, il faut un minimum de mise en condition. En voici la méthode.
1. Se dire que ce n'est ni un livre pour enfants, ni un plaidoyer pour les roux.
2. Se figurer un monde d'avant l'électricité, le téléphone, la radio et la télévision, où l'on réussissait tout de même à bien vivre.
3. Prendre conscience que la France entière, ou presque, était rurale. C'était le cas en 1894, et ça le restera jusqu'au milieu des années 1960...
4. Accepter que ça commence par « Les Poules » parce que l'auteur s'appelle Renard. Ce que certains prennent pour de la blague s'appelle en réalité finesse intertextuelle.
5. Mesurer l'audace d'un livre qui ne s'ouvre pas sur l'exposition du contexte et la biographie des personnages (même si l'on sait que Balzac pouvait aussi nous jeter d'emblée dans une conversation, où sont encore ces longs paragraphes d'explications qui ne sont plus chez Renard).
6. Voir que les articles définis, les ellipses, l'effacement de certains codes typographiques et le feuilleté des discours indirects libres vont tous ensemble au mariage insolent du caustique et du frêle.

On y arrive.

Déjeuner avec T. au Saint-Martin (poulet-frites). Après deux jours de fortes pluies à Tokyo (je suis arrivé trempé hier soir, malgré mon parapluie), les vents ont tout dégagé de façon spectaculaire. La clarté et la transparence de l'air sont revigorantes.

Ce qui ne m'empêche pas de partir un peu plus tard pour une sieste réparatrice de deux grandes heures.

En soirée, je m'avale les deux derniers Ce soir ou Jamais. Ce n'est pas désagréable, sauf peut-être Finkielkraut nageant dans sa purée, mais ce ne sont pas les meilleures, et même Alain Fleischer ne me passionne pas.

Qu'est-ce que j'ai fait d'autre ?
Ah oui, par un courrier destiné au personnel de l'Institut franco-japonais, j'ai pu retirer des billets gratuits pour deux séances de cinéma dans le cadre du Festival International du film de Tokyo. Nous verrons Fauteuils d'orchestre le 22 et OSS 117 le 27.