Crieur de sa surdité
Par Berlol, dimanche 8 octobre 2006 à 23:59 :: General :: #416 :: rss
Prendre la mesure de la crispation d'Alain Finkielkraut est aujourd'hui
possible (purée refroidie et rance). Jusqu'à maintenant, à mes yeux tout du
moins, il y avait encore de la marge, du discours possible. Or la façon dont il
s'est donné en spectacle hier, dans
Répliques, l'instrumentalisation flagrante de Marc Weitzmann et de
Jean-Éric Boulin pour
rediffuser en automate son aigreur stérile, ont achevé de le disqualifier
en matière de pensée. Déjà qu'il n'était pas philosophe, contrairement au
sous-titre qu'on lui avait attribué dans Ce soir ou Jamais, mais il
n'est même plus penseur. Ce qu'il est ? Comment dire ? Comment dire, sans lui
donner matière à se victimiser, puisque l'essentiel de ses paroles entre
dorénavant dans cet entonnoir ? Crieur de sa surdité. Oui, ça irait, peut-être,
crieur de sa surdité.
Vous verrez, la semaine prochaine, ce sera
sûrement pire...
Pendant que je suis sur France Culture, j'en profite pour signaler un abus
de langage. Ce n'est pas parce qu'un mot est nouveau qu'on peut lui faire dire
n'importe quoi et ramasser les fruits de la branchitude. Dans plusieurs pages
d'émission, il est question de « blog », comme ici, chez
Science publique. Or, comme on peut le voir en regardant la page de
l'émission de la semaine ainsi que celle d'avant et d'après, il n'y a pas
vraiment d'interactivité synchrone et seuls les commentaires acceptables
sont a posteriori mis en ligne. Le fait que l'on réponde succintement à
certains des messages n'en fait pas non plus un blog. Il s'agit d'un
« courrier des auditeurs », qui peut être pris en considération avant et après
l'émission, et je trouve que cette expression n'a rien de honteux.
Essayer de faire croire à du blog alors que ce n'en est visiblement pas serait
plutôt de nature à ridiculiser l'entreprise... Encore une fois, c'est parce que
j'apprécie ce genre d'émissions et d'initiatives que j'estime utile de
critiquer de la sorte.
Il m'arrive même de m'énerver et de ne rien dire, comme par exemple prétéritif
quand je constate un certain manque d'imagination dans les noms d'invités :
dans
Du grain à moudre du 6, Alain Finkielkraut et Adbelwahab Meddeb, tous
deux producteurs d'une émission de la chaîne ; même émission, le 4, Pascal
Bruckner, invité récurrent et autre à penser, avec Finkie, qu'il n'a pas assez
la parole ; dans
Tout arrive du 5, Alain Fleischer et Alain Veinstein, le premier invité
pour la centième fois, au bas mot, dans une émission de la chaîne, le second
producteur d'au moins deux émissions de la chaîne ; dans la même émission le
lendemain, Jean-Jacques Aillagon, invité des dizaines de fois quand il était
ministre revient en directeur de fondation. Et on pourrait en relever des comme
ça chaque semaine. La maison ronde vit-elle en autarcie ? Est-ce parce qu'on se
perd dans les couloirs qu'on invite toujours les mêmes ?
En revanche j'ai bien aimé les
Travaux publics du 3 octobre sur la crise de la parole avec
Philippe Breton ; il y a une nécessité à réhabiliter la rhétorique, à savoir
écouter et réfléchir avant de parler pour argumenter. Comme quoi...
C'était notre journée de chercheurs, sans sortir, préparant les trois repas à la maison, respectant mutuellement le silence (je mets un casque pour écouter la radio), regardant le soleil dehors, le temps de juin encore aujourd'hui, sans qu'aucun chef de bureau ne nous retienne. Nous aimons l'étude. Demain nous aimerons le sport.
« Si jamais, rêve Poil de Carotte, on me donne, comme à grand frère Félix, un cheval de bois pour mes étrennes, je saute dessus et je file.» (Jules Renard, Poil de Carotte, Éd. Pocket n°6051, p. 201)
Commentaires
1. Le dimanche 8 octobre 2006 à 09:48, par Dominique Fromentin :
merci pour le lien vers IntraText, que je ne connaissais pas
quel dommage pourtant que leur réservoir soit l'éternel champ limité des textes partout disponibles, même pas le catalogue ARTFL, et d'ailleurs, il me semble qu'ils n'ont même pas Montaigne, alors qu'il y a toutes les bulles du Vatican (grand bien leur fasse)
moi pour mes propres recherches j'aimerais plutôt chercher dans Gracq, St John Perse, Céline et même en payant la mise à disposition de l'outil en ligne
donc pour l'instant il me semble que mon propre catalogue de textes numériques sur mon disque dur vaut mieux que le leur (j'ai fait "catleya", ils n'ont même pas Proust)
ici non plus, pas fait trop de bruit ce dimanche pour respecter votre tranquillité : trois repas ? hou la la...
pour Fr Culture ou le Monde touillant la même marmite avec toujours les 3 mêmes poireaux et navets, le syndrome français ne semble pas en voie de guérison : lisons plutôt
2. Le dimanche 8 octobre 2006 à 09:52, par brigetoun :
il y a plus de cinq ans que je n'écoute plus Répliques à cause de Finkielkraut - et pour continuer les doléances au sujet de France Culture j'ai écouté dans la nuit de samedi à dimanche Maurice Bellet, que je ne connaissais pas du tout, interviewé par Francesca Piolot, j'étais assez fascinée et en quête de détails mais le site est bloqué au 27 aout. Heureusement il y a google
3. Le lundi 9 octobre 2006 à 02:22, par Florence Trocmé :
Dans le même ordre d'idées, des toujours mêmes invités, intervenants, etc. j'ai regretté qu'on ait invité à la belle émission sur Walt Whitman André Velter qui de plus a tiré la couverture à lui, ne parlant pas tant de Whitman que de Velter avec Whitman, ce qui franchement n'était pas passionnant et surtout occupation de l'espace réservé à Whitman ce qui n'est pas si fréquent (émission "une vie une oeuvre" du dimanche 1er février). En revanche, j'ai découvert récemment la possibilité de podscater les émissions de France Culture (mais si j'ai bien compris la manoeuvre à condition de le faire le jour même pour les émissions comme du Jour au lendemain)......
4. Le lundi 9 octobre 2006 à 04:03, par cgat :
très juste l'expression "crieur de sa surdité" à propos de Finkielkraut : je trouve son discours de plus en plus intéressant, à condition de le prendre au second degré, un peu comme le monologue intérieur d'un personnage romanesque de Faulkner ou de Lydie Salvayre
mais j'ai trouvé que Boulin, quoique visiblement d'abord un peu interloqué par la mauvaise foi totale du susdit, avait du répondant et ne se laissait pas instrumentaliser justement : ça m'a donné envie de lire son livre qui a priori me tentait assez peu
5. Le lundi 9 octobre 2006 à 04:36, par Berlol :
Personnage de Salvayre ! Ça devrait lui plaire, à AF ! C'est vrai que Boulin s'est bien défendu, Weitzmann moins... On devrait en faire une épreuve pour apprendre à argumenter. Celui qui aurait réussi à prendre quelques points à Finkielkraut obtiendrait un diplôme de bon rhéteur.
Florence et Brigetoun, vous me rassurez ! Je pensais me faire rabrouer, après ce billet. Du style que je cherchais la petite bête, et tout ça. Mais je vois qu'il y a d'autres personnes qui vivent assez mal l'entrisme radiophonique... Redisons-le tout de même : il y a beaucoup d'excellentes émissions sur France Culture (malgré ces quelques détails qui gênent un peu des habitués comme nous...).
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